INTRODUCTION
Depuis que PEAN pratiqua le 9 avril 1879 la première gastro-pylorectomie à la Maison des Frères St-Jean-de-Dieu à Paris, les chirurgiens ont toujours cherché à améliorer les techniques opératoires proposées pour traiter la maladie ulcéreuse gastrique.
Aucune de ces techniques n’assure de résultats parfaits; toutes sont passibles de critiques. Les opérations le plus couramment pratiquées, gastro-entérostomie postérieure, gastropylorectomie subtotale, gastrectomie plus ou moins étendue, entraînent des perturbations du transit alimentaire et des complications parfois sérieuses.
Elles visent toutes à amoindrir l’acidité du suc gastrique : la gastro-entérostomie par l’adduction de bile dans l'estomac où elle neutraliserait cette acidité; la gastrectomie directement par l’exérèse de la portion fundique riche en glandes chlorhydropeptiques ou indirectement par l’exérèse de la région antropylorique, lieu de production de l’hormone excitosécrétrice (gastrosécrétine d'EDKINS).
Quelle que soit, en effet, la pathogénie de l’ulcus gastrique ou duodénal, il est bien difficile de contester la relation presque constante entre l’ulcère et l’'hypersécrétion de suc chlorhydrique. S'il n’a jamais été prouvé que l’hyperchlorhydrie soit responsable directement de l’ulcère, il est incontestable qu’elle en favorise la formation et la persistance. C’est l'opinion de la grande majorité des auteurs.
Nous nous proposons d'étudier ici une opération gastrique qui n’est pas nouvelle, mais qui n’a été définitivement mise au point que récemment par T. H. SOMERVELL, chirurgien anglais du London Mission Hospital de Neyyor, aux Indes du Sud. Il s’agit de la ligature des vaisseaux gastriques, complétée ou non de gastro-entérostomie ou de vagotomie. Ce procédé opératoire pour traiter l’ulcère respecte l'intégrité anatomique de l’estomac. SOMERVELL l’a appelé la « Gastrectomie physiologique »; sans doute, pour deux raisons principales : la physiologie nous enseigne d’une part que les cellules pariétales, acidosécrétrices, des glandes fun-
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diques empruntent les ions Cl— et H*+ au sang. Elle nous apprend d'autre part que le mécanisme de sécrétion de ces glandes est déclenché par l'hormone d'EDKINS qui prend naissance dans la muqueuse pylorique au cours de la digestion; véhiculée par le torrent circulatoire, elle est immobilisée au départ par les ligatures artérielles et arrêtée à son arrivée au fundus par les ligatures veineuses. La fonction sécrétrice de l'estomac nous apparaît donc étroitement liée à une bonne vascularisation. Elle doit être compromise par l’'amoindrissement de cette dernière.
Au cours de notre travail, après un exposé historique et un rappel de notions anatomiques et physiologiques, nous ferons l'étude des ligatures vasculaires gastriques en chirurgie humaine, puis en chirurgie expérimentale.
A la lumière des travaux expérimentaux que cette opération à inspiré à nos maîtres, MM. les Professeurs A. BAIS- SET et R. DIEULAFE, nous allons essayer de vérifier ses résultats et de la justifier, si cela est possible, en évitant, comme le recommande SAVY quand on veut juger une nouvelle thérapeutique, de nous heurter « au double écueil dont le principal est la méfiance vis-à-vis de méthodes qui se révèleront peut-être remarquables à l’usage et dont le moindre n’est pas de s'associer prématurément à l'enthousiasme paternel de leur auteur ».