NIO
OBsERVATION X
Lœp»er et OPpeNneim. Archives générales de médecine, avril 1900.
Gabriel B..., 18 ans, reçut le lundi 12 juillet 1899 un coup de pistolet à blanc au niveau de la région palmaire de la main gauche. La bourre resta dans la plaie. Un pansement fut pratiqué 24 heures après à l'hôpital Tenon. Le surlendemain le malade se plaint de mal dormir, il perd l'appétit (1). Co i Le 16 juillet, apparaît la contracture de la mâchoire et des muscles de la nuque. Le vendredi 21 juillet, entrée du malade à l'hôpital, salle Lisfranc, service de M. le D' Poirier. |
La température est à 38°,3, le pouls à 106, sans douleur au niveau de la plaie qui fut recouverte d'un pansement humide, mais une certaine difficulté dans les mouvements de flexion des doigts.
Nous diagnostiquons « tétanos » et nous injectons sous la peau 20 centimètres cubes de sérum, puis nous téléphonons à M. Borrel qui ne peut venir. Nous trépanons alors le malade à à heures de l'après-midi.
Cette opération se passa simplement. |
Après avoir rasé et lavé la partie antérieure du cuir chevelu, nous appliquons à 2 centimètres de la ligne médiane et de chaque côté deux couronnes de trépan de 5 millimètres, puis nous enfonçons tout entière l'aiguille de la seringue de Roux obliquement en dedans. | |
Nous injectons ainsi de chaque côté 10 centimètres cubes à raison de 1 centimètre cube par minute et en poussant lentement le piston de la seringue. S
Le soir, la température baissait de 5 dizièmes et M. Borrel, venu à l'hôpital," injecta lui-même sous la peau 4o centimètres cubes de sérum.
(1) Ges renseignements ont été fournis par des parents du malade et non par le malade lui-même ; il est donc permis de mettre en doute l’invraisemblable brièveté de cette incubation.,
Le 22 juillet. — La température reste à 38,2 et le malade est
un peu agité. ;
Les grands droits de l'abdomen se contractent dès qu'on pose la main sur le ventre. :
IL opisthotonos est. pie
Le pouls est à 112 le soir. Le malade dont le trismus ne s'est pas modifié prend du champagne et du lait.
trs Le 23 juillet. — L'’agitation est moindre. Le malade a dormi toute l'après-midi. D'ailleurs il urine bien et a eu 3 selles.
On fit une injection sous- cutanée de 10 grammes de sérum antitétanique et sur les conseils de M. Borrel on commença la potion au chloral (8 grammes). CRT
Le pouls est à 100. Les contractures ne sont point modifiées.
Le 24 juillet. — Température 39°,2 le matin, 38°,4 le soir. Le pouls est entre 112 à 120. Tous les symptômes sont stationnaires, 20 centimètres cubes de sérum.
Le 25 juillet. — Température 38°,6.
Le pouls ne s'ést point modifié. La respiration est à 28. 20 centimètres cubes de sérum. é
Le malade ne se plaint pas de sa tête et les mâchoires s’écartent un peu mieux. M. Borrel ne désespère pas de la guérison. L'alimentation étant difficile, nous prescrivons deux lavements
alimentaires.
Le 26 juillet. — Amélioration légère.
Le 27 juillet. — 500 grammes de sérum artificiel. Trismus plus accentué. Gêne de la déglutition. fe
Le 28 juillet. — Trismus invincible. Alimentation par la sonde
œsophagienne.
Le 29 as —- Mort dans le coma le matin avec 4o° de tem-
pérature. È
Autopsie. - — Nous ne pouvons signaler qu'un petit foyer hémorragique de la grosseur d'une noisette en plein centre ovale d’un des hémisphères et dans un point où vraisemblablement
l'injection a porté.
4 VOIE INTRAVEINEUSE
“ OgsErvarion XT (inédite)
Due à l’obligeance de M. Lœprer, interne des hôpitaux.
Jean M.., äàgé de 66 ans, entre à l'hôpital Tenon le
Th 21 juillet 1900, pour une contracture de la mâchoire inférieure avec impossibilité presque absolue de desserrer les dents.
FAR Cet état remonte à 24 heures environ. Les muscles massétets ë sont tendus comme des cordes dures et résistantes, les mâchoires of s’écartent à peine d'un demi-centimètre. Il est donc impossible de se A 4 | rendre compte de l'état de la gorge et de la présence ou l'absence v d’une lésion dentaire ou amygdalienne.
; Les muscles de la nuque sont eux aussi légèrement contractés % et les mouvements de la tête à droite ou à gauche sont difficiles.
L'orbiculaire des paupières et le muscle frontal sont intéressés.
Les yeux sont entr'ouverts et les paupières plissées. Les (ea sourcils sont froncés et des rides très accentuées se dessinent sur le front.
Les muscles des gouttières vertébrales et de Fabdomen ne paraissent pas intéressés. Les membres supérieurs sont indemnes. Les membres inférieurs par contre sont légèrement raidis et la flexion quoique possible est limitée par la contracture rapide des extenseurs.
Cet état de contracture est permanent, mais de temps à autre des spasmes se font sentir, très douloureux au dire du malade, dans les masséters et les orbiculaires des paupières.
La température est à 38°,2.
Le malade est de plus un vieil athéromateux. Son cœur est très irrégulier, inégal, les pulsations radiales sont quelquesunes avortées. A l’auscultation, le deuxième bruit aortique est très fortement claqué et la valvule mitrale elle-même donne un premier bruit systolique assourdi et légèrement prolongé.
[y a un peu d’albumine dans les urines.
Le diagnostic porté à l'entrée fut « tétanos ».
Le malade est en effet porteur d’une plaie suppurante du cuir chevelu, plaie à bords déchiquetés, large comme une pièce de cent sous.
Cette plaie remonte à 12 jours. Le RAT s'est blessé en
, tombant de voiture sur un caillou, dit-il.
L'examen du pus sur lame a montré de nombreux cocci et nids bacilles difficiles à déterminer, mais qui. sont allongés et semblent renflés à leur extrémité.
La culture a donné du bacille tétanique absolument caractéristique au bout de 24 heures sur milieu anaérobie.
… Dès le premier jour, c'est-à-dire 2 jours après le début de la maladie on fit dans la veine basilique une injection de 250 centimètres cubes de sérum artificiel dans lequel on avait dilué 60 centimètres cubes de sérum antitétanique de l'Institut
Pasteur."
Le lendemain, la température est à 38.
Les contractions spasmodiques semblent un peu moins fréquentes. Le malade à mieux dormi et uriné mieux, mais son cœur est toujours irrégulier et l'on prescrit 60 centimètres cubes de macération de digitale. On fait une nouvelle injection intraveineuse identique à la première. à ;
Le 24. — Le malade entr'ouvre très manifestement la bouche. Il peut y faire pénétrer une croûte de pain.
La contraction de la nuque à diminué ainsi que celle des orbiculaires. Les membres sont libres. Aucun? antre groupe musculaire n'a été intéressé depuis la première injection.
Le 25. — Quatrième injection aux mêmes doses. Même trai- “ 1 tement.
Le 26. — La maladie semblant enrayée, on cesse les injec-
tures intraveineuses et l’on donne 4 grammes de chloral. Le 28. — Les masséters sont souples. Il reste un peu de contracture des orbiculaires, mais la maladie régresse manifestement.
— HEO —
Le 30. — Les orbiculaires sont intacts et les paupières s'ouvrent facilement.
A partir de ce moment, on peut considérer le malade comme guéri de son tétanos. À quelque temps de là, il mourait après avoir présenté tous les signes d’un ramollissement cérébral que
l’on constata à l’autopsie.
Ogservarion XII (inédite)
Due à l’obligeance de M. R. OPPENHEIM, interne des hôpitaux.
La nommée Marie V..., journalière, âgée de 20 ans, entre à l'hôpital Boucicaut le 27 août 1900, dans le service de M. le D= Letulle. E
Elle raconte que, le mercredi 15 août, elle s'est blessée au talon droit avec un râteau en travaillant dans un jardin. La plaie, qui avait d'après la malade un centimètre de longueur, est complètement cicatrisée au moment de l'entrée à l'hôpital.
Le vendredi 24, c'est-à-dire 9 jours après l'accident, la malade éprouve de la dysphagie et de la gène à écarter les mâchoires ; cette gène va en augmentant le lendemain, alors qu'apparait, le samedi 25, un peu de raideur de la nuque.
L'état de la malade reste stationnaire jusqu'au lundi soir, date de l'entrée à l'hôpital.
Lundi 27 août, on constate du trismus, de la raideur de la
nuque; l'écartement des maxillaires mesure un centimètre et
demi. ® Tiu:389,9: 4:00 Traitement. — 5o centimètres cubes de sérum antitétanique en
injection sous-cutanée. Chloral : 6 grammes en lavement.
. Mardi 28 août. — La malade a été agitée toute la nuit, elle s'est plainte de douleurs abdominales qui ont nécessité à minuit une piqûre de morphine.
Le trismus n'a pas augmenté, mais la raideur de la nuque s’est accentuée ; on peut asseoir la malade tout d'une pièce dans
Fe son lit. Pas de signe de Kernig ; pas de contractures des membres inférieurs ; les réflexes ne sont pas exagérés ; les sensibilités objective et subjective sont intactes ; pas de
Œ: D FE no 2er 2e |
Depuis le matin, la malade a eu des secousses spasmodiques légères, surtout au niveau de l'abdomen et des membres supérieurs.
Chloral : 6 grammes en lavement.
De 10 heures à 2 heures, l'état de la malade nes'est pas modifié considérablement ; on remarque cependant l'apparition de crises convulsives légères consistant en extensions involontaires et brusques des membres supérieurs avec occlusion de la main et rigidité spasmodique à ce moment des muscles de la paroi
abdominale. Néanmoins, la malade est allée à la selle et cause
sans diflicuté. Les crises paraissent s'être reproduites à inter- valles irréguliers, mais plusieurs fois par heure
7 A2 heures, injection sous-cutanée de 10 centimètres cubes de sérum antitétanique dilué dans 100 centimètres cubes de sérum artificiel (l'injection intraveineuse avait été manquée).
Quelques instants après, on injecte dans la saphène 6o centimètres cubes de sérum antitétanique dilué dans 500 centimètres cubes de sérum artificiel, le tout filtré sur des compresses stéri-
lisées.
Dans la soirée, les crises convulsives deviennent de plus en plus fréquentes, on en compte quarante dans une heure, ces | crises toujours légères consistent en contractions douloureuses des membres supérieurs.
D Ho —"P.: 140.
Mercredi 29 août. — La nuit a été assez calme, la malade à pris un lavement de chloral (6 grammes), on lui à fait une piqûre de morphine.
Le matin, on constate que Île tismus a augmenté, que l'écartement des mâchoires n’est plus que de 7 millimètres, enfin que
la raideur du tronc est telle qu'on peut soulever la malade tout d'une pièce. Pas de gène respiratoire. Miction et défécation nor-
US
males. Même fréquence des crises qui n’ont pas augmenté d'in-
tensité. Pas de photophobie.