‹ Contribution à l'Étude du Traitement sanglant des Orchi-Épididymites BlennorragiquesChapitre 11 sur 25 · SPORE · texte numérisé non relu

SPORE

craindre que, sitôt le malade levé, tous les phénomènes inflammaloires recommencent et obligent le malade à prendre de nouveau le lit pendant de nombreuses semaines ?

D’autres fois, l’autre testicule se prend à son tour, et l'on woit apparaître l’épididymitc à bascule, affection redoutable, puisqu'en frappant les deux glandes séminales, elle peut compromettre leurs fonctions d’une façon souvent irrémédiable.

Dans d’autres cas, c’est la résolution traînante qui est observée. Douleur presque nulle, la fièvre, le délire, l’abattement n'existent plus depuis longtemps ; mais la palpation révèle à la queue de l’épididyme une petite induration ligneuse, sensible au toucher, dont la résolution dure des années.

Mais, même dans les cas de gravité moyenne, il est juste de dire que « si les observations d'orchite étaient publiées, on verrait que la durée de cette complication n'est pas celle que lui assignent la plupart des classiques. A côté des formes qui se résolvent en quinze jours, combien en est-il qui donnent lieu à un gros nodule indélébile, source de rechutes, de douleurs névralgiques et d'impuissance. » (Escat).

Enfin, le fait est prouvé, on a vu dans bien des cas l’épididymite de nature blennorragique certaine, se transiormer, chez des individus prédisposés, en épididymite tuberculeuse. Dans le service de M. le docteur Braquehaye, nous en avons observé un cas tvpique, dont nous publions plus loin l’observation.

Un fait surtout domine les résultats éloignés des épididymites, même les plus bénignes, c’est l’oblitération des voies spermaliques. Ce nodule d’épididymite chronique, déjà d’un pronostic sérieux quand il n'existe que d’un seul côté, — puisqu'il peut être cause de récidive — devient d’une gravilé extrême lorsqu'il se produit des deux côtés, puisqu'il mène à la stérilité des hommes presque toujours dans la force de l’âge.

Terrillon a étudié les modifications que subit, pendant et après l’épididymite blennorragique, la sécrétion du sperme, Voyons les résultats de ses recherches.

1® cas: Epididymite blennorragique double. ;

* Pendant la période aiguë, le sperme secrété est jaune, grisâtre, presque toujours sanguinolent. Le microscope y décèle pourtant des spermatozoïdes. Ce sont évidemment ceux qui, expulsés du testicule avant l'affection, remplissaient les ésicules séminales. Plus tard, la guérison obtenue et même toute trace de congestion ou tout nodule ayant disparu. l'examen histologique du sperme le montre composé de de leucocytes altérés, de granulations nombreuses, de cellules en voie de dégénérescence et de globules de pus. Pas de spermatozoïdes.

2° cas: Epididymite blennorragique unilatérale.

Au début, le sperme est le même que dans l’orchile double. 11 est mélangé avec les éléments purulents de la vésicule et du canal malades : globules de pus, granulations, etc. La présence des spermatozoïdes est constante pendant loute la maladie, mais leur nombre est extrêmement réduit, et leur séjour dans un liquide peu propre à leur conservation semble avoir fort compromis leur vitalité.

Donc, comme conséquence : Epididymite double : azoospermie complète; Epididymite unilatérale: présence {le spermatozoïdes en petit nombre, mais de valeur fonctionnelle douteuse.

PROUX

Godard, Gosselin, Liégeois affirment que cette pseudo-az00spermie est définitive.

De Sinéty a étudié la sécrétion du sperme chez des sujets jeunes, en pleine activité génitale, guéris depuis huit ou dix ans d’une épididymite blennorragique unilatérale. Sa conclusion est la même: spermatozoïdes rares, de vitalité diminuée, complètement immobiles deux heures après l’éjaculation (les mouvements se conservent beaucoup plus longtemps dans le sperme normal). Pour lui, la diminution fonctionnelle du testicule jadis malade retentit sympathiquement sur son congénère, diminuant ainsi le nombre et la vitalité des spermatozoïdes. Leur présence dans le sperme n'implique pas pour lui la fécondité du sujet.

Pour d’autres auteurs, la perméabilité du conduit épididymaire peut se rétablir : Sébileau en a cité plusieurs exemples indiscatables. Escat cite un cas très net: « En massant la prostate d’un malade atteint trois ans avant d’orchite double ayant laissé des reliquats nodulaires, j'ai vidé les vésicules remplies de spermatozoïdes. ».

Mais les statistiques à ce sujet sont loin d’être rassurantes. Jullien, sur 85 cas, n’a noté que 9fois le retour des spermatozoïides : « Personnellement, je crois qu'il y aurait optimisme à prendre cette proportion pour la règle », dit Sébileau

Delbet et Chevassu, qui ont étudié avec soin cette question, arrivent aux conclusions suivantes :

« Dans l’épididymite blennorragique, l'absence de spermatozoides est la règle pendant la phase aiguë; avec le temps, un certain nombre d’imperméabilités ont tendance à diminuer ou à disparaître. De l'examen des statistiques, il résulte que plus de la moitié des individus atteints d’épididymite blennorragique restent longtemps et sans doute définitivement stériles. La constatation d’une double induralion épididymaire persistante permet de soupçonner, et les chances d'erreur sont en somme minimes, que l’épididyme induré n’est pas redevenu perméable. ».

cena

De Sinéty nous a fait connaître ce qu’il faut attendre de ces spermatozoïdes dégénérés et rares, dont la seule présence est déjà l'exception.

Sébileau, par contre, nous cite le cas d’un médecin, jadis atteint d’épididymite double, et dont le sperme aurait recouvré par la suite ses propriétés fécondantes.

À la suite d’une éjaculation sanglante en pleine période aiguë d’épididymite blennorragique (quelques années auparavant, l’organe du côté opposé avait été frappé d’orchite), il fait examiner son sperme qui ne contient pas de spermatozoïdes. Trois mois plus tard, l’analyse histologique donne la même réponse. Un an après, inquiet de voir sa femme grosse, il se fait examiner une fois encore. On trouve des spermatozoïdes en abondance.

Marcel Lavallée parle de nombreux cas de grossesses chez des femmes dont les maris avaient été jadis atteints d’épididymite. M. Besnier, plus sceptique, lui répond que la fécondité de ces maris se prouverait par l'examen de leur sperme plus que par la grossesse de leurs femmes.

En résumé, sauf quelques cas très rares (ils sont ici l’exception qui confirme la règle), on peut présque conclure à la stérilité des anciens porteurs d’épididymite. Si l’épididymite a été double, azoospermie complète. En cas d’épididymite unilatérale, spermatozoïdes rares et dégénérés. « La lésion est donc plus grave que l'apparence. » (Escat).

Les quelques cas indiscutables dans lesquels les spermatozoïdes ont apparu de nouveau sont ceux dans lesquels l’inflammation épididymaire aura duré le moins longtemps.

Nous en avons fini, croyons-nous, avec les complications classiques de l’épididymite. Il en est d’autres plus rares, d’une pathogénie obscure, sur l’étiologie desquels bien des doutes planent encore, et ne reposant que sur de trop rares observations.

Quelques auteurs (Julien, Sébileau), ont parlé d'accidents péritonéaux au cours d’une épididymite blennorragique. Julien les attribue à la propagation de l'infection au tissu

Lans

conjonctif péricanaliculaire et au périloine qui limile ce tissu. Sébileau fail de ces accidents une simple réaction périltonéale, un périloniome réflexe.

Escal, d'autre part, nous cite un cas de nécrose iesticulaire au cours d'une épididymite blennorragique.

Un homme de 30 ans, soigné trois ans auparavant pour blennorragie chronique, prostatite et cystite, contracte une blennorragie aiguë. Dix jours après, épididymile suraiguë. Repos au lit. Peu de temps après, le docteur Escat, qui ne l’avail pas vu dans l'intervalle, constate avec étonnement, sur la face antérieure du testicule droit, une tuméfaction d'aspecl anthracoïde, avec trois orifices d'où s’échappent du pus et des débris sphacélés. Ces orifices sont réunis par une incision et le contenu du testicule nécrosé s'élimine par cette voie. Le jour suivant, la glande s’est à veu près vidée. Un stylet, engagé dans l’orifice ainsi créé, va rejoindre l’épididyme. » (Escat).

À noter que le malade était en même temps syphilitique et et qu'on aurait pu songer à une gomme. Pourtant, n’oublions pas que la nécrose du testicule a été déjà notée au cours de la blennorragie, encore que le cas soit très rare.

Toutes ces complications seront d'autant moins à craindre, que les lésions de l’épididyme auront été moins profondes et que la maladie aura eu une durée plus courte.

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