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TA, FATIGUE ET ENTRAINEMENT

Quelle est l'influence exacte de la fatigue sur TA?

Si la sensation de fatigue semble bien lorsqu'elle apparaît n'être pas en rapport immédiat avec des modifications de TA, il paraît, d’autre part, hors de doute que l’état de fatigue et le surmenage s’accompagnent le plus souvent d’hypoten- Sion. Le

Karrenstein a noté le fait sur des soldats soumis à une marche rapide de x heure ou à un exercice de 3 heures. Pierre Ménard, pendänt la guerre, constate que pour un bataillon fatigué, la valeur moyenne des TA varie, Mx s’abaissant et Mn s’élevant. Pre

Nous avons vu précédemment que de nombreux observateurs avaient mis sur le compte de la fatigue lhypotension qu'ils avaient constatée; plus la fatigue a été grande, plus l'effort a été épuisant, plus un temps de repos prolongé est nécessaire pour que la TA remonte à son chiffre initial (Otis, Lowsley). Une grande fatigue entraîne-t-elle la chute de TA au cours même de l'exercice, Masing signale cette tendance. Se réalise-t-elle autrement qu'en ébauche? Que signifierait- elle, et n'est-elle: pas incompatible avec l'activité musculaire ?

Nous verrons ultérieurement ce qu’on en peut penser.

Influence de l’entraînement. -— Très nombreux sont les

auteurs qui ont noté les relations de l'entraînement avec les

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variations de TA dues à l’exercice. C’est un fait bien connu et sur lequel ont insisté, durant la guerre, Laubry et Lidy, Vaquez et Donzelot, que la variabilité de TA après un même exercice, non seulement pour des sujets de conditions physiques aussi voisines que possible, mais encore pour un même sujet selon les heures et selon les jours. À plus forte raison doit-il en être de même quand varie l'entraînement, c'’est-àdire « la résistance à la fatigue ». ;

Pachon s'appuyant, en 1910, sur les phénomènes que nous avons relatés et que d’autres ont utilisés pour évaluer « l’aptitude cardiaque », Pachon, disons-nous, y trouva, lui, un « critère d'entraînement ». C'est-à-dire qu'il jugeait qu’un individu donné était en état d'accomplir un effort donné lorsque, après celui-ci, la TA n'était pas diminuée (PV surtout).

L'aptitude physique d’un sujet, son état d'entraînement, sa fatigabilité, si l’on peut dire; ou encore l'intensité, la rudesse, la violence d’un effort, ce sont là autant de termes qui n'ont pas de valeur absolue, qui ne se mesurent pas; de même qu'il n'existe d'échelle pour mesurer l'intensité lumineuse d’une flamme que de la comparer à une lumière connue, et de rendre les teintes égales en faisant varier les distances; de même, tout est relatif dans les notions précédentes : on peut dire cliniquement que tel sujet est apte à telle épreuve; ou que telle épreuve ne le fatigue pas, Mais les termes de comparaison sont trop imprécis pour qu'il soit question, comme pour les lumières, de comparer avec certitude et de mesurer par des artifices tous les facteurs dont nous avons

parlé. En tous cas, la mesure de TA ne nous semble qu'une

notion clinique très intéressante à ajouter aux autres, mais

incapable seule de fournir un critère absolu. Mais il demeure acquis que les variations de TA sont relativement plus intenses et plus persistantes pour un effort

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plus fatigant, ou pour un sujet moins entraîné (et ceci est

normal, puisqu’un même effort devient moins fatigant avec

l’entraînement).

Inversement, les variations sont moindres pour un sujet résistant ou entraîné. C’est ainsi que chez un athlète professionnel de 38 ans qualifié de « champion du monde », Gordonne nota que des variations minimes (115/80 au lieu de 105/70) à la suite d'exercices pratiqués avec des massues, et prolongés pendant plusieurs heures consécutives; des séances analogues , ‘eurent lieu 6 jours de suite, et le dernier jour, la TA était retombée à 100 mm!, moins d’une heure après la fin de l’exer-

cice.

Quelle est l'influence permanente de l’entraînement sur TA? — Ou, si l’on veut, quelle est l’action à distance de l'exercice? De ce que nous venons de dire, il résulte que l’entraînement tend à stabiliser le régime du cœur, à atténuer les variations de TA et de P pour ün même effort. Y a-t-il aussi des modifications permanentes ?

Potain avait noté déjà que la TA des vieux gymnastes était en général inférieure à la normale (13 au lieu de 15).

Deadborn, chez 50 sujets d’une école de gymnastique, très entraînés et âgés d’une trentaine d’années, trouva pour Me un chiffré moyen absolument normal.

Middleton a noté chez des étudiants américains que Mx et Mn s'abaissaient l’une et l’autre, tant que durait la saison d'entrainement, au football. Au contraire, après quelques semaines de repos, Mx et Mn s'élèvent au- dessus de leur niveau initial.

Dawson, enfin, observant sur lui-même les efféts d’un entrainement prolongé, trouve que Mx s'élève tandis que Mn

se maintient à son niveau normal ou même au-dessous, Il

note en même temps que P diminue, ainsi que l’étendue de

ses variations diurnes. :

On voit qu'il n’est pas facile de conclure (1).

LES VARIATIONS DE P, étudiées pourtant dans les mêmes conditions que celles de TA, n’ont pas été comme celles-ci, dénaturées par les circonstances. En effet, nous avons déjà vu qu'à l’arrêt de l'effort P tombait, plus ou moins vite, sans doute, mais d’une chute assez régulière, aux environs de son chiffre initial. De sorte que le nombre de pulsations compté pendant les ro ou 15 premières secondes qui suivent l’arrêt d’un exercice, donne une notion moins inexacte et plus uni-

forme de la fréquence de P pendant ledit exercice.

C’est dès 1897 que Stähelin proposa d'apprécier la « valeur fonctionnelle » du cœur par la mesure de P avant et après un effort donné; et dès 1901, Mendelsohn, dans le même dessein, surveilla la persistance plus ou moins longue de l’accélération ainsi provoquée. Ces procédés ont eu depuis lors des

fortunes diverses, des détracteurs acharnés et des partisans

(1) Pour en finir avec TA, signälons encore un fait curieux relaté par Hill et Holtzmann. Chez des jeunes gens qui avaient montré auparavant une complète égalité de TA, l’exercice produisait, en même temps qu’une accélération de P, une hypertension plus marquée dans les membres inférieurs (Mx passant: de .128 mm. au repos à 168 au bras et 240 à la jambe). Gallavardin pense, qu'il s’agit là d’un accroissement périphérique de TA, comparable au phénomène du « bélier hydraulique », à une augmentation de hauteur de l’onde systolique par une onde réfléchie venant de la périphérie,

convaincus (1). Si leur valeur est relative, et contestée, ils ont en‘tout cas l'avantage considérable de leur simplicité.

Quoi qu'il en soit de ces épreuves, elles ont au moins mis en lumière les rapports de P avec l'effort. Elles ont en outre permis de constater des variations individuelles, selon l’entrainement, la résistance, l’émotivité, etc.; comparables à celles que nous avons signalées pour TA.

La fréquence de P s'accroît dès le début de l'exercice, le «temps perdu » ne dépassant jamais 3 ou 4 secondes. Cet ac. croissement est rapide, atteignant en quelques secondes (r minute au plus) le régime qui convient au travail accompli, et qui vase maintenir aussi longtemps que celui-ci reste régulier. Atwater et Benedict ont constaté que pour un travail de 200.000 à 250.000 kilogrammètres accompli régulièrement en 8 heures,-P s'était maintenu entre 112 et 114. (Ces chiffres cités comme document, et sans que leur austère précision empêche de sourire!) |

Ainsi, la fréquence de P est en rapport bien plus avec l’intensité et la brusquerie de l'effort qu'avec sa durée. Du moins en est-il ainsi, sans aucun doute, tant que l'organisme exécute sans fléchir l'effort qu'on lui demande. Amar note que pour une petite distance qu'on parcourt successivement à des vitesses différentes, le chiffre qui mesure l'accroissement de P est inversement proportionnel au nombre de secondes mis à le parcourir. Le cœur double ainsi très aisément son régime normal. Quelle est la limite de P? Entre 150 et 180, selon les

physiologistes, en fait au-delà de 200.

(1) Lian défend toujours, et avec persuasion, son épreuve du « pas gymnastique sur place », jambes fléchies à angle droit sur les cuisses, à la cadence de 2 flexions par séconde pendant x minute : P s’accroît de 30 ou 4o, et revient à son chiffre primitif ( ou du moins à un rythme Stable très voisin) au début de la 2" ou 3° minute qui suit,

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Bellin du Coteau, « courant à côté de l’athlète à la fin de la course, et prenant son pouls dès qu'il lui était possible de le saisir », a obtenu les chiffres suivants, qui confirment tout

ce que nous venons de dire :

— Effort relatif (1.500 m.) : P — 100 à 120. Retour au calme = 8 minutes. |

— Effort intense (100 m.) : P — 140 à 150. Retour au calme = 5 minutes.

— Effort intense et prolongé (400 m.) : P = plus de 200 Retour au calme = au moins 30 minutes, parfois plusieurs heures.

— Effort surprolongé (Marathon) : P — difficilement per-

ceptible, autour de 200. Retour au calme — plusieurs heures.

LE TEMPS DU RETOUR AU CALME DE P, à l'inverse . de sa fréquence, semble donc ne dépendre que du degré de fatigue laissé. par l'exercice, que celui-ci ait été intense ou prolongé. Si cette fatigue est grande, la tachycardie peut persister longtemps. Il peut même y avoir une nouvelle accélération. (Lowsley. Cet auteur l’attribue à une chute conco: mitante de TA.) Tous les auteurs qui ont signalé l’hypotension, après des exercices fatigants, ont noté la rapidité simultanée et persistante de P.

Laubry et Lidy ont décrit les modalités de ce retour au calme; pour un même effort imposé (100 m. au pas gYMNaStique) qui accélérait P de 30 à 4o pulsations, ils ont vu en

général P revenir à son chiffre initial en 1 minute; mais ils

ont vu également : soit P retomber passagèrement, et assez

ot

souvent, au-dessous de ce chiffre; — soit un retour lent, ou

incomplet; — soit une chute suivie d’une nouvelle ascension

de P: — soit une absence complète de réaction; — soit même une réaction paradoxale (après l'épreuve, P resté normal, se ralentit); — soit-enfin des réactions variables selon le jour chez un même sujet. à

Mourgeon a noté la tendance de P, chez l’adolescent d'en: viron 15 ans, à s’accroître moins, mais à persister plus que chez l'adulte. Ce détail confirme seulement l'extrême variété des réactions individuelles.

Boigey a publié des tracés enregistrés au sphygmographe, dans des intervalles d’une course. L’amplitude augmente tout d'abord; vers le 2° kilomètre, chaque systole trace un clocher trois fois plus élevé que n'était le plateau systolique du repos;

puis le tracé diminue, retrouve au 5° kilomètre l’amplitude

Lee ë SE = k : = Sr initiale, et continue à décroître; au 26° kilomètre, il'est,

devenu minuscule et le coureur doit s'arrêter.

Utilisant, en d’autres expériences des tracés oscillographiques, obtenus dans chaque cas pour une même contrepression; le même auteur a communiqué naguère ses résultats à l’Académie de Médecine. « La durée des perturbations cardiovasculaires », ainsi produites par l'exercice, apparaissait beaucoup plus longue qu'il n’était admis jusqu'alors.

Pour l'effort intense du 100 mètres, P se maintenait accéléré ou irrégulier pendant 49 minutes (très entraînés), à 2 heures (pas entraînés), chez 71 sujets de 0 à 30 ans; — pendant 40 minutes à 5 et même 9 heures, chez 26 adolescents de 14 à 18 ans; — pendant » à 8 heures, chez 7 sujets de ho à 5o ans. ;

Pour l'effort relatif (mais assez prolongé) d’un 3.000 mètres

parcouru en 9 à 11 minutes, le ralentissement se prolongea

so

rate

3 heures, ro heures ou 17 heures pour des adultes de 0 à 30 ans, selon leur degré d'entraînement (le sommeil de la nuit suivante fut agité pour les non-entraînés); — 4 à 19 heures pour des adolescents (après course en compétition); — 6 à 10 heures chez 2 sujets de 45.et 47 ans se disant entraînés.

Une séance d’aviron d’une demi-heure (20 coups à la minute) chez 19 sujets n'eut de répercussion que 2 à 3 heures:

Enfin, une demi- heure de jeux divers ou de football se faisait sentir A0 minutes à 3 heures plus tard, selon l’entraînement. S

Et Boigey concluait que la durée d’un exercice avait plus d'influence perturbatrice que son “intensité, et que les jeux, coupés d’arrêts fréquents, sont les exercices les plus salutaires au point de vue circulatoire.

Si l’on peut souscrire à ces conclusions, nous ferons par contre quelques réserves et quelques remarques sur les chiffres précités : tout d’abord, en ce qui concerne les 3.000 mètres et les temps mis à les parcourir, il s’agit là sans aucun doute - d’une rude épreuve pour des sujets sans entraînement : qu'y a-t-il d'étonnant si ce surmenage é@dent altère le pouls de sujets dont il trouble bien Ie sommeil ? I s’agit donc d'exercices mal dosés, mais non de faits nouveaux. Il faut noter en outre que l’auteur adopte comme critère de la fin des perturbations, l'inscription d’un tracé oscillographique «semblable à celui obtenu au repos » pour une même pression. Si l’on tient compte des faits signalés par Laubry et Lidy, du grand nombre de facteurs qui influent sur ce critère oscillographique; de ceux notamment qu'on ne peut guère éliminer (le sujet est-il resté sans se nourrir durant 19 heures?); si l’on se rappelle enfin les influences de l'exercice sur la circulation périphérique et sur la tonicité artérielle, on

cessera de s'étonner des résultats trouvés, dont la persistance

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n'a rien d'anormal. On regrettera seulement le mot « perturbations » qui donne un sens péjoratif à des modifications dont quelques-unes sont sans doute excellentes. Et l’on pourra estimer qu'il vaut sans doute mieux s'en tenir à la mesure usuelle de P, qui donne des renseignements moins complexes,

donc plus précis.

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