OBSERVATION III
(Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé BORDIER)
Mne A..., 38 ans.
Atteinte d'un goître volumineux, développé surtout du côté droit. Ce goître remonte à 8 ans, mais la malade n’a commencé à éprouver de palpitations que depuis un an.
Comme maladies antérieures, on ne trouve à signaler qu'une fièvre typhoïde bénigne, à l'âge de 19 ans. Cette maladie ne paraît pas avoir laissé de traces de son passage.
Mme A... e eu deux enfants très bien portants. Quant à ses antécédents héréditaires, il y a peu de chose à noter : Mère morte d'un cancer de l'estomac; père mort d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Il parait avoir été alcoolique
-et l'hémorragie cérébrale qui s'est produite très probablement semble bien confirmer cette opinion.
La malade a perdu son mari il y à 15 mois, et c'est après ce deuil que les manifestations basedowiennes ont commencé à apparaitre. Au moment où elle se présente à notre examen, on note chez la malade une exophtalhnie {rès marquée; elle s'en est aperçue elle-même ou plutôt on lui a fait remarquer dans son entourage que ses yeux étaient plus grands qu'auparavant.
Le cou à 41 centimètres de circonférence ; le lobe droit du corps thyroïde est plus volumineux que le gauche.
Les pulsations radiales sont au nombre de 152 à la minute: l'auscullation au cœur donne le même nombre; on ne constate aucun souffle anormal.
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En plus de la tachycardie, il y a à noter une grande facilité à la transpiration et du tremblement. Par le temps orageux et par le vent du midi, la malade éprouve des malaises plus prononcés. Pas de diarrhée ni de constipation.
Comme médicaments absorbés par la malade, il faut signaler des pastilles de thyroïdine, de l'iodure de potassium et du bromure.
Malgré ces remèdes, Mme A... n’a éprouvé aucun soulagement et c'est pour cela qu'elle désire avoir recours au traitement électrique dont son médecin lui à d’ailleurs parlé.
Ce trailement est commencé le 17 mars 1897. Il consiste en courant galvanique, pôle négatif sur la tumeur thyroïdienne.
Une électrode rectangulaire à laquelle on a donné la forme courbe, est recouverte d'une grosse masse de coton, afin de bien la mouler sur le cou; la surface recouverte est d'environ 120 centimètres carrés. Une bande de caoutchouc maintient cette électrode en place. L'électrode indifférente est placée dans le dos et sa surface est de 200 centimètres carrés. Celle-ci est reliée au pôle positif. Le courant est amené progressivement à l'aide du rhéostat à 3 liquides (Bergonié-Bordier) à l'intensité de 50 milliampères et la séance dure 30 minutes.
Le traitement est fait tous les jours du 17 mars au 24 avril.
La circonférence du cou a un peu diminué; elle est à cette date de 40 centimètres.
Les pulsations cardiaques sont tombées à 102 par minute.
Le tremblement à beaucoup diminué; la malade accuse un mieux sensible depuis que le traitement est commencé.
Quant à l'exophtalmie, elle existe toujours, quoiqu'un peu moins prononcée.
Le traitement est suspendu jusqu'à l'automne suivant. Il est repris le 8 octobre 1897. Aucune médication n'a été faite pendant toute l'interruplion. On note au moment où la ma-
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lade revient, 410 pulsations. Le cou à 40 centimètres de circonférence; peu de tremblements, un peu de transpiration. L'exophtalmie est ce qu'elle était à la fin de la première série d'applications galvaniques.
Du 8 octobre au 28 du même mois, les séances sont faites régulièrement avec 60 mA pendant 30 minutes chaque fois.
Le cœur subit une notable amélioration dans le nombre de ses pulsations qui tombent à 84 par minute. La malade éprouve d’ailleurs un bien-être auquel elle n’était pas habituée. Le tremblement est à peu près disparu, de même que la transpiration. Le cou mesure 39 centimètres. Les yeux sont encore un peu saillants, mais moins qu'au débul.
La malade retourne chez elle se considérant comme guérie.
Nous n'avions plus entendu parler de Mme A... et pendant une excursion faite dans son pays, nous avons cherché à la voir (22 juin 1902). IL y avait, par conséquent, presque 5 ans que le traitement avait été appliqué. Nous avons trouvé Mme A... vaquant à ses occupations (elle tient un bazar); elle nous dit que son état s'était maintenu excellent depuis que nous l’avions électrisée.
Son cœur bat en effet 80 fois par minute, son cou mesure 38 centimètres.
Les yeux sont toujours dans le même état qu'à la fin d'octobre 1897.
L’exophtalmie doit donc être considérée comme disparue.