À MONSIEUR LE DOCTEUR CATHALA
Accoucheur des Hôpitaux de Paris.
Les fractures de l'extrémité inférieure de l’humérus sont graves en raison de l'impotence fonctionnelle, souvent définitive qu’elles déterminent. Aussi s’est-on efforcé depuis longtemps en France de trouver une méthode de traitement efficace à leur opposer.
Avant de discuter les diverses méthodes tant orthopédiques non sanglantes que chirurgicales sanglantes qui ont été proposées, nous rappellerons brièvement dans un premier chapitre les notions anatomiques indispensables sur l'extrémité inférieure humérale et les divers types de fractures qui peuvent s’y observer.
Dans un 2€ chapitre nous retracerons l'historique rapide de leur traitement.
Dans un 3° chapitre nous établirons les résultats que donne le traitement orthopédique.
Le 4e chapitre montrera le but et les résultats des interventions sanglantes.
Nous considérerons enfin dans un 5° et dernier chapitre ce que donnent les deux méthodes et nous chercherons à fixer leurs indications respectives.
I. HISTORIQUE DU TRAITEMENT DES FRAC- TURES DE L'EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE DE L'HUMÉRUS.
En parcourant la littérature médicale au sujet de ces fractures, on s'aperçoit que les auteurs les considérèrent depuis toujours comme des lésions difficiles à traiter. Beaucoup d'auteurs, en effet, s’ingénièrent à tracer des règles de traitement basées sur leur expérience. Mais voyons comment les idées ont évolué et comment peu à peu on a été amené à envisager pour elles la nécessité des interventions sanglantes.
En 1868, Cabanie (1?) écrit : « Sans doute il sera bon d'essayer l'appareil de Malgaigne ; cependant nous ne croyons pas qu'il soit suffisant pour exercer la pression nécessaire et vaincre les contractions du triceps. » En 1871 (1), dans sa thèse, il se révèle le premier probablement qui parle de vis métallique en vue de la coaptation des fragments osseux, du moins dans ces fractures articulaires ou juxta-articulaires.
En 1882 (?), Pauli en Allemagne propose l’ablation immédiate de l'extrémité osseuse pour éviter l’ankylose dans les fractures des condyles.
En 1886 (*), Léonardin Lapervenche, concernant l’épitrochlée, formule les conseils suivants: massage et mobilisation, puis immobilisation dans un appareil plâtré enlevé à chaque séance et retiré définitivement le 15° jour.
LE LP à *
Dehais (:), en 1894, préconise une traction puissante sur l’avant-bras, comme un bon moyen de réduction, mais il réprouve tout traitement sanglant et prône le massage qui facilite la réduction, remet le fragment en place, combat l’arthrite et l’ankylose qui sont les pierres d'achoppement de la plupart des traitements des fractures du coude. | | Pourtant Tuffier (5), l’année précédente, avait présenté à la Société de chirurgie deux fractures, graves s’il en
fût, traitées par lui au moyen de l’enchevillement avec
plein succès.
En 1807 (f), Lucas Championnière se fait l'apôtre de la mobilisation précoce, mais progressive et méthodique contre l’immobilisation qui empêche ou retarde la répa-
ration des tissus, idée encore aujourd’hui admise. C’est
la négligence ou le défaut de compréhension dans le
traitement qui est pour lui la principale cause des mauvais résultats.
Vers cette époque la préoccupation générale est encore de ne pas courir le risque d’infecter une articulation traumatisée et d'intervenir secondairement sur ce qui gêne le jeu articulaire. Il semble que ce soit les fractures de l’olécrane ou de la rotule considérées comme très difficiles à contenir réduites qui aient fait les frais des premières interventions et qui aient donné l'élan.
En 1900 (*), Tuffer écrit : « Qu’on ne doit pas à notre époque laisser un coude s’ankyloser, fût-ce en bonne attitude et que l’abstention opératoire n’est plus de mise. Pour ces fractures articulaires, la suture osseuse et l’enchevillement rendront des services précieux. »
Au Congrès belge de chirurgie de 1902 (5), nous voyons qu’il est bien le promoteur de cette idée d'intervention