‹ Contribution à l'étude du tympanisme dans les principales maladies du poumonChapitre 4 sur 27 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Du tympanisme dans les principales maladies du poumon.

On appelle son tympanique la résonnance exagérée du son pulmonaire normal. Il est produit par différentes causes réunies dont la principale, l'indispensable, paraît être la présence d’une plus grande quantité d'air contenu dans le même volume. Son étymologie montre bien la ressemblance qu’il offre avec le son qu'on obtient quand on percute un tambour. Il représente le degré le plus élevé de sonorité que peut proûuire la percussion pratiquée sur les organes. Pleins, ceux-ci donnent naissance à ce que l’on appelle la matité, avec ces diverses variétés : Cest un son sourd ou mieux encore un bruit qui n’a rien de musical, Tels sont le cœur, le foie, la rate hypertrophiée, les masses musculaires. Quand le tissu esi moins compact, moins dense, moins serré, quand de petites cavités vides se sont glissées au

ip milieu de sa trame, il produit un son, non plus mat mais bien clair et creux, traduisant à l'oreille la présence de ces cavités. L’organe est sonore à la percussion : tels sont les poumons à l'état normal. Le tissu pulmonaire, s’il était condensé, comprimé, de facon à former un corps compact, comme le foie par exemple, sans place pour le vide, donnerait lui aussi de la matité. Mais sa constitution particulière l’en empêche. Formé, on le sait, d'une réunion d'innombrables petites cavités, tantôt communiquant entre elles (alvéoles), tantôt indépendantes les unes des autres et isolées (lobules), en tout cas toujours physiologiquement pleines d’air, il constitue, au point de vue de la sonorité, un corps particulier, un organe n'ayant aucun semblable dans l'organisme, qui donne à la percussion un son également uniqne, caractéristique, sui generis, dit fort justement son pulmonaire. Ce son est produit à la fois par les vibrations de la paroi thoracique qui le renferme, par celles de son tissu propre et enfin et surtout par celles de l’air atmosphérique, contenu dans son intérieur et emprisonné, à des tensions différentes, dans les régions alvéolaires. Il ne se rencontre que là et à la moindre atteinte pathologique manifeste de faciles tendances à se modifier ou même à disparaître. ;

Tout au contraire, quand un organe n’est fait que d’une paroi mince et ne contient rien autre que de :’air dans son intérieur, la percussion y détermine l'apparition d'un son, dit tympanique, analogue à celui du tambour, et produit uniquement par les ‘vibrations de la masse gazeuse, aérienne, qui y est renfermée,. Ce son se rencontre à l’état normal dans deux organes : dans la masse intestinale et surtout dans l'estomac : d’où le nom de son stomacal qui lui est synonyme. Il faut et il est indispensable, pour qu’il se montre dans toute sa nettcté, que ces deux organes soient entièrement ou à peu près vides des aliments qu'ils reçoivent et digèrent ; car alors, cela va de soi, la présence de parties solides ou liquides, pour peu abondantes qu'elles soient, ne

tarde pas à altérer et mème abolir la sonorité aérienne qu'on y vient chercher.

Ce son tympanique, fourni par l’estomac vide au doigt qui le percute, se retrouve, à l’état pathologique, dans un organe qui par Sa nature et par sa constitution anatomique, donne déjà un certain degré, assez marqué même, de résonnance. C'est le poumon qui, dans certaines maladies, sous l'influence de modifications anatomiques bien connues, semble devenir plus «aérien», plus vide et perdre ainsi une partie de sa trame ; comme dans d'autres maladies, il paraît être privé d’air et condensé et donne à la percussion la matité des organes pleins.

La théorie de l’acoustique et ses lois pourraient facilement démontrer qu'il n’est pas et ne peut pas être, ce son tympanique pulmonaire, semblable à celui que fournit normalement la cavité gastro-intestinale, les conditions dans lesquelles il prend nuissance étant sensiblement différentes. Mais en pratique, en clinique, les différences sont minimes à l’oreille qui les perçoit et celle ci considère les deux sous comme équivalents. Ce tympanisme, comme nous le verrons, peut siéger partout en arrière comme en avant, aux bases comme aux sommets, et pourvu que la paroi thoracique ne mette pas par son épaisseur obstacle à la transmission du son à l'oreille, il est et peut être perçu dans toutes les régions de l'organe respiratoire. Expression sensible d’un état pathologique du poumon où on l'observe, il est, lui aussi, l'expression d’un état pathologique de la partie même de cet organe où il se révèle par la percussion. Quelque légères qu'elles soient, les modifications anatomiques vont de pair avec lui, et sans elles on peut dire qu’il n’existerait pas. Pour tousles cas, la lésion anatomique est chose connue et nous en dirons un mot par la suite.

Quelles sont maintenant les maladies du poumon, où l’on rencontre ce son tympanique? Ce sont, parmi les principales, la 9 k

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pleurésie, la broncho-pneumonie, l’emphysème chronique et la tuberculose pulmonaire chronique.

Au début de la pleurésie séro-fibrineuse commune, il n’est pas rare de constater à l'endroit même où se percevra quelques heures après la matité caractéristique de l’épanchement, dite matité hydrique, un son tympanique siégeant ordinairement en arrière et en bas.C’est un fait d'observation courante,et s'il passe quelquefois inaperçu, c'est qu’il est de courte durée. C’est un phénomène très précoce et dû, d'après Skoda, à ce que le poumon, contracté au début de l’épanchement, vibre plus fort. Il dure peu et fait bientôt place à la matité.

Plus tard, quand l’épanchement s’est fait, survient un nouveau tympanisme, siégeant en un autre endroit, dit Skodisme, du nom du médecin allemand Skoda, qui le signala pour la première fois. C'est une résonnance exagérée, perçue au-dessus de la clavicule, du côté malade, à la condition que le niveau du liquide épanché n'atteigne pas cet os. |

Le liquide pleurétique, produit par l'inflammation de la séreuse, obéissant aux lois de la pesanteur, abandonne les points où il est sécrété el va s’accumuler dans les parties les plus déclives du cul-de-sac pleural inférieur.

Quand cette couche de liquide a gagné une certaine épaisseur. le son produit par les vibrations qu'on imprime à l'air des alvéoles pulmonaires par la percussion ne peut la traverser, et l'oreille perçoit un bruit de matilé, né sans aucun doute dans le liquide lui-même et la paroi thoracique. Au contraire, au niveau de la partie supérieure du poumon, le liquide séro-fibrineux existe bien aussi comme tout à l'heure (grâce à sa consistance plus où moins épaisse et sirupeuse, il trouve le moyen de lutter, en adhérant aux parois, contre ces mêmes lois de la pesanteur) mais en petite quantité. Interposé en une mince couche entre le poumon et la paroi, il aura bien peu d'action pour s'opposer à la transmission du son pulmonaire. Or celui-ci va changer de

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caractère, puisque anatomiquement, physiquement l’alvéole n’est plus le même puisqu'il est comprimé, rétracté par la couche de liquide qui pèse sur lui et gène son expansion. Cette rétraciion, qui toutefois n'est pas assez grande pour purger entièrement l’alvéole de l'air qu’il doit contenir, favoriserait, d’après Skoda, l'augmentation de la résonnance ordinaire et déterminerait la production du son tympanique. Et ce tympanisme, l'oreille le perçoit, parce que le liquide ne fait point obstacle, par son épaisseur, à la transmission des vibrations qui l'engendrent.

« Woiïlez, qui a étudié avec soin les sonorités sous-clavicu laires de la pleurésie", en distingue cinq variétés, suivant qu'il y à exagération simple de la sonorité (tympanisme), exagération avec tonalité plus basse (itympanisme grave), avec tonalité plus haute (tympanisme aigu), élévation de la tonalilé sans exagération d'intensité, é.évation de la tonalité avec augmentation d'intensité et caractère simple du son.

Ces modifications de la sonorité, qui ne sont pis spéciales à la pleurésie, ne s'étendent pas au-dessous de la quatrième côte, mais elles peuvent être très limitées, la surface sur laquelle elles s'étendent diminuant d’autant plus que l’épanchement augmente davantage. Elles disparaissent pour faire place à la matité complète quand le liquide arrive à remplir le cul-de-sac supérieur. Leur principal caractère est de conserver leur timbre, que ia bouche du malade soit ouverte ou fermée, parce qu'ici l’espace résonnant ne communique pas avec l'air extérieur par de larges ouvertures ». Quand l’épanchement occupe toute la cavité de la poitrine d’un côté, la matité sous-claviculaire est absolue. Quelquefois en ce point le son est encore tympanique. Mais la même explication ne vaut rien dans ce cas. Il faut invoquer un autre mécanisme. On connaît la théorie de Williams sur la résonnance de l’air contenu dans le tuyau trachéo-bronchique. Eh bien,

1 Traité de Médecine (Charcot et Brissaud).

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