P ET L’'ENTRAINEMENT
venons de signaler, tout le monde s'accorde à dire que chez
En dehors des faits que nous
les sujets bien entraînés, P revient à la normale où à un rythme très voisin de la normale rapidement. De plus, un même exercice accélère alors P de façon bien moindre (devenant en quelque sorte moins intense). L'observation du coureur Guillemot, que rapporte Boigey, est typique à cet égard. (Ce coureur devait gagner le 5.000 aux Jeux Olympiques d'Anvers, en 1920.)
A son arrivée à Joinville, en rgro, et déjà quelque peu entraîné, P passait de 68 au repos à 8» après 4oo mètres de pas gymnastique, soit une accélération de 14, avec retour au calme en 1’ 50//. Après 3 mois d'entraînement méthodique, la
même épreuve faisait passer P de 62 à 70, soit une accéléra-
tion de 8 seulement. On peut en outre voir 1à un autre phé-.
nomène : l'entraînement ne stabilise pas seulement P, il le ralentit au repos. Le rythme cardiaque des athlètes en bonne condition oscille généralement entre 55 et 65 au repos.
Nous devons à ce propos dire ce que nous pensons des faits, paradoxaux en apparence, signalés sans commentaire par Penbrey et Todd, puis par Middleton. Cet auteur a trouvé qu'une épreuve de football accélérait P de 32 % chez des
étudiants sans entraînement, mais de 44 % s'ils étaient en-
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traînés ! Voilà bien les confusions où mène la hantise des chiffres ! En effet, prenons le pourcentage intermédiaire, ho % : c’est celui du cœur d’athlète qui passe de 60 à 84; — c'est aussi celui du sujet sans entraînement pour qui P passe de 8o à r12... Ces deux sujets ont pourtant la même réaction, pourra-t-on dire ! Si bien que dans l’exemple de Middleton, on peut voir P passer respectivement de 60 à 86 (44 %) et de 80 à 106 (32 %). Ne préjugeons pas ici des causes ni du mécanisme qui font que l'entraînement stabilise et ralentit P, et ne discutons pas si ce pourcentage est une image exacte de l’accroissement relatif du travail du cœur. Mais remarquons encore qu'une partie de football devient une épreuve autrement rude pour les sujets entraînés que pour ceux sans entraîinement, ceux-là se ménageant forcément moins que ceux-
ci, puisqu'ils peinent moins.
LA FATIGUE ET P. — Il ressort de ce que nous avons vu et de ce que nous venons de dire de l'entraînement, que la fatigue s'accompagne de P fréquent, le retour au calme étant plus long lorsqu'elle est plus grande. En outre, l'état de fatigue et le surmenage s’accompagnent d’instabilité cardiaque, et même d'une tachycardie permanente, toutes choses
que la guerre a souvent mis à même de vérifier.
RÉSUMÉ (TA et P). —— Il est malaisé de dégager, parmi tant de données partielles, quelle part il faut faire au cas particulier ou à la réaction individuelle, et quelle part aux
lois permanentes; dans quelle mesure interviennent, sur les
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variations circulatoires observées pendant et après l’effort, le fait physique que des muscles se contractent, d’une part, et d'autre part les phénomènes chimiques qui accompagnent cette contraction et aboutissent plus ou moins vite à la fati- gue. Il faudrait de nouvellès observations, variées, nombreuses, précises et exemptes des causes d'erreur que nous
avons dites, pour conclure en toute certitude.
Il est dès maintenant acquis que :
1° L'importance des variations de TA et de P, pendant et.
après un travail musculaire, et leur persistance, dépend évidemment de l'importance de ce travail. Mais celle-ci est toute relative, et dépend elle-même de la « fatigabilité » actuelle du sujet au moins autant que de la durée et de l'intensité de
l’exercice considéré.
2° Dès le début d’un exercice, il peut exister des modifications brusques, éphémères et de sens variable de Mx et Mn, dont certaines sont en relation évidente avec des phénomènes thoraciques. Puis, si le travail accompli est uniforme et sans à-coup, les modifications de TA, comme celles de P, se font
progressivement et tendent à se stabiliser.
3° Mx s'élève d'autant plus et d’autant plus vite que l'effort est plus intense (Mx peut ainsi doubler sa valeur normale). Cette ascension est progressive, mais le mouvement n’en est pas toujours uniforme. Puis, son summum atteint (en quel-
ques minutes), Mx se stabilise en « plateau de travail ».
4° Mn s'élève, s'abaisse où demeure telle, selon les cas, mais varie toujours moins que Mx. En sorte qu'il arrive toujours un moment où PV augmente.
5° P s'accroît plus vite que TA et, en moins d’une minute,
il atteint un régime autour duquel il se maintient avec de
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faibles écarts. Le chiffre de P, qui peut dépasser 200, dépend donc plus de l'intensité et de la brusquerie de l'effort que de
sa durée.
6° À l'arrêt de l'exercice, Mx et Mn s’abaissent brusquement (en quelques secondes), jusqu’au voisinage de leur niveau primitif, puis oscillent diversement, en dessus ou en dessous de celui-ci, pour revenir à ce niveau après un temps plus ou moins long et proportionnel à l’importance du travail accompli (voir plus haut : 1°). Il n'y a donc pas une valeur de TA à l'arrêt, mais des valeurs successives et variables. En outre, une seule mesure de TA après un exercice ne renseigne en rien sur la valeur de TA pendant ledit exercice : tout
dépend du moment où on la mesure.
7° P retombe à l'arrêt, moins vite, et plus uniformément que TA; mais il demeure parfois assez longtemps un peu
différent (en plus ou moins) de ce qu'il était avant l'exercice.
8° L'indice oscillométrique augmente pendant l'effort et diminue à l'arrêt plus ou moins vite, s’abaissant même au-
dessous de sa valeur initiale.
9° Une fatigue marquée s'accompagne de Mx basse et de P fréquent, après l’exercice, mais l’importance de l'exercice qui détermine cette dissociation de P et Mx est très variable (voir : 1°).
10° La « fatigabilité » est diminuée par l'entraînement, aussi celui-ci stabilise P et TA, rend leurs variations’ moins amples et plus éphémères. En outre, il diminue la fréquence normale de P au repos. Son action sur TA au repos est moins évidente : si Mx peut baisser ou s'élever, Mn paraît baisser et
PV s'élever dans tous les cas.
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Il est en outre raisonnable d'admettre que :
1° Mn s’élève d'autant plus pendant l'exercice que le tra:
vail démandé aux muscles est plus soutenu et plus sévère.
. 2° A l'arrêt, la chute instantanée de Mx semble d’autant plus profonde que l'exercice a été plus pénible (elle peut
s’abaisser ainsi plus bas qu’au repos). *
3° Cette chute temporaire est suivie d’une réascension de Mx au voisinage du niveau élevé qu'elle vient de quitter; puis d’un nouvelle descente vers le niveau primitif, ou, plus sou-
vent, au-dessous de ce niveau primitif.
° 4° Ce qui varie beaucoup, c’est le temps mis pour que la réascension secondaire de Mx s'achève, ainsi que pour la descente progressive qui la suit. Il semble qu'on retrouve la même succession de phénomènes, qu'il s'agisse de secondes, de minutes ou d'heures. Mais avec ce correctif que l’amplitude de ces oscillations est d'autant moindre qu’elles sont plus tardives, et devient nulle lorsqu'elles tardent trop (fig. 4),
la fatigue étant grande.
5° On peut comprendre de la sorte comment on à pu trouver des Mx basses pour un exercice très léger et pour un exercice épuisant, et des Mx élevées pour un exercice modéré : à une même distance de l’arrêt on mesurait, selon les cas, soit la chute primitive, soit la réascension, soit la chute secon-
daire, soit même le retour complet aux valeurs de repos.
6° Mn varie aussi longtemps que Mx, et même plus; de ces variations, il résulte que PV, accrue pendant l'exercice, peut encore s’accroître quelques instants après l'arrêt, puis diminue et retombe souvent au-dessous de PV initiale. L’in-
dice oscillométrique semble varier comme PV.
7° Si la fatigue s'accompagne d’une tendance à l’hypo-
tension, rien ne prouve qu'il en résulte au cours de l’exercice autre chose qu'une difficulté plus grande de l’organisme
à maintenir la TA, si l'intensité de l’exercice ne varie pas.
BP LES
+ + os 224.5.
Fig. 4. — Variations de Mx à l'arrêt de l'effort. 1, 2, 3, 4, efforts de plus en plus pénibles.
8° Il existe, à côté de variations de P et de TA synchrones et de même sens, des faits qui imposent l’idée, sinon d'un
antagonisme, du moins d’un « balancement » entre P et TA.