‹ Contribution à l'étude du Zooplancton du lac de NeuchâtelChapitre 4 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Résumé géographique, géologique et hydrographique.

Une étude détaillée du lac a été faite par MonarD dans la première partie de son travail. Il en a donné la description géographique, rappelé l’origine et l’histoire, et étudié le régime hydrographique, aussi ne voulons-nous pas répéter ici ce qui a été dit ailleurs. Nous nous contenterons de résumer très brièvement les principales caractéristiques du lac, pour nous étendre davantage sur la thermique et la transparence que nous avons étudiées avec soin.

Géographie. — Le lac a la forme d’un rectangle, dont les

dimensions maximales sont 38 km. de longueur et 82 de largeur. La superficie est de 215“*°9, le pourtour de 88 km. Le long de la rive sud-est s'étend une beïine très large (1,5 avant la Correction des eaux du Jura). La profondeur du lac y est très faible : 4 m. en moyenne. D’abruptes falaises creusées dans la molasse dominent en partie cette rive. Le lac est divisé en deux bassins par une colline immergée, la : Moîte », qui s’étend de Bevaix à la Pointe de l’Areuse, et dont le sommet ne se trouve qu’à 8 m. de la surface. Les deux vallées parallèles (de la Thièle et de la Mentue) dont le lac est formé sont séparées par la « Motte », et se rejoignent au large de Serrières. La profondeur maximale du lac (entre Bevaix et Cortaillod) est de 153 m.

Le niveau le plus élevé depuis 1888 a été de 434,24 le 15 juillet 1910, et le plus bas de 431,47 le 1‘ mars 1891 (Du Pasquier et DE PERROT). Les principaux affluents sont le Seyon, la Serrières, l’Areuse, la Thièle, la Mentue et la Broye. L’émissaire est la Thièle.

Géologie. — Comme nous l’avons dit, la rive sud-est est creusée dans la molasse. La rive nord-ouest appartient à l’aquitanien et à l’urgonien. Les rives sud-ouest et nord-est sont limitées par des plaines d’origine récente. L'origine du

lac a été fort discutée. Deux opinions se sont trouvées en présence, celle de HErm et ScHarpT (1897-1898) qui conclut à une origine fluviale pré-glaciaire (le lac étant dû à un affaissement ayant suivi l’avancement de la nappe des Préalpes sur le Plateau suisse), et celle de PENCK et BRÜCKNER aboutissant à l’origine glaciaire du lac. M. le D' A. MoxaR® a cherché récemment à établir l’exactitude de cette théorie. (Voir Bibliographie.) A notre tour, nous admettons l’origine glaciaire du lac de Neuchâtel.

Hydrographie. — Depuis la correction des eaux du Jura, les variations des niveaux des lacs de Morat, Bienne et Neurchâtel sont en relation plus directe les unes avec les autres. L’affluent principal, c’est-à-dire l’Aar, qui se jette dans le lac de Bienne, provoque un exhaussement du niveau de ce lac, qui a parfois pour conséquence de faire refluer les eaux du lac de Bienne dans celles du lac de Neuchâtel, par l’intermédiaire de la Thièle. Le niveau du lac est donc sujet à de brusques variations.

Teneur en oxygène. — THIENEMANN, qui à étudié avec soin les lacs quant à leur teneur en oxygène, est amené à distinguer les divers types suivants :

I. Ce premier type est caractérisé de la façon suivante : Sprungschicht ! présente, mais sans influence sur la quantité d’O. La diminution d’O. de la surface au fond ne s’accélère pas dans le métalimnium. La courbe des températures et celle de l’O. dissout n’ont pas de relation.

IT. Les caractéristiques du deuxième type sont :

Epilimnium (ou zone au-dessus de la sprungschicht) riche en O0.

Métalimnium (ou sprungschicht) présente une soudaine chute d’O.

Hypolimnium (ou zone au-dessous de la sprungschicht) peu ou pas d’O.

La courbe de l’O. diminue dans le métalimnium parallèlement à celle de la température.

III. Il est ainsi caractérisé : Au printemps et au commencement de l’été (début de la stratification), les conditions thermiques sont soudainement troublées par les vents, si bien

1 Nous emploierons ici le terme de «sprungschicht», synonyme de «barre thermique », de «couche de saut thermique » et de « thermocline », parcequ'il exprime mieux le phénomène en question.

«158 NH

SUR qu’en été la température et le contenu gazeux sont égaux dans toute la masse de l’eau. (Lacs peu profonds ou à écoulement par le fond.)

THIENEMANN, dans son étude, ne parle pas du lac de Neuchâtel, mais il cite le lac de Genève comme exemple du premier type. Le lac de Neuchâtel doit aussi être rangé dans cette catégorie.

Au type I appartiennent deux groupes. Le premier est formé des lacs riches en O. pendant la période de stratification (été). Ces lacs peuvent contenir encore, en profondeur, une quantité d’O. égale au 70 % du point de saturation. En surface, l'O. dissout atteint 95 % du degré de saturation.

Le second groupe est formé des lacs où l’on observe une diminution régulière de l’O. de la surface au fond, mais sans que la sprungschicht exerce une influence sur cette diminution (de 98 % à 28 % dans le lac de Schaal).

On pourrait penser «a priori que la quantité d’O. dissout dans notre lac subit aussi une diminution régulière de la surface au fond. Nous avons mesuré la quantité d’O. dissout dans l’eau aux diverses profondeurs les 29 juin et 11 octobre 1920.

Les résultats obtenus furent les suivants : (Nombre de cm° d’O. dissout dans 1 litre d’eau. Méthode de WiINCKLER. Nous devons ces chiffres à l’obligeance de M. Jeanprêtre, chimiste cantonal, que nous remercions ici.)

29 juin 1920 11 octobre 1920

cm* cm° DA : Ai tr 0e HO RER 1007 12%,50 (ds Sprungschicht) 7,84 LOS MÉMER PPT 2, 10.00 DER CS ERP OR PR ARE EP | DAS EL OT DUREE tre et 2 OU EL 0:08 ORNE MES 7,01 COR PEN 0 C1 70 m. (fond). 7,94

Nous constatons donc que la quantité d’O. dissout ne varie que fort peu d’une couche à l’autre, et de la surface au fond. Les animaux planctoniques ne trouvent donc pas des conditions défavorables en profondeur quant à la teneur en 0. Les couches profondes sont habitées en été comme en hiver, quoi qu’en dise Baupin. Ce dernier s'exprime ainsi sur ce sujet : « La facilité des échanges gazeux est bien diminuée (en été), l’acide carbonique va s’accumuler dans la profondeur, et l’O. ne pourra plus descendre. >

Baupin paraît ignorer les chiffres donnés par FOoRrEr quant à la teneur en O. du Léman. Voici, d’après Forez, les résultats obtenus, le 30 novembre 1880, devant Ouchy : (L’analyse a été faite par le D' J. WALTER.)

Teinp.1C? (9)

cm*

D'OR RE al 6,85

60 m. dE 7,46 100 m. . . . 5,5 6,78 TO PE 0 6,98 200 m. 4,8 7,62 300 m. 4,6 7,08

FoRrEz, commentant ces résultats, dit ceci : « L'eau des

profondeurs du Léman contient les mêmes gaz que l’eau de surface ; c’est de l’eau aérée. >

L'opinion de BaupiN ne repose donc sur aucune base sérieuse. C’est une assertion purement gratuite.

Il est intéressant de rapprocher ces chiffres de ceux obtenus par BEHRENS pour le lac Sakrow (lac-étang de l’Allemagne du nord). Voici quelques résultats de cet auteur :

Profondeur 17 décembre 1910 31 décembre 1910 & mars I9Il Il juin IS 12 août 181! cm* em* cm cm° cm 0 mn. — 6,96 = 18,25 24,00 ‘re =— = — __ 23,89 2m —- — —— — 23,89 930,00 — —— — LE 21592 4 m —— — — — 20,70 5 m. 3,89 = Del 16,44 17,08 6 m. — = ADR. 12,97 sa, = — — 8,09 9,94 & M. — on = — 7,07 9m. - — — 6,33 10 m. = 6,08 Fo —- 6,03 ln, — 6,80 = 9,40 5,54 20 m. 3,92 6,28 Ta 9,03 9,09 DOME SET 6,28 — = 30 m. 3,86 6,26 7,41 4,81 4,87 32,50 2,68 = — — 4,85 34,50 — — TRS? — =

Les quantités d’O. dissout varient donc considérablement d’une saison à l’autre, et même d’une semaine à l’autre dans le lac Sakrow (profondeur 36 m.). Comme tous les lacs de

RUES à RER

l'Allemagne du nord, il est d’une richesse extraordinaire en phytoplancton. Les conditions biologiques d’existence y sont totalement différentes de celles de nos grands lacs suisses, beaucoup plus profonds, et moins riches en phytoplancton.

Ce qui est intéressant à considérer dans le lac Sakrow, c’est la relation existant entre les différentes zones et la population planctonique qui les habite. D’une façon générale, en été, l’épilimnium contient beaucoup d’O., le métalimnium, pas ou très peu, et l’hypolimnium peu dans sa partie supérieure et pas du tout près du sol (azoicum).

En hiver, grâce aux courants de convection, l'O. est réparti uniformément dans toute la masse (31 décembre 1910), et toutes les couches sont habitées. Au printemps, alors que s'établit la stratification, l’O. dissout est plus abondant dans les couches superficielles, et sa quantité va croissant au cours de l’été (11 juin et 12 août 1911). Il arrive alors que l’épilimnium soit 7 fois plus peuplé que l’hypolimnium. À mesure que la sprungschicht descend dans les couches plus profondes, l’hypolimnium se resserre de plus en plus. Au milieu d'août apparaît l’azoicum, c’est-à-dire une zone, voisine du fond, complètement dépeuplée. Cette zone, d’abord relativement mince (30-36 m. fond), s’épaissit de plus en plus pour atteindre, au milieu de novembre, la couche de 23-36 m. fond. Au milieu de décembre, les couches profondes sont de nouveau habitées grâce aux courants de convection qui répartissent également l’O. dans toute la masse. En moyenne, l’épilimnium est 2-8 fois plus peuplé que la zone habitable de lhypolimnium.

Nous répétons que de semblables conditions ne se réalisent pas dans nos grands lacs où la quantité d’O. ne varie pour ainsi dire pas de la surface au fond, et permet aux animaux planctoniques d’habiter aussi bien les couches profondes que les couches moyennes ou superficielles.

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