‹ Contribution à l'étude du vaginismeChapitre 17 sur 24 · OBSERVATION. V · texte numérisé non relu

OBSERVATION. V

Hystérie grave compliquée de vaginisme guérie par l'or intus et extra:

(Decrand. Communication à la Société de biologie. — Gaz. méd. de Paris, 1878, p. 516-517.)

Le 29 décembre 1874, je fus appelé en consultation à B... (Allier) pour un cas d'hystérie dont voici les principales phases.

Mile L. G..., âgée maintenant de 32 ans, est hystérique depuis l'apparition de la menstruation. Elle a toujours été souffreteuse et anémique; mais les crises hystériques, d’abord courtes et rares,

ue D8

devinrent, en 1869, plus violentes et plus rapprochées ; l'appétit, les forces et le sommeil se perdirent et le bras droit fut frappé d’une contracture, telle que, pendant plus de deux années, la main droite fut inapte à n’importe quel usage.

Le 22 mars 1870, sous l’influence de causes morales, l’état empira. Durant plusieurs jours, il y eut des attaques incessantes, laissant à leur suite un état syncopal qui inspira les plus vivés in quiétudes. À partir de cette époque, la malade ne quitta plus le lit, Survinrent ensuite un œsophagisme qui permettait à peine une fois par jour l’ingestion de quelques cuillerées de bouillon éoupé de vin, une photophobie des plus intenses, des terreurs sans mo+ tif, surtout la nuit, elc.

Dans l'été de 1871, il y eut un certain amendement, mais de courte durée; l’hiver suivant, aux troubles ci-dessus indiqués, vinrent s'ajouter des sueurs profuses Survenant tous les jours après le coucher du soleil.

Nouvel amendement dans l'été de 1872. L. G... qui en était arrivée à faire quelques pas dans sa chambre, soutenue où non par deux aides, selon les jours, garde de nouveau complètement le lit, Lorsque le 29 décembre, je la vis pour la première fois, voici quel était son état : t'émulation convulsive de la tête et des membres, du côté droit Surtout, à mon approche, comme à la vue de toute personne étrangère: perte presque absolue des forces musculaires, amyosthénie générale ; äldroité, paralysie de la main précédemiment contracturée; inertie intestinale, garde-robes tous les huît où dix jours, à force de lavements; météorisme, urines rares et tellement chargées que, suivant la malade: «elles étaient comme si on y avait ajouté moitié poudre bläñché », anesthésie générale, seulement interrompue çà et là par des points excessivement hyperesthésiés, nolammént le long du rachis, au vertex, etc. ; toute piqûre est exsangue ; amblyopie, jambes et pieds d’un froid cadavérique, toux sèche, fatigante et d’autant plus inquiétante que la mère de L. G... est Los d’une affection pulmonaire chronique; boule hystérique et sensation constante de suffocation.

L'æsophagisme persiste, mais à un degré moindre; il y a de plus des vomissements très péniblés de presque tous les aliments; palpitations cardiaques à fuire pérdré la respiration, ovarie intense, point de sommeil sans chloral; malgré tout, persistance des règles qui revienfient toutes les trois séminines, durent six jours aù moins

ee cie, Mr

et S'accompagnent de vives douleurs dans tout le bassin. Chaque époque laisse la malade à peu près exsangue. Rien à l’auscultation ni à la percussion, Cependant la maigreur, la toux continuelle, les sueurs nocturnes, les antécédents héréditaires, etc., ne laissent pas que d’inspirer les plus vives inquiétudes.

Que faire contre un état si complexe et d'apparence si grave? Naturellement on avait déjà usé de tous les antispasmodiques et toniques connus ; bromures de potassium et de camphre, valériane et valérianatés, préparations de fer et de zinc, quinquina, assa fœtida, castoreum, opium, chloral, etc. Restait l’hydrothérapie : mais comment oser en parler en hiver et en présence des craintes de phtisie? Je proposai donc timidement, sans grand espoir, et plutôt pour faire quelque chose (j'en fais l’aveu sincère) de recourir à la métallothérapie. Celle-ci acceptée, je dus procéder à l'examen métalloscopique; mais sans expérience spéciale et ne possédant pas d'autre instrument qu’un esthésiomètre, je ne mis pas moins de huit jours à reconnaître que l’or, et l’or seul, opérait le retour de la sensibilité sur les parties anesthésiées. Ce point bien établi j'administrai à l’intérieur le chlorure d’or et de sodium à doses croissantes et je prescrivis des applications de pièces d’or sur les quatre membres pendant deux heures, matin et soir.

Appelé auprès de la malade, seulement à titre de médecin consultant, je n’ai pu suivre, jour par jour, la marche de la guérison. Ce dont je puis témoigner, c’est que l'amélioration fut rapide : les vomissements cédèrent tout d'abord, la menstruation qui suivit fut moins abondante et les forces revinrent progressivement. Un mois environ après le début du traitement par l’or intus et extra, L. G... marchait déjà un peu dans la maison et cela malgré l'hiver qui, les années précédentes, avait toujours eu une fâcheuse influence sur sa maladie. Comme je n'avais rien à changer à la médication, L. G... cessa peu à peu de me voir, tout en continuant son traitement.

Au bout de six mois, il y avait toutes les apparences d’une guérison à peu près complète, et une année s'était à peine écoulée que L. G..…. se mariait et mettait complètement de côté le sel d’or. Mais malgré l’apparence tout à fait satisfaisante de la santé, l'hystérie n’avait pas dit son dernier mot. La première nuit des noces, L. G... eut une syncope, il en fut de même les nuits suivantes, On vint dé nouveau me consulter; je constatai l'existence d'un vagi-

nisme des plus complets, l’essai du spéculum auris ‘ou de la simple introduction de l'index, provoquait d’atroces douleurs, et en persistant, j'aurais amené sûrement l'état syncopal de la première nuit.

Je prescrivis l’iodoforme, le bromure de camphre, la Lelladone; je fis plusieurs cautérisations légères au nitrate d’argent, enfin je songeai à pratiquer soit la dilatation, soit une autre opération. Cette perspective fit fuir L. G...

Plus tard elle me revint. Alors, mieux édifié sur l'efficacité de la métallothérapie dans les cas de contracture persistante (comme par exemple, celle offerte par la malade de M. le professeur Verneuil, dont Je D'Burq a récemment publié l'observation dans la Gazette medicale de Paris), je conseillai à L. G... de reprendre le chlorure d’or et de sodium à plus hautes doses et au lieu de la dilatation dont j'avais d’abord parlé, je prescrivis d'introduire, tous les soirs, dans l’orifice vaginal, un petit cylindre d’or, et dès que cela serait possible, de le remplacer par un cylindre un peu plus volumineux de même métal.

À quelques semaines de là, ma malade vint, toute joyeuse, m’apprendre que cette nouvelle médication avait eu un plein succès, A chaque application locale de l'or, elle avait éprouvé dans le vagin une sensation de chaleur qui arrivait bientôt (deux heures au plus) à un tel point, qu’il fallait enlever le métal. Je procédai à un examen, et quel ne fut pas mon élonnement de pouvoir, presque sans causer de douleurs et assez facilement, introduire un spéculum Fergusson n° 1.

Page 1