LA VACCINO-THÉRAPIE
PRINCIPE ET MODE D'ACTION. — C’est sur les travaux de Pasteur que repose la vaccino-thérapie. C’est lui qui a, le premuer, eu recours à la vaccination dans le traitement de la rage. Mais c’est WricxT qui, en 1914, utilisa pour la première fois la vaccinathérapie dans le cours d’une infection déclarée. Suivant WRricnr lui-même, le principe fondamental de la vaccinothérapie est d’exploiter dans l'intérêt des tissus infectés, les capacités immunisantes jusqu'alors non utilisées, des tissus intactes. Autrement dit, le but de la vaccinothérapie est de provoquer la fabrication dans l'organisme d’anticorps spécifiques. Pour cela, on introduit dans l’organisme
des germes de même nature que le germe assaillant,
mais de virulence atténuée. Il est évident que l’on devra, avant leur emploi, pratiquer la vérification bactériologique de- cette virulence. Cette méthode se différencie done de la médication de choc qui ne s’accompagne pas de production d'anticorps spécifiques. Cependant, dans la vaccinothérapie, comme
dans la peptonothérapie, il y a injection d’albumines:
étrangères. Il peut donc y avoir choc et en fait, il
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est souvent difficile de savoir ce qui revient à l’action vaccinante et ce qui revient à l’action protéinothérapique dans les résultats de la vaccination.
Les vaccins. — On distingue deux groupes de vaccins : les auto-vaccins et les stock-vaccins.
Les auto-vaccins sont préparés à partir du germe prélevé sur le malade lui-même.
Les stock-vaccins, sont préparés à partir de souches microbiennes recueillies sur d’autres malades. Is peuvent être mono ou poly-valents. Les stockvaccins ont l’avantage de pouvoir être préparés à lavance. Par contre, les auto-vaccins auraient une action thérapeutique, plus appréciable, ils provoqueraient des chocs moins violents mais leur préparation demande plusieurs jours.
TEecaniquEe. —- Certains auteurs recourent, de préférence, aux stock-vaceins, d’autres aux autovaccins. Nous venons de voir les avantages des uns et des autres. On a proposé de les associer ; dans ce cas on pratique d’abord des mjections de stockvaccin, pendant ce temps on prépare un auto-vaccin que l’on injecte aussitôt que possible.
Les vaccins provoquent une réaction générale et une réaction locale au point d'injection. Pour obtenir un résultat thérapeutique, il faut le plus souvent qu'il y ait une réaction générale. Les doses employées doivent donc être suffisantes pour la provoquer. Ces doses varient suivant le mode de prépa-
ali, “ge
ration du vaccin. On commencera toujours par une injection d’une très petite quantité de vaccin pour tâter la susceptibilité du sujet. Par la suite, on augmentera les doses, suivant les réactions du sujet. On pourra, en général, pratiquer des injections tous les deux ou trois jours, parfois même tous les jours. Les imjections se font par voie sous-cutanée, on peut recourir à la voie veineuse dans les cas où l’on veut obtenir une action très rapide.
CONTRE-INDICATIONS. — Pour certains auteurs, et en particulier Noël FressiNGEer, 1l n’y a pas de contre-indications, tout est une question de dose. Cependant, on admet en général qu'il faut s'abstenir de cette thérapeutique chez les sujets qui ont un état général très mauvais où qui présentent un état déficient des reins ou du foie, ces malades ne pouvant faire les frais de la réaction.
Les RÉSULTATS. — Dans leur rapport au Congrès de Laryngologie de 1922, MM. Barpenwecx, Jacop et MouroncuEr concluent qu'on peut adjoindre la vaccinothérapie aux autres méthodes de traitement à condition de la pratiquer ni trop tard, n1 chez des malades trop infectés. En 1925, Jenxrns déclare à la Royal Society of Médecine, que Îles vaccins ne lui ont pas donné un résultat heureux. Crrezzr, au Congrès de la Societas Oto-rhino-laryngologica, tenu à Madrid, en 1930, dit qu'il considère que l’immunithérapie est le procédé le plus efficace,
Let, :
ÉRGE comme complément de l’acte opératoire. Il préfère lVauto-vaccin au stock-vaccin.
Dans leur rapport indiqué plus haut, MM. Baz- DENWECK, Jacop et MouLonGuErt citent quelques
observations
Une observation de GraEr et WinxoopP. Enfant de 10 ans. Otite aiguë. Mastoïdite ; opération. Pas d’hémoculture, métastases articulaires et cutanées à streptocoque. Injection de stock, puis d’auto-vaccin : 413 millions de germes en 23 injections. Le malade sort guéri, 46 jours après son admission.
Une observation de Bonny. — Enfant de 14 ans. Ouverture des sinus. Ligature de la jugulaire. Persistance de la septicémie. Pas question d’hémoculture, Auto-vacain : streptocoque. Dose de début : 2 millions de germes. Trois jours après la deuxième injection chute de la température. Guérison.
Is citent aussi une observation de REvERCHOoN et Worms. Cette observation avait déjà fait l’objet d’une communication à la Société de laryngologie, d’Otologie et de Rhinologie de Paris, le 9 Février 1922. Voici le résumé qu’en donnent les auteurs :
Otite droite. Signes de septicémie. Successivement paracentèse, mastoïdectomie, ouverture et nettoyage du sinus (thrombose suppurée), La température demeurant élevée, on pratique 6 injections d’auto-vacecin (streptocoques). La situation se transforme avec rapidité : chutede la température, disparition de la suppuration du foyer opératoire, amélioration de l’état général. Les signes de
Septicémie étaient antérieurs à la thrombo-phléhite anatomiquement confirmée.
Depuis le Congrès de 1922, un certain nombre d'observations ont été publiées.
M. H. Meyer (Société de Laryngologie, d’otologie et de Rhinologie de Paris, 1923). Mastoïdite à streptocoques virulents. Opération. Amélioration pendant quelques jours puis aggravation. [njection d’auto-vaccin tous les deux jours, amélioration de l’état général. La cicatrisation dure six mois. Î[l n’est pas question d’hémoculture.
Manu et Vincenr (Société de Laryngologie, d’Otologie et de Rhinologie de Paris, 13 mars 1924). Un cas de strepto-
coccémie d’origine otitique. Mastoïdite, thrombophlébite
du sinus et du golfe. Surrénalite. Phlégmon périnéphrétique. Guérison.
L’hémoculture était positive au streptocoque. On est intervenu à trois reprises : d’abord mastoïdectomie, puis dénudation du sinus, enfin ouverture du sinus,on a tenté des injections d’électrargol, de propidon et d’auto-vacein. Après la troisième intervention : un abcès de fixation, qui n’amena aucun changement. Mais alors apparurent les signes de phlegmon périnéphrétique, la guérison survient après traitement de ce phlegmon,
Fraser : Septicémie auriculaire (Société Ecossaise d’Ototologie et de Laryngologie, 23 mai 1925). Résumé in Annales de Laryngologie :
* Otite double chez un enfant de douze ans. Streptocoque dans le pus et hémoculture pure de streptocoque hémolytique. Les jours suivants : signes méningés. Liquide clair. Légère œdème des papilles. Serum antistreptococcique. Hémoculture toujours positive. Signes généraux toujours
élevés. Vaccin antistreptococcique. (Auto-vaccin). Pneu-
monie (ponction montrant du streptocoque). Guérison progressive.
Après cette communication Souper dit avoir observé dans un cas analogue une action très nette } des auto-vaceins (streptocoque).
Scazenper (Société Autrichienne d'Otologie, mai 1925).
Résumé in les Annales de Laryngologie 1926 :
Thrombo-phlébite. Hémoculture positive au strepto-
coque. Deux injections intra-veineuses d’Ornédine (pro-
bablement stock-vaccin) ont contribué à la guérison.
Boxpy (Société Autrichienne d’Otologie 1927). Un cas de
septicémie et méningite post-opératoire.
Six jours après l'intervention s’est développée une septicémie compliquée de synptômes méningées. Le sinus dénudé semble normal, mais la ponction donnait du streptocoque hémolytique. On commence par faire des injections d’un vaccin polyvalent à streptocoque. Pas de résultat. Mais déjà la première injection d’auto-vaccin donne une réaction de choc très marquée et les autres injections d’autovaccin moins fortes, conduisent à la défervescence le 98 jour. En même temps on fait des ponctions lombaires et des injections intra-veineuses d’urotropine.
Liesaurr (Société de Laryngologie des Hôpitaux, 16 juin 1930). Thronbo-phlébite du sinus latéral chez un enfant de 7 ans. Speticémie. Guérison.
Résumé : Après la mastoïdectomie, état stationnaire. Deuxième intervention. Découverte du sinus thrombosé. Hémoculture positive : streptocoques et staphylocoques, injection intra-museulaire de septicémie, abcès de fixation. La température restant à 3905 le soir, on fait une trans-
fusion de 120 centimètres cubes. En outre : injections quo- tidiennes d’un auto-vaccin, Pendant 8 jours aucune amélioration et peu à peu les oscillations ont diminué,
On voit que la vaccinothérapie a eu des adeptes il y a quelques années. Elle semble aujourd’hui abandonnée par beaucoup d’entre eux. Il ne semble pas, en effet, qu’elle ait donné des résultats satisfaiasnts dans les formes graves. Comme le disait G. Lau- RENS au Congrès de Madrid, en 1930, « La vaccinothérapie est souvent peu efficace dans les formes hyperseptiques, » mais pour lui « elle retrouve tous ces droits lorsqu'apparaisent les métastases périphériques sur la résolution desquelles elle semble présenter une heureuse influence ».
Nous avons à dessein isolé des bouillons-vaceins et les lysats-vaccins. .
Les BouILLons-vaccins. — Nous aurons surtout en vue le vaccin de Derser. Le bouillon-vaccin de DezBer (Propidon) contient du streptocoque et du pyocyanique, ce dernier destiné à secréter la pyocyanase dont on connait l’action antistreptococcique. L’excipient employé n’est plus du sérum physiologique comme dans la plupart des vaccins mais de l’eau peptonée. Aussi certains auteurs ontils attribué à une action de peptonothérapie les résultats obtenus. Il semble que ce soit là une erreur, car le bouillon-peptoné seul ne possède pas les mêmes propriétés.
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Technique : Le Propidon s'emploie en injections à des doses de 2 à 5 centimètres cubes chez l’adulte. On peut répéter les injections tous les 2 ou 3 jours. Chez l’enfant on fait des doses plus faibles : 1 centimètre cube à 4 ans, 2 centimètres cubes à 10 ans. La première injection provoque une réaction générale violente très douloureuse. On note parfois une élévation momentanée de la tension artérielle. On devra donc s’abstenir de cette médication chez les sujets âgés, et chez ceux qui sont porteurs d’une affection cardiaque ou rénale.
Les résultats : Bouray et Winter rapportent trois observations dans les Annales de Laryngologie 1922. Dans deux de ces observations, les injections de Propidon semblent avoir eu une influence nette et rapide. Dans la troisième observation l'influence a été moins rapide mais il y avait coexistence d’une méningite à staphylocoque. Cette observation semble donc sortir du cadre de notre travail.
Harpnen, au Congrès de la Société Française d’Oto-rhino-laryngologie, en 1932, a fait une commu-
nication sur une € thrombo-phlébite du sinus caverneux consécutive à une otorrhée chronique ré-
nue
chauffée » : ; L'hémoculture avait été positive au streptocoque hémolytique. On a tenté des injections de stockvaccin de Derser (légère chute de la température) et des injections de trypaflavine. La température et les accidents pyohémiques persistants, pulmonaires, articulaires, ont emporté la malade au bout de 12 jours.
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Au Congrès dé Laryngologie de 1922, M. Bac- DENWECK, JAcop et MouronGuer ont rapporté une observation dans laquelle trois injections de 2, 4 et 4 centimètres cubes de Propidon avaient été suivies d’une guérison rapide.
Lysars-vaccins. — Ils sont préparés d’une façon différente des autres vaccins. Leur fabrication utilise
une méthode essentiellement lytique. Les lysats-
vaccins antistreptococciques sont des cultutres de
sitreptocoques ensemencées avec du bacalle pyo-
cyanique qui a déterminé la lyse du streptocoque et a été ensuite exclu du lysat par filtration.
Dans une communication faite à l’Académie de Médecine, le 17 Juin 1930, Lerars, BEsAncoN, Broce et Ducon exposent les avantages de cette méthode. [ls prétendent que lobservation montre que les endotoxines mises en liberté par des lyses sont des antigènes remarquables, qui déterminent une formation abondante d'anticorps. Ils attirent d'autre part l'attention sur l’inocuité absolue des lysats-vaccins, l’absence de réaction de choc et même de réaction générale et le peu de réaction locale déterminé par les injections faites quotidiennement à la dose de À centimètre. [ls publient ensuite un certain nombre d’observations de septicémie à streptocoque hémolytique dont l’évolution semble avoir été heureusement influencée par les lysats-vaccins. D’autre part Érienne et VÉRAIN indiquent cette thérapeutique pouvant être tentée Reliquet. 6
dans les septicémies à streptocoques. Îl a été publié
des observations de septicémies d’origine puerpérale dans lesquelles on eut recours aux lysatsvaccins, mais nous n'avons pu trouver aucune
publication de septicémie otitique traitée par cette
méthode.
Le Bacrériopmace. — Il nous faut enfin signaler le Bactériophage d’'Hesrezze. Ce principe lytique est selon la définition de son auteur « une partieule vivante qui se multiplie aux dépens de la
substance des bactéries, capable par conséquent
d’assimilation, qui est indéfiniment cultivable in oitro sous sa forme filtrante ». ES Haupuroy a introduit en France un Bactériophage antistreptococcique. Il lui avait été fourni par ScawaRTzMANN de New-York, mais il n’a ob-
tenu aucun résultat avec ce bactériophage. Nous
n'avons pu trouver qu'une observation de strep-
tococcie au cours de laquelle ce produit a été em-
plové ; c’est celle de ComBeMaLze et BRETON que
nous avons signalé. Les auteurs avaient pratiqué
trois injections de stock-bactériophage (rhino-bac-
An
tériophage) dans l’espoir que le choc serait dû en 4