‹ Contribution à l'étude du Zooplancton du lac de NeuchâtelChapitre 14 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Variations quantitatives annuelles.

Le lac de Neuchâtel, comme le Léman et d’autres lacs suisses, présente annuellement deux maxima et deux minima dans la production de plancton, à l’encontre des lacs de l’Allemagne du nord qui ne présentent qu'un maximum et un minimum. Les planches VII à X représentent les courbes annuelles moyennes de plancton pour des profondeurs déterminées. On voit que, pour une même année, il y a parallélisme des courbes, c’est-à-dire que lorsqu'il y a maximum pour une certaine profondeur, 20 m. par exemple, il y a également maximum pour les autres profondeurs, 10 m., 30 m., etc. L’on est frappé en tout premier lieu de constater le déplacement des minima et maxima d’une année à l’autre. Le tableau cidessous indique ces déplacements :

Lace de Neuchätel.

Années 1® minimum 1% maximum 2e maximun 2me minimum 1897-1898 Février-Mars Mai Aoùt-Sept. Octobre 1900 Février-Mars Juillet Décembre Novembre 1917 Février Juin Novembre Nov.-Déc.

1919-1920 Juillet Mai Septembre Nov.-Déc.

YUuNG, qui avait établi l’existence de deux maxima et de deux minima dans le Léman, avait également été frappé par leur déplacement, et il s’exprimait ainsi à ce sujet :

« Nous voyons qu’en 1900 et 1901 il y eut un grand et un petit maximum. Mais le premier se montra au mois de janvier (au lieu de mai) et le petit au mois de juillet (1901) et de juin (1900) au lieu du mois de décembre. On conviendra que ces données sont tout à fait déconcertantes. Quant aux minima. ils coïncidèrent avec le mois d’avril en 1900 et 1901, et les mois de septembre (1900) et d’août (1901). »

NT

Le maximum des lacs de Plôn et Dobersdorf, étudiés par ZacHaRIAS, a lieu en août, et le minimum en mars. LINDER a constaté dans le lac de Bret un maximum absolu en automne (septembre 1903 et octobre 1904), et trois minima absolus (novembre 1902, mars et mai 1903). De plus, le lac de Bret est remarquablement riche en plancton. (Voir LiNDpeR : Etude de la faune pélagique du lac de Bret, page 170.)

Dans le lac de Neuchâtel, le premier maximum, qu’il se produise en mai, juin ou juillet, est toujours dû au développement considérable du phytoplaneton. Le second maximum (en général septembre-novembre) est causé par le développement des Copépodes et des Bosmines. Le premier minimum est dû au petit nombre d'individus de chaque espèce, le second à l’absence presque complète des Cladocères.

Il semble que la distribution du plancton est plus capricieuse dans le Léman que dans notre lac : « Le petit maximum de décembre, constaté en 1898 pour les profondeurs de 10 et de 20 m., dit Yunc, faisait défaut pour la profondeur de 5 m. En 1900, pendant que la courbe s'élevait de juillet à août pour les profondeurs de 5 et 10 m., elle s’abaissait au contraire pour la profondeur de 20 m. > Nous avons déjà dit que de semblables irrégularités ne se produisent pas dans le lac de Neuchâtel.

Les tableaux n° 20, 21, 22 et 23 représentent les quantités de plancton recueillies sous 1 m° de surface, à diverses profondeurs. C’est d’après les chiffres de ces tableaux qu'ont été construites les courbes moyennes annuelles du plancton (planches VIT à X).

Nos tableaux de dénombrement indiquent à quelles espèces sont dus, chaque année, les maxima et les minima :

1900 : {7 max.: Phytoplancton. Daphinia. Bosmina. Beaucoup de Rotateurs.

Qme max.: (Grand développement des Copépodes, surtout de D. gracilis. Bep. de Naœuplius.

1 min.: Petit nombre d'individus de chaque espèce.

Qme mmin.: /d. Absence presque complète de Cladocères. x

4917: 1 max.: Phytoplancton. Grand développement des

Rotateurs.

9me max.: Beaucoup de C. strennuus et de Nauplius.

42 min.: Peu d'individus de chaque espece.

9me min.: Disparition des Cladocères. Peu de Ro-

tateurs.

1919 — 1920 : A max.: Phytoplancton.

9me max.: Beaucoup de Copépodes, surtout de Jeunes Cyclops et Diaptomus.

1er min.: Peu de Copépodes.

9me min.: Pas de Cladocères. Toutes les espèces sont peu représentées.

Quant à la cause des déplacements des maxima et minima, LozEroN s'exprime ainsi : « Si nous étudions les relations de la quantité totale du plancton avec les périodes de convection et de stratification, nous constatons : Le premier maximum correspond à la fin de la période de circulation et au commencement de la stratification ; le second à la fin de la période de stratification. Les minima se trouvent au commencement de la période de grande circulation et au commencement de la stratification. »

Un coup d’æil sur le tableau, page 38, montre que ceci peut se vérifier avec plus ou moins de précision, mais que parfois aussi il y a de sérieux écarts. En effet, le premier maximum, qui devrait correspondre, selon LozERON, au commencement de la stratification, n’a lieu qu’en juillet en 1900 et qu’en juin en 1917, alors que la stratification est déjà établie. De même, le second maximum, qui se produit en août-septembre en 1897-98, ne correspond pas à la fin de la période de stratification.

Les périodes de circulation et de stratification dépendant de la température, peut-on établir une relation entre celle-ci et la quantité moyenne annuelle de plancton ? Le tableau n° 64 donne les températures mensuelles moyennes de l’atmosphère pour les années 1898, 1900, 1906 et 1917.

Nous avons dressé dans les planches IIT à VI les courbes annuelles moyennes du plancton et de la température. L’examen de ces courbes ne nous permet pas d'établir une relation certaine entre l’époque des maxima et des minima de plancton et ceux de température. La courbe de la température présente la même allure dans toutes les planches : un maximum en juillet-août, suivi d’une chute graduelle de la température. Or si, en 1909 et en 1917, ce maximum semble correspondre avec celui du plancton (le premier, dû au phytoplancton), ce n’est point le cas pour les années 1898 et 1906, où le premier maximum de plancton se produit 2-3 mois avant celui de la température. Dès lors, nous ne pouvons pas dire du facteur température qu’il est prédominant dans l'apparition des maxima et minima du plancton. En 1906, une multiplication

énorme du plancton s’est produite en quelques jours, sans que la température ait sensiblement varié.

Conclusion. — Nous ne pensons pas qu’un seul des facteurs généralement invoqués : température, circulation ou stratification des eaux, puisse à lui seul expliquer la date d'apparition des maxima et minima du plancton. Ceux-ci dépendent sans doute de facteurs fort complexes et difficiles à isoler, parmi lesquels ceux que nous avons étudiés jouent probablement un certain rôle.

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