CHAPITRE IT
De l’écume Horace
Si nous pratiquons lautopsie d’un animal tué par submersion el si nous ouvrons le thorax, nous pouvons observer les phénomènes suivants : Les poumons sont considérablement augmentés de volume et, au lieu de se rétracter, comme ils le font chez un animal mort d’une autre façon, ils tendent plutôt à sortir de la cavité thoracique. Du fait de leur augmentation de volume, ils semblent plus légers, mais 1l n’en est rien ; au contraire, leur poids est accru d’une quantité très appréciable, En effet, Tourdés nous apprend qu'il a trouvé sur le lapin les poids spécifiques suivants : après la ligature de la trachée, O0 gr. 64; après la mort par le chloroforme, 0 gr. 77: après la submersion, 0 gr. 80 et O gr. 86 ; sur un homme, 0 gr. 76.
Après avoir enlevé les poumons, si nous en délachons un morceau et si nous le pressons entre les doigts, nous voyons sourdre à la surface de section une écume fine, blanchâtre, à bulles petites, mobiles et égales entre elles, c’est l’écume bronchique que nous allons étudier.
= Nous allons d'abord passer en revue Îles opinions des auteurs sur la valeur diagnostique de l’écume et sur sa fréquence.
On a toujours considéré la présence de lécume dans les voies respiratoires comme un phénomène constant ; tous
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les auteurs sont unanimes”sur ce point, mais ils diffèrent quelquefois dans l'appréciation de sa valeur comme signe de la mort par submersion. -
Orfila n’admet la présence de l’eau écumeuse dans les voies aériennes comme signe incontestable de submersion pendant la vie que si cette écume à pénétré jusque dans la substance même des poumons.
Selon Devergie, au contraire, la présence de l’écume dans la trachée seulement serait une preuve plus convaincante que l'individu était vivant lors de la submersion, attendu
que, plus les canaux sont larges, moins l'air est battu avec.
le mueus, plus, par conséquent, il faut d'efforts pour faire l’écume.
Briand et Chaudé donnent comme constante la présence de l’écume dans l'appareil respiratoire, mais ils ne formulent aucune appréciation quant à sa valeur comme signe de submersion pendant la vie.
Legrand du Saulle est très affirmatif; il s'exprime en ces
termes : « Lorsqu'on coupe les poumons {ranche par tranche, il s’en écoule une grande quantité de liquide spumeux, rosé et même sanguinolent. Si l’on applique l'optique à cet examen, on reconnait, avec un peu d'attention, que des vésicules pleines d'air et d’un diamètre considérable sont mêlées à d’autres vésicules extrêmement fines ; quelques-unes des plus distendues se sont rompues el ont livré passage à un peu d’eau qui s'est épanchée dans la plèvre. »
Cependant, il n’attribue pas à la présence de celte écume une grande importance, pas plus, du reste, qu'aux autres
signes tirés de l’autopsie pris séparément ; pour lui, ils n'acquièrentde valeur que parla réunion de plusieurs d’entre eux.
Tourdes traite longuement cette question de l’écume. Après avoir cité les noms de plusieurs auteurs qui en ont contesté l'importance, il émet une opinion formelle, en
disant : « Nous considérons l’écume comme le signe constant (les exceptions sont bien rares) de la mort par submersion, soit que l'individu se soit précipité librement, soit qu'il ait été projeté dans l’eau, endormi, suffoqué ou entravé dans ses mouvements, atteint des blessures les plus graves, mais respirant encore. » ;
Il décrit ensuite l'aspect de cette écume, le mécanisme de sa formation, sa durée, qui pour lui, s'étend jusqu'au moment de la putréfaction. I cite à la fin quelques cas dans lesquels il ne l’a pas trouvée et termine en disant : « La production de l’écume est en raison directe de l'intensité des mouvements respiratoires.
Brouardel admet comme une vérité, qui se passe absolument de commentaires, la présence de l’écume bronchique. I le déclare nettement quand il écrit : « Il est donc inutile de discuter avec les auteurs si l’on trouve de l’écume bronchique chez un noyé. Lorsqu'un homme se noie, lentement ou brusquement, 1l y a toujours conflit dans les bronches entre l'air qui s'y trouve et l’eau qui y pénètre, il y a toujours de l’écume. »
Plus loin, il explique l'absence d’écume qui à quelquefois été constatée : «€ Un individu peut mourir par inhibition au moment où il tombe dans l’eau ; 1l n’a pas eu le temps de faire une inspiration, il n’a pas introduit d’eau dans ses bronches : il u’y aura pas d’écume. Je n’affirme rien, Messieurs, l'absence de spume est une exception, mais la mort par inhibition, par surprise, est aussi une exceplion. »
Il étudie ensuite la durée de cette écume et en arrive aux - conclusions suivantes : « La durée est variable. En hiver, on en trouve encore quand le corps à séjourné douze à quinze jours dans l'eau ; on n’en trouve plus s'il à séjourné trois semaines En été, on la chercherait en vain après le quatrième et le cinquième Jour ».
Op. Es
Vibert dit également que les poumons des noyés renferment une grande quantité d’écume, mais il semble ne pas lui accorder une grande valeur comme signe de diagnostic.
En effet, nous lisons dans son Précis de Médecine Légale : « Quand l’écume n'existe pas en très grande proportion dans les poumons et les voies aériennes, elle n'est pas à elle seule caractéristique de la submersion. On peut trouver, en effet, de l'écume dans un grand nombre d’autres cas : chez les pendus, les étranglés et, d’une manière générale, toutes les fois qu'il existe de la congestion pulmonaire, surtout quand celle-ci a duré un certain temps. Or cette écume ne saurait être distinguée avec certitude, par ses caractères propres, de éelle qui se produit pendant la submersion ».
Plus loin, traitant la question : La mort a-t-elle été le résultat de la submersion, il admet que l’écume en grande abondance est un bon signe que la sabmersion s’est réellement effectuée pendant la vie. « Malheureusement, ajoutet-il, ce signe fait souvent défaut. il est assez fréquent de ne trouver à l’autopsie d'individus morts de submersion qu’une quantité moyenne ou tout à fait minime d’écume ».
Lui aussi désigne la putréfaction comme le moment de là disparition de l'écume bronchique.
Avant de donner les résultats que nous avons obtenus dans nos expériences et les conclusions que nous en avons tirées; étudions brièvement le mécanisme suivant lequel l'écume se forme dans les poumons.
Lorsqu'un individu tombe à l’eau, il commence par arrèter sa respiration et tient sa bouche hermétiquement close. Au bout d'un certain temps, dès que le sang commence à devenir trop chargé d'acide carbonique, les mouvements respiratoires se font inconsciemment et la volonté ne peut plus les empêcher de se produire ; l'eau pénètre alors dans