CHAPITRE PREMIER TRAITEMENT ANCIEN
La thérapeutique du tétanos fut longtemps purement symptomatique, 1l était difficile qu'il en füt autrement puisque l'agent spécifique n’était pas connu.
Dès qu'il fut déterminé, dès qu'on eut pu isoler les poisons qu'il sécrétait, 11 devenait facile de prévoir que l’on arriverait rapidement à créer pour cette affection un traitement spécifique.
Malgré la découverte de ce traitement, 1l y a bien peu de médecins qui, en présence d'un cas de tétanos, n'ajoutent pas à la médication spécifique le traitement symptomatique. C’est que dans le tétanos, plus, peut-être, que dans toute autre affection, ce traitement symptomatique 4 une importance considérable. S'il n'a aucune influence sur la cause réelle de l'affection, 1l a le grand avantage de contribuer d’une manière très efficace à atténuer les symptômes qui traduisent l'intoxication à laquelle est en proie
le tétanique. En diminuant leur intensité, en rendant plus
rares les accès de contractures si pénibles, le traitement symplomatique arrive à procurer au malade une augmen- {alion de sommeil, une diminution des douleurs, une alimentalion plus facile. Enfin, la diminution de l'acuité des symptômes amènera en même temps une amélioration de l'état moral du tétanique.
L'importance de ce traitement, la faveur dont il jouit à juste litre, nous oblige done à en parler. Nous ne nous attarderons pas à le décrire, ce serait sortir du cadre que nous nous sommes tracé.
L'hydrate de chloral est le médicament par excellence. Il ne donne des résultats qu à très hautes doses. On le donne aux doses quotidiennes de 10, 15 et 20 grammes ; Wise (1) dans un cas en a donné jusqu à 30 grammes pendant plusieurs jours de suite. On peut l'administrer soit par la bouche, soit en lavements, soit en injections intraveineuses ou sous-cutanées.
Les deux premiers modes d'administration sont Îles meilleurs. S'il est vrai que les injections de chloral puissent faire cesser très rapidement les accidents aigus (cas de Hobbs et Cruchet) (2), 1l n’en est pas moins vrai que dans certains cas où les solutions étaient sans doute trop concentrées, on a créé des abcès. Mathieu (3) dit à ce sujet que le chloral étant caustique, 1l faut, si l'on veut Pemployer par la voie sous-cutanée, le diluer fortement. Cette méthode à donné des succès entre les mains de
Lauri, Salter, Bouchard, etc.
@) Wisr, Brilish med. Journal, 1900, n° 1406. (2) Journal de méd. de Bordeaux, 1900, XXX, p. 5r8. (3) Dictionnaire de Dechambre, article Tétanos.
D'après les expériences de Roux sur des lapins, le chlo- ‘ral aurait une action stupéfiante sur les cellules nerveuses, ce qui diminuerait leur résistance vis-à-vis de la toxine.
Ajoutons que les faits cliniques ne semblent pas ici être d'accord avec l'expérimentation (1).
Après le chloral, viennent en seconde ligne la morphine et les bromures; ce sont les médicaments les plus employés.
Vient ensuite une longue liste d'agents thérapeutiques, on peut dire que tous les analgésiques, tous les hynoptiques, tous les antispasmodiques et même les fébrifuges ont été employés avec plus ou moins de succès.
Citons le chloroforme qui en inhalations à soulagé les malades dans les cas où les crises devenaient subintrantes ; l’antipyrine qui entre les mains de Cavina et de Ventulori aurait donné de bons résultats: le curare, l’acomit, la paraldéhyde, l'hyosciamine, le camphre, le muse, etc. Enfin on a employé la saignée et, avec plus de ‘raison el plus de succès, les bains chauds.
Le traitement local consiste:à désinfecter la plaie où s'élabore la toxine. Le bacille de Nicolaïer étant anaérobie, 1l faudra largement ouvrir, même si la cicatrisation est faite ; 1l faut mettre à l’air toute la plaie et enlever les corps étrangers.
Jacob (2) a montré que la cautérisation était une méthode mauvaise parce que l’escarre ainsi produite empéê-
che l'action de l'oxygène de l'air sur le bacille. D'autre
(1) Bazy. Société de chir., 5 juin 1901.
(2) Jacos. Medical News. Philadelphie, 1900, LXXVI, p. 1039.
part, il ne faut pas trop se fier à l'action des antiseptiques chimiques, car le germe infectieux présente une grande résistance à ces agents. Tizzoni conseille les lavages prolongés d’eau phéniquée à cinq pour cent additionnée d'acide chlorhydrique à la dose de cinq pour mille, il conseille également le nitrate d'argent à un pour cent. Roux recommande l’eau iodée. Verneuil avait proposé l'huile iodoformée et les injections hypodermiques de solutions phéniquée ou iodée à la périphérie de la région atteinte.
La difficulté que l'on éprouve à détruire le bacille de Nicolaïer a été cause de la faveur dont jouit-le traitement chirurgical auprès de beaucoup de médecins. Larrey l'avait préconisé, et actuellement la plupart des médecins en sont parüisans: le P' Berger (1) l’a fréquemment défendu. Nocard a signalé que, chez les chevaux qui deviennent télaniques à la suite de l'amputation de la queue, on voit cesser les accidents si l’on ampute plus haut.
Les statistiques donnent d'ailleurs raison au traitement chirurgical. Pendant la guerre de Sécession, le traitement médicamenteux seul donnait une mortalité de 90 pour 100; par le traitement chirurgical, on n'avait que 6% pour 100.
Enfin, on a proposé d'agir sur les nerfs, soit par la névrotomie, qui aurait donné entre les mains de Poncet A7 pour 100 de mortalité et entre celle de Letiévant 37 pour 100: soit par l'élongation des nerfs, qui donne environ une mortalité de 8o pour 100, méthode très
mauvaise que condamnent Forgue et Reclus.
(1) Bercer. Budl. de l’Acad. de méd., 1892.