D AU
Cette femme, réglée vers l’âge de 16 ans, s’est mariée à 19 ans, est accouchée à 21 ans, n’a eu jamais que ce seul enfant, n’est plus règlée depuis quatre ans. La disparition des règles n’a pas été
douloureuse.
La malade nous dit s'être toujours bien portée, n'accuse aucun symptôme d’hystérie, mais raconte cependant qu’elle est très sensible et impressionnable au dernier point.
IL y à huit ans, elle contracta avec son mari une vaginite blennorrhagique, pour laquelle elle reçoit les soins d'un médecin.
Pendant toute la durée du traitement elle s’abstint de tout rap-
port; au bout d’un ans elle continua à s’en abstenir à cause de la duuleur que chaque tentative provoquait chez elle. L'introduction même d’une canule à injection lui était douloureuse. Cependant, elle ne paraît pas s’être autrement préoccupée de cet état, les sym-
ptômes douloureux ayant disparu après l’abandon définitif de
tout rapport conjugal.
Au commencement de janvier 1884, sous l'influence de chagrins profonds qu’elle aurait éprouvés, dit la malade, ou d’une chute qu'elle fit dans un cave, les douleurs reparurent aussi intenses qu’autrefois ; l'introduction de la canule à injection provoque de vives douleurs; elle se décida à consulter et vint trouver M. Gallard, dans le service duquel elle entra.
Done une quinzaine de jours, la malade éprouve de ne envies d’uriner, mais les mictiors ne sont pas douloureuses; elle se
‘plaint de pertes blauches. Pas de constipation opiniâtre. Bon appé-
tit, pas de toux.
‘Aucun point douloureux le long de la colonne vertébrale.
Erümen. — La vulve est légèrement œdématiée et rouge sur la face interne des petites lèvres et en avant des caroncules myrtiformes, au-dessous du méat urinaire. :
L'introduction du doigt au niveau de la vulve est Ent douloureux; on parvient cependant avec quelques efforts douloureux pour la malade à le franchir; on sent alors une nouvelle constriction du doigt qui semble causée par une bride transversale située dans la paroï postérieure du vagin (l’interne du service, M. Brossard, a constaté cette même sensation).
‘On constate, en outré, de J’mduration sous-muqueuse. de la paroi postérieure du vagin, des rugosilés poiypiformes non saignantes, surtout au niveau de cette bride transversale que nous
avons signalée, des plaques indurées et très sensibles. Le col parait normal et sain. On renonce à l'introduction du speculum, trop pénible pour la malade.
On cautérise tous les points sensibles accessibles; en outre, la malade est soumise au traitement suivant : grands bains alcalins et pansement local avec l’iodoforme.
23 janvier. L'introduction du speculum, quoique douloureux, est possible. Nouvelles cautérisations des points sensibles. Continuation du traitement.
2 février. M. Gallard consacre une leçon à l’étude de ce cas de vaginisme.
Le 8. La malade quitte l’hôpital en bonne voie de guérison, elle continuera son traitement chez elle, et viendra de temps en temps faire constater son état.
26 juin. Nous la voyons pour la dernière fois, elle n'éprouve plus aucune douleur; l'examen avec le doigt et le spéculum n’a plus rien de difficile ni de pénible.
OgservaïTION X (personnelle.)
Syphilis, vaginite intense, — Polypes de l’urèthre, — Vaginisme assez persistant.
Angèle C..., entrée le 24 mars 1884, à l'hôpital de Lourcine (service de M. Hutinel).
Elle ne peut nous fournir aucun renseignement sur ses parents. Elle nous apprend seulement que son père et sa mère sont bien portants et n’ont jamais présenté d'accidents nerveux, non plus que ses deux frères et sa sœur.
Elle-même a été réglée à l’âge de 12 ans et déflorée à 16 ans : dès ce moment, le coït était extrèmement douloureux. Elle entra à l'hôpital Lourcine, la première fois, le 4 mars 1884, mais en sortit ie 24, ne pouvant supporter, nous dit-elle, les piqûres qu'on lui l'aisait comme traitement. C'est ensuite qu’elle entra dans le service de M. Hutinel.
À sor entrée; on constate la présence d'accidents syphilitiques remontant, dit la malade, à plus de neuf mois; elle présente, en ettet, des syphilides pigmentaires du cou et de la nuque, avec des
adénopathies multiples du cou, des aisselles et des aines. Elle nous dit, en outre, avoir perdu ses cheveux depuis quelques temps : l'examen de la gorge est négatif. L'examen de la vulve fait constater la rougeur et un léger épaississement de la face interne des deux grandes lèvres, en même temps qu'il est possible de constater des traces de syphilides à la partie inférieure de la grande lèvre du côté gauche. Vulvo-vaginite intense.
L'examen au speculum ne peut être pratiqué, car le constricteur vulvaire est le siège d’une contracture très marquée et se refuse absolument à laisser pénétrer l'instrument. Traitement spécifique. Localement : poudre de tan et injections à l’acide borique.
28 avril. Il se produit un abcès de la glande de Bartholin, qui est incisé sous le chloroforme. Pansement à l'acide borique; mèches.
Les phénomènes de vaginisme persistent non modifiés. Depuis lors cependant, et sous l’influence du traitement auquel on a ajouté la poudre d’iodoforme, les phénomènes de contracture ont beaucoup cédé, et le 24 juin, jour où nous voyons pour la dernière fois la malade, il reste seulement des traces de vaginite; quelques légères excoriations au niveau de l’orifice vulvaire à sa partie supérieure. On constate, en outre, la présence autour de l'orifice externe du canal de l’urèthre, la présence de trois saillies polypiformes très sensibles.
Le toucher se pratique facilement, il n’y a plus aucune constriction au niveau de la vulve, cependant le doigt est serré dans le conduit vaginal.
Enfin, point important à noter, le speculum de Cusco est introduit assez facilement, de sorte que les phénomènes de vaginisme ont presque complètement disparus. .
En résumé, vaginisme assez persistant. Vaginisme symptoma« tique chez une femme de 18 ans, ayant toujours eu une certaine hyperesthésie vulvo-vaginale. Vaginisme avec concomitance de vaginite et de polypes uréthraux, deux coïncidences qui ne sont pas vraisemblablement sans rapport avec ce vaginisme, car ce dernier disparait peu à peu à mesure que rétrocèdent ces dernières affec-
tions.
OBsERvATION XI (personnelle),
Hystérie. — Vaginite granuleuse. — Vaginismé périnéal, — Dilatation forcée. — Gucrison.
For..., âgée de 26 ans, entré le 4 juin à l’hôpital de la Pitié, salle Lisfrane, lit n° 21, service de M. le professeur Verneuil.
Antécédents héréditaires. — Sa mère, très bien portante, habite la campagne, son père est mort goutteux à 95 ans, élle a deux frères, dont l’un, raconte-t-elle, est de tempérament nerveux, et très nee en PE
Antécédents personnels. — Elle a eu une enfance assez maladive, elle eut à supporter une angine couenneuse à l’âge de 7 ans, angine couenneuse consécutive à la rougeole; plus tard, la fièvre typhoïde. Puis elle fut mise en pension. A l’âge de 14 ans, elle eut une pseudo-coxalgie qui débuta brusquement et détermina de la boiterie. Cette affection (probablement coxalgie hystérique) dura pendant trois ans et demi el disparut peu après l'établissement de la menstruation.
Celle-ci s’élablit à l’âge de 17 ans 1/2 : elle était toujours régulière, et l’écoulement sanguin durait ordinairement 2 où 3 jours. L'état nerveux persistait cependant, et elle nous rapporte que, dès lors, on la disait hyStérique. Elle s "est mariée à l'âge de 23 ins, j y a à peu près trois ans.
« N'ayant pu, dit M. Verneuil dans sa leçon clinique du 12 juin; accomplir, depuis son mariage, l'acte génital, cette malade vint me consulter chez moi, se plaignant de douleurs dans le bas-ventre, d'écoulement vaginal; je voulüs l’examiner et pratiquer le toucher vaginal, mais je ne pus y parvenir. C'est alors que je lui persuadai d’entrer à l'hôpital.
« Nous étions en présence de cette affection singulière, à la fois inflammatoire et spasmodique, désignée sous le nom:de vaginisme: En effet, à l'examen au spéculum, vous avez pu Vous convaincre qu'il y avait vaginite interne, une de ces vaginites avéc hypertrophié des papilles du vagin et désignée, par ce fait, sous le nom de-“Vagit nite granuleuse donnant lieu à un écoulement purulent très abondant, vaginite accompagnée d’une hyperesthésie extraordinaire et d’une contraction spasmodique de tous les muscles du périnée. »
Le 7 juin, M. Verneuil procéda à la dilatation forcée.
Après avoir endormi la malade, il l'examina de nouveau et trouva une vulvite intense, avec écoulement abondant; là muqueuse vaginale elle-même était très congestionnée, vascularisée au point que le simple toucher détérmina un écoulement sänguin notable, Il fit constater en outre que la contracture siégeait dans le muscle transverse du périnée surtout et le périnée musculaire en entier.
Après avoir pratiqué le toucher forcé de façon à ouvrir la voie au spéculum, il introduisit le Spéculum dé Ricord, puis le spéculum américain, en le dirigeant profondément en ärrière, dans la direction du coccyx. « À ce momenñt, dit M. Verneuil, j'ai obtenu un
‘écoulèment sanguin assez considérable, duquel je ne m'attendais
pas, je dois le dire, et je n’avais pas fait, commé j'en ai l'habitude lorsque j’opère sur des cavités, l’antisepsie préventive au moyen de
lavages phéniqués. Secondairement alors, j’énfonçai un tampon
phéniqué et fis pratiquer des injections ; néanmoins, l’hémorrhagie se produisit dans la journée et c’est à l’omission de cette mesure que j'attribue l'élévation de température (39°) que nous observämes je léndemain matin, hyperthermie due vraisemblablement à une auto-inoculation. ÿ
Le 25. La malade sortit de l'hôpital, parfaitement guérie de son
‘vaginisme,
OsservaTion XII (personnelle).
Hystérie. — Vaginite granuleuse. — Vaginisme périnéal. — Traitement
mixte. — Amélioration.
Mme D..., institutrice communäle, âgée de 26 ans, de constitution délicate, a toujours été très nerveuse.
Pas d’antécédeuts héréditaires bien nets.
Elle a été réglée à 16 ans et l'a toujours été régulièrement depuis; elle s’est mariée à 23 ans et n’a jamais eu d’enfants.
Avant son mariage, elle avait déjà eu quelques attaques d'hystérie auxquelles le mariage n’apporta aucune modification sensible en bien ou er mal. Sa santé, en dehors d’attaques d’hystérie, peutêtre plus fréquentes, continua de se maintenir dans un état relativement bon.
Il y a deux ans au moins, les rapports avec son mari, qui jusquelà avaient toujours été pénibles, devinrent bientôt très doulou= reux, au point que la malade dut absolument y renoncer. Vers cette même époque, elle commença à se plaindre de démangeaisons et de vives cuissons aux parties génitales.
À partir de ce moment, l'état nerveux s’exagéra, les attaques d’hystérie devinrent de plus en plus fréquentes : la moindre contrariété suffisait pour les provoquer.
Tout en conservant sa régularité, la menstruation devint douloureuse et plus abondante.
Appelé au début de l'affection, mon excellent ami le D' Albert Hybord, put pratiquer, malgré un spasme évident de l'anneau vulvaire, l'examen: au spéculum, supportable par la malade, quoique fort douloureux.
Il constata de l’inflammation de la vulve et du vagin, de la métrite du col avec ulcération, un écoulement vaginal et utérin très abondant.
Malgré la médication, tant locale que générale, qu'il prescrivit, cet état alla toujours en s’accentuant, la malade bientôt dut même renoncer aux injections, tellement la douleur provoquée par l'introduction de la canule était horrible, me dit-elle.
Le 17 juillet 1883, je vois cette dame pour le première fois, à l’occasion de violentes crises d’hystérie suivies d’un état syncopal, survenues hors de chez elle, à la suite d’une minime contrariété.
Le mari m'ayant fait part de l'état de santé de sa femme, je cherchai à m’en rendre compte; mais la région vulvaire était tellement douloureuse, et le moindre attouchement si insupportable, que je dus y renoncer pour le moment, Je pris jour pour le surlendemain, afin de procéder à un examen plus complet. En attendant, je prescrivis l'usage de bains de siège froids, deux fois par jour, de compresses imbibées d’une solution saturée de bromure de potassium, appliquées sur la vulve, et matin etsoir une cuillerée à bouche de la solution de bromure (15 gr. pour 250 de spé d'éc. d'or. am.).
Le 19, Je merendis à N... pour examiner la malade, qui depuis que je l’avais vue avait encore eu deux nouvelles attaques HAE rie, dont une pendant sa classe.
Les fonctions générales de la malade, malgré son état nerveux et anémique, étaient assez satisfaisantes.
ER re ee
Bruit de souffle à la base du cœur et dans les gros vaisseaux du cou.
Points douloureux le long de la colonne vertébrale.
Pas de points d’anesthésie.
La malade se plaint toujours de ses démangeaisons à la vulve et de pertes blanches.
Les parties génitales externes sont rouges et enflammées : la vulve est le siège d’une vulvite folliculaire avec écoulement, le périnée est dur et résistant; les petites lèvres, les nee myrtiformes, le pourtour du méat urinaire, sont également enflammés et rouges, et le siège d’une hyperesthésie vive, quoique moins intense que la surveille.
Je tentai avec précaution de pratiquer le toucher vaginal, Après avoir franchi sans trop de difficulté, mais en faisant un peu souffrir la malade, l'anneau vulvaire, je rencontrai à deux travers de doigts à peu près un nouvel obstacle, au delà duquel je n’osai, à cause des souffrances. que paraissait endurer la malade, pousser plus loin mon investigation.
L'examen, tel que l'avais pratiqué, avait suffi cependant pour que je pusse constater l'existence de follicules douloureux au niveau de l'obstacle qui m'avait arrêté, de l’épaississement des parois, une vive chaleur.
Après l'examen, survint un léger écoulement sanguin. Je maintins ma prescription précédente en y ajoutant l’iodoforme sous forme de suppositoires, et en poudre pour saupoudrer les parties génitales externes. Je recommandai en outre à la malade desuivre autant qu'il lui serait possible, pendant les vacances scolaires, un traitement hydrothérapique.
Qnelques jours après, je rentrai à Paris, après avoir prié le Dr Albert Hybord de vouloir bien, de temps en temps, me tenir au courant de ses observations sur cette malade.
Voici, d’après une de ses lettres, quelle fut la marche de la maladie et la suite du traitement:
« Après votre départ et pendant quelque temps, j'ai maintenu votre iraitement, puis je fis faire à Mme D... des lotions avec l’eau blanche et une infusion de feuilles de belladone, tout en lui faisant continuer l'usage des suppositoires à l’iodoforme, que je remplaçais de temps à autres par d'autres à l'extrait de belladone.
Au bout de quelque temps, la canule d’une seringue à injections