HISTORIQUE
Le Typhus récurrent, ou fièvre récurrente, était considéré avant la guerre comme une maladie strictement orientale. Les 20 malades soignés par Tholozan,au Valde Grâce, l'avaient fort probablement rapportée de Crimée. L'Irlande seule avait eu à en souffrir. De ce dernier pays, la maladie fut propagée aux Etats-Unis. L'Amérique centrale a son typhus particulier propagé par l’argas américain et décrit par Robledo.
En:Afrique, on l’a observé en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Egypte, dans la Tripolitaine, à Madagascar, etc...
En Asie, on signale l'Inde, lIndo-Chine et le Tonkin, comme soumis à des épidémies importantes.
La dernière guerre, en provoquant des mouvements
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d'hommes importants et anormaux d'Occident en Orient et d'Orient en Occident, a causé chez nous la propagation et l’acelimatation d'un certain nombre de maladies jusqu'alors relativement peu fréquentes : dysenterie amibienne, typhus exanthématique, etc... ; la fièvre récurrente n'a pas échappé à cette loi, et quelques cas — isolés il est vrai — ont été signalés dans le Sud-Est.
C'est pourquoi nous avons cru utile — ayant observé quelques cas très typiques de fièvre récurrente en Orient — d'entreprendre un travail sur cette quéstion relativement peu fouillée jusqu’à maintenant.
- ÉTIOLOGIE
Le typhus récurrent est une maladie épidémique contagieuse, c'est une septicémie spirillaire. Le spirille a été découvert en 1868 par le prosecteur de la Charité de Berlin, Obermeier qui, cinq ans plus tard, précisa son:
ôle étiologique, le 26 février 1873. C’est une date impor-
nte, car c’est la première fois, après la découverte de la bkctéridie charbonneuse par Davaine dans le sang du méuton, qu'une septicémie humaine a sa cause étiologique déterminée d’une façon irréfutable.
#4 HA \se présente sous la forme de filaments minces, allongés et pourvus de mouverhents de rotation, d'ondulation et de progression.
4 . Ces inicroorganismes se meuvent presque sur place et autour des globules. Levaditi aurait vu des formes
| intracellulaires. 11 aurait distingué nettement des héma- | | ties ayan\ perdu leur hémoglobine et renfermant un | spirille disposé cireulairement et tournant très pipes
f ment autour du centre du globule.
On peut le distinguer simplement dans le sang frais
sans coloration - - et personnellement nous l'avons aper-
( çu très nettement au laboratoire de l'hôpital bulgare de
1! Lom Palanka. Nous avions simplement recueilli une
gouttelette de sang sur une lame: à un grossissement moyen, on distinguait de petites anguillules flexueuses,
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dont les mouvements étaient nombreux et considérables.
Le spirille n’est visible qu'au cours de l'accès, il
disparaît avec la défervescence. Au point de vue colora-
tion, le procédé de Giemsa paraît le meilleur, le Spi-
rillé apparaît nettement en violet rouge au milieu des hématies grisètres |
Goudard propose le procédé suivant : Fixer par l'alcool
le sang étalé entre lame et lamelle : traiter ensuite
par une solution de bleu ou de violet de gentiane : le
spirille apparaît en bleu foncé sur fond violet.
‘ L'étude morphologique du spirille a été assez fortement poussée. Zettnow, puis Prouvazet, ont essayé de l’assimiler aux trypanosomes. Levaditi, à la suite d'expé-
riences approfondies, a elassé le spirille parmi les bac- :
téries, et il semble bien que son opinion ait prévalu. Levaditi a toujours observé chez ces spirilles la division transversale, or on sait que les protozoaires se divisent longitudinalement, les bactéries transversalement.
Les études se poursuivant, on a différencié diverses races de spirilles de la fièvre récurrente. On admet quatre variétés de spirilles : |
Spirille Obermeieri : cause la fièvre européenne. :
» Dutoui : cause la fièvre africaine.
» Carteri : cause la fièvre asiatique.
».. Novy: cause la fièvre américaine.
Il y aurait entre ces différentes races des différences de dimensions. Levaditi donne évalué en : |
Spirille africain : Epaisseur 0,45 Longueur 24 à 30 & américain : — 0,31 — 19 à500 «fi européen viinE 0,39 — 27 à 20
Au point de vue étiologique. la participation du spirille a élé nou seulement constatée par Pobservation, mais
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démontrée par des expériences de laboratoire, telles que transmissions de la maladie de l'homme au singe, inoculations de l’homme au lapin, de lapins à lapins, etc... Au cours d'expériences entreprises en 1911, Nicole et Blaizot ont réussi 5 passages en opérant par injection intrapéritonéale, et 12 en opérant par voie intraveineuse.
:L'infection était FAN aussi intense, les spirilles très
nombreux.
Les exemples d'inoculation accidentelle à l'homme ne
sont d’ailleurs pas rares, et pour citer un cas célèbre,
souvenons-nous de Metchnikoff, qui en 1885 s’inocula la fièvre récurrente, et présenta, après 5 jours d'inoculation,
un cas typique de cette maladie.
Mais une question se pose. Comment le germe est-il transmis à l'homme ?
Faut-il rappeler que Murchison attribuait la fièvre récurrente à la famine ? Sans doute, les mauvaises conditions hygiéniques jouent-elles un rôle favorisant, mais là n'est point la véritable cause de la transmission de la
maladie.
La découverte du spirille dans le sang amena à envisager l'infection par les liquides organiques, puis par les ecto-parasiles.
Tictin, le premier, découvrit le spirille dans le corps des punaises de lit. Ces parasites étaient gorgés de sang contenant de nombreux spirilles, et ce sang restait virulent pendant presque 48 heures.
Tictin fit donc des punaises le principal vecteur de l'infection. :
En 1907, Mackie incrimina à son tour le pou du corps. Sur 400 poux vivant au contact des malades, il en trouva 44 infectés. I faut s'adresser aux travaux de Nicolle, Blaizot et Conseil à Tunis et de Sergent et Foley
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à Beni-Ounif pour éclaircir ce point resté néanmoins obscur et établir d’une facon indubitable que le vrai vecteur du contage, c’est le pou. Di
Mais ce qu’il y a de curieux et ce qui différencie nettement l’étiologie de la fièvre récurrente et du typhus exanthématique, c'est que ce n’est pas par piqûre que le pou est dangereux. En effet Nicolle, Blaizot et Conseil ont fait piquer, sans succès, 14 macaques par des poux spirillés, « en outre, disent les auteurs, 5 personnes de bonne volonté, dont deux d’entre nous, ont subi : la première 129 piqûres de poux infectés de 1 heure à 2‘jours ; la seconde, 377 piqûres de poux infectés de 2 heures à 7 jours ; la troisième, 484 de 12 à 16 jours: la quatrième, 768 de 1 heure à 24 jours ; puis 1095 de 1 à 9 jours ; la dernière enfin, 4707 de 1 à 25 jours. »-Le tout sans résultat.
Il faut que le pou soit écrasé par grattage sur la peau excoriée pour qu'il y ait infection. En somme, tout individu piqué se gratte; par cela même, il excorie Sa peau, écrase des poux et contamine ses ongles.
Il est donc démontré qu'il faut que le [sang infectant vienne au contact d’une solution de continuité des téguments.
Sans doute, Nattau Larrier a démontré que le spirille pénétrait à travers la peau saine, mais hâtons-nous . d'ajouter qu'il opérait sur des souris dont la peau est infiniment plus fine. La pénétration à travers le tégument intact a toujours paru impossible chez l'homme.
Il nous reste un mot à ajouter sur les particularités éliologiques de la fièvre récurrente : c’est qu'elle coexiste presque toujours avéc le typhus exanthématique. Nous avons, en effet, observé très nettement ce fait en Bulgarie. Tandis que des cas de tybhus récurrent étaient
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observés à l’ambulance française de. Lom Palanka, des cas de typhus exanthématique étaient signalés à l'hôpital bulgare de la même localité. C’est, qu’en effet, le typhus exanthématique est aussi propagé par le pou, et c'est ce qui explique que la prophylaxie, qui se résume ‘en une
lutte contre les parasites, soit efficace contre les deux
affections et fasse disparaître simultanément le typhus récurrent etle typhus exanthématique.
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SYMPTOMATOLOGIE
Avant de citer des observations qui nous sont personnelles, nous allons donner une étude d'ensemble de la Symplomatologie habituelle de la fièvre récurrente, puis nous ferons suivre nos observations de quelques consi- . dérations particulières. = |
La fièvre récurrente est une maladie à début brusque, elle apparaît sans prodromes. Quelquefois le malade signale un grand frisson, mais non suivi de sueurs. La période d'état est constituée. te
Le malade se plaint d'une lassitude très intense, de céphalée et, comme le remarque très justement Berthier, dans un article qu'il consacra à ce sujet et qui parut en décembre 1918 dans le Journal de Médecine et Chirurgte pratiques de Lucas- Championnière, accuse également des douleurs thoraciques. “
Dès lors, la Lémpérature est très élevée, elle atteint Ale et dépasse paraît-il ce chiffre quelquefois. Elle se maintient élevée sans grande rémission matinale. Le pouls très rapide, en parfait accord avec la température, est : bien frappé, nullement dicrote, sauf dans les cas où le pronostic s’assombrit.
Du côté de l'appareil digestif, on note une constipation opiniâtre, faisant place à la période de rémission, à une diarrhée liquide jaune, parfois bilieuse. anorexie, vOmis-
De sements, nausée. Quant à la langue, elle est très sabur- . rale, parfois sèche devenant même un peu noirâtre, simulant, contrairement à ce que dit Berthier, la langue du typhus exanthématique. Les gencives subissent les mêmes altérations.
Il n'y a pas de ballonnement abdominal, pas de défense de la paroi. La rate est hypertrophiée, toujours palpable - sous le rebord costal: le foie aussi participe à cette augmentation de volume.
Les urines sont rares, foncées, troubles, chargées en : urée, celle-ci s'élèverait même à soixante-quatorze grammes par litre. L'ictère, ou plus exactement un léger subictère, est alors observé, les selles continuant à être normalement colorées : il s'agit là sans doute, comme le dit Berthier, d’un hictète d'origine sanguine, dû à une abondante destruction d'hématies dans le sangisons Pinfluence des hémolysines spirillaires.
. La respiration accélérée s'accompagne parfois up point de côté, aussi note-t-on souvent un point de congestion se manifestant à l'auscultalion par quelques râles cré. pitants aux bases et par quelques crachats hémoptoïques.
Signalons des épistaxis fréquentes qui se manifestent dès la période d'état et se wontrent aussi souvent pendant la défervescence. Ajoutons également qu’en dehors de la céphalée déjà signalée, on peut noter un certain délire, en général peu violent et peu prononcé. :
L'état général est très atteint, le malade, très abattu, présente une peau sèche, chaude, le visage est congestionné, les conjonctives injectées. Sur les téguments on ne relève aucune éruption.
L'’herpès labial est fréquent.
Vers la fin du cinquième, sixième ou septième jour, cet état prend fin brusquement. La chute dans l’hypotermie
CN est la règle, et cette hypothermie est souvent très considérable, dépassant parfois 35 degrés.
Comme l'avait déjà fort bien dit Wunderlich, la fièvre récurrente paraît être l'infection humaine dans laquelle la défervescence s'accompagne de la chute thermométrique la plus brutale et la plus considérable. La chute du pouls est parallèle à la chute de la température. Cette bradychardie peut être considérable, son maximum se montre; en général, 48 heures après la crise sudorale. Comme le dit Bertier: «Il s’agit d’ailleurs là d'un ralentissement transitoire et, à défaut de tracés veineux et apexien, l’auscultation de la jugulaire, suivant le procédé de Josué, montre qu'il s'agit purement d’une bradycardie sinusale, totale, sans blocage, suivant la règle habituelle à la fin des maladies aiguës ».
Il arrive parfois que cette chute si brusque, si importante entraîne des phénomènes de colapsus pouvant présenter, dans certains cas, un caractère très réel de gravité. Personnellement, nous n'avons eu à déplorer aucun accident de ce genre.
Pendant le septenaire qui suit la défervescence, le malade, quoique un peu*anémié et ‘‘fortement secoué’, pour employer une expression populaire, paraît se remonter : l'appétit s'accroît, les selles redeviennent normales, les forces reviennent petit à petit, tandis que la température remonte lentement et régulièrement jusqu'à la normale. Le pouls suit cette lente et régulière ascension. Les urines, qui jusqu'alors étaient rares,
deviennent claires, limpides et abondantes. Des épistaxis sont quelquefois signalés. .