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le pharynx et est avalée ou rejetée. Mais, presque immédiatement, commencent des mouvements respiratoires violents et désordonnés, accompagnés de convulsions et d’abolition des réflexes. À ce moment, l’eau pénètre librement dans les voies aériennes ; sa présence provoque une sécrétion abondante de mucus; les mouvements respiratoires brassent ce mélange d’eau, de mucus et d'air et en forment cette spume à très fines bulles que l’on retrouve jusque dans les plus petites ramifications bronchiques.
Voilà ce qui se passe lorsque le sujet se noye lentement. Lorsque la mort est plus rapide, il est tout naturel de penser que, puisqu'il a pénétré une moins grande quantité d’eau et que l'individu, n'a pu, en remontant de temps en temps à la surface, renouveler en partie la provision d'air contenue dans ses poumons, la quantité d’écume doit être moindre. C'est, du reste, ce que nous avons trouvé dans nos expériences. :
Il est inutile de dire que, lorsque la mort s’est faite immédiatement et par inhibition, il n’a pu se former d'écume. Comme les animaux, à cause, peut-être, de la moins grande impressionnabilité de leur système nerveux, ne meurent jamais ou à peu près jamais de cette façon, il ne nous à pas été permis de nous trouver en présence d’un cas pareil.
Nous avons sept expériences de mort par submersion lente et neuf de mort par submersion brusque, que nous publions à la fin de ce chapitre. Dans ces diverses expériences, voie ce que nous avons observé :
Dans la mort par submersion lente, nous avons toujours trouvé de l’écume à bulles très fines en grande quantité. Cette écume occupait toutes les voies respiratoires et s'écou lait facilement de la surface de section si on pressait entre les doigts un morceau détaché du poumon. Cette écume se rencontrait au moment de la mort, pendant la rigidité cada-
EST Que
vérique, pendant le temps qui s'écoule depuis l'instant où la rigidité cesse jusqu’à celui ou la putréfaction commence. Mais, dès que la putréfaction gazeuse commençait, les poumons cessaient d'avoir cet aspect œdématié que nous avons décrit ; ils crépitaient moins sous le doigt et sur la surface de coupe, il n'apparaissait plus aucune écume à la pression, on faisait seulement sourdre un peu de liquide Sanguinolent.
La couleur de l'écume varie suivant l’époque à laquelle on l'observe ; d'abord blanchâtre et claire, elle se teinte rapidement en rose pour prendre enfin une couleur franchement sanguinolente, qu’elle conserve Jusqu'au moment où elle disparaît. |
Dans les cas de mort par submersion brusque, les choses ne se passaient pas absolument de la même façon. Nous avons toujours trouvé de l’écume, il est vrai, mais cette écume était en moins grande abondance et presque toujours mêlée d’une quantité d'eau très appréciable ; tandis que, dans la mort lente, on ne trouvait jamais de cette eau.
Ces résultats se comprennent facilement£si l’on se reporte au mécanisme de formation de l’'écume que nous avons exposé plus haut.
Dans la mort lente, l'animal lutte longtemps contre l’asphyxie ; il remonte, coule et remonte plusieurs fois et ne s'enfonce définitivement que peu à peu. Pendant tout ce temps, même avant que les convulsions ne soient commencées, il respire, en se débattant à lasurface, un air mélangé de particules liquides ; il ne meurt que lentement et fait un très grand nombre de mouvements respiratoires.
Au contraire, dans la mort brusque, l'animal descend immédiatement au fond de l’eau et y est maintenu. Dans ces conditions, la mort arrive relativement beaucoup plus vite (les chiens immergés brusquement meurent {ous dans un laps de temps qui ne dépasse guère trois minutes, tandis que
oc ee nous avons vu un chien, que nous avions laissé se noyer seul, se débattre pendant une heure trente-huit minutes.
L'animal absorbe peut-être une aussi grande quantité d’eau que dans la mort lente, mais il fait un bien moins grandnombre de mouvements respiratoires el, par suite, l’eau, l'air et le mucus contenus dans ses bronches, sont agités moins énergiquement et moins longtemps. On comprend très bien pourquoi dans ce cas, nous avons loujours trouvé une écume moins abondante, à bulles moins fines et mélangée d’un peu d’eau.
De plus, lanimal une fois plongé et maintenu au fond de l'eau, si l’on observe son agonie, on voit qu'il expire quelques grosses bulles d'air qui viennent crever à la surface. Il nous semble tout naturel que, puisque le poumon se vide d’une partie de l'air qu'il contfent et ne peut le remplacer, l’écume, qui n’est, en somme, que des particules gazeuses tenues en suspension dans un mélange d’eau et de mucus;, soit moins abondante.
Maintenant, que devons-nous penser de la valeur de l’écume comme “lément de diagnostic ?
Nous ne nous permettrons pas de trancher une pareille question. Cependant, nous nous rangeons très volontiers à l'opinion de Brouardel et de Tourdes, qui en font un signe excellent de la mort par submersion. .
Il nous semble que, comme l'écrit Brouardel : « Il suffit de signaler les causes d'erreur pour les éviter. IL est difficile, en effet, de confondre la mousse des noyés avec la spume du catarrhe suffocant ou l’écume des crises d’épilepsie ou des accès de rage. »
Quant-à l’écume qu'on rencontre chez les pendus ou les étranglés, par exemple, il nous semble que, malgré ce que dit Vibert, il est assez facile de la différencier. En effet,
Ho
l'écume des noyés a quelque chose d’aqueux et de presque
liquide qui ne ressemble pas à l'aspect plutôt muqueux de celle des premiers.
Il est bien évident que, par l'étude de l'écume bronchique, de son abondance, de sa coloration, on peut établir avec quelque certitude un diagnostic de Ia mort par submersion. On peut même aller plus loin : conjecturer l'époque approximative de la mort: conclure à une mort par submersion brusque ou par submersion lente, et déduire des conséquences de la plus grande importance permettant de répondre à certaines questions de médecine légale qui se posent en pareil cas.
Cependant, il ne faudrait pas se faire illusion sur l'importance de la constatation de l’écume et en faire un signe d’absolue certitude prouvant, sans aucune espèce de doute, que la mort est bien le fait de la submersion. Il ne faudrait pas surtout que le médecin expert se croie autorisé, après l'avoir observé sur un cadavre, à ne pas poursuivre son autopsie. Brouardel nous met en garde contre de pareilles erreurs en nous disant : « Il n’y à aucun signe, pas plus en médecine légale qu’en clinique, qui puisse être considéré comme pathognomonique. » |
Nous croyons que ce signe, tout en étant sinon le meilleur du moins un des meilleurs de la mort par submersion, ne peut à lui seul donner une certitude, si, par hasard, les autres signes, lirés de lautopsie et de l'examen du cadavre, ne venaient pas le corroborer.
to he CORP EN AN
PR
EXPÉRIMENTATION
Expérience I. —- Chien adulte de 11 kilos.
Submersion brusque, pattes liéeset maintenu au fond par un poids. Mort en 2 minutes.
Autopsie immédiatement. Les poumons sont enlevés après ligature de la trachée.
La trachée et les bronches sont remplies d'une écume très claire, on fait sourdre d’un morceau détaché du poumon une écume analogue.
Expérience 11.— Chien adulte de 16 kilos.
Submersion brusque. Mort en 2 minutes.
Autopsie après 4 jours. Poumons commençant à se putréfier, noirâtres, diminués de volume : on ne trouve pas
d'écume.
Expérience III.-—- Chien adulte de 18 kilos.
Submersion brusque. Mort en 2 minutes.
Autopsie après 4 heures, Pas d’écume dans la trachée ; on
fait sourdre. du poumon une écume très claire, presque
liquide.
Expérience IV. — Lapin adulte de 1 kil. 900.
Submersion brusque. Mort en 3 minutes et demie. Autopsie après 2 jours Ecume peu abondante et claire.
Drpérience V.— Chien adulte de 8 kilos.
Submersion brusque. Mort en 2 minutes et demie. Autopsie après 7 jours. Putréfaction commencée. Ils’écoule
du poumon un peu d’eau seulement.
. Expérience VI — Chien adulte de 7 kilos.
Submersion lente. Mort en 15 minutes.
OT Ne
Autopsie après 4 heures. Une, écume abondante remplit la trachée et les bronches et sort du parenchvme à la moin-
dre pression.
Expérience VIT — Chien adulte de 10 kilos
Submersion lente. Mort en 8 minutes.
Autopsie immédiatement. La pression fait sourdre une écume très fine. 6 si.
Expérience VIITL.— Chien adulte de 44 kilos “0 Submersion lente. Mort en 10 minutes. | Aulopsie après # jours. Les poumons sont en putréfaction ; on ne peut, à la pression, faire sourdre aucune écume.
Expérience IX.— Lapin adulte de 2 kil. 150.
Submersion lente Mort en 10 minutes Autopsie immédiatement. Ecume très abondante et fine.
Expérience X.— Lapin adulte de 2 kil. 250. 4 Submersion lente. Mort en 12 minntes.
Autopsie après 2 jours. Ecume abondante
Expérience XI.— Chien adulte de 8 kilos
Submersion lente. Mort en { h. 48 minutes.
Autopsie après 7 jours. Putréfaction avancée. Les poumons sont diminués de volume, etil ne s'en écoule ni écume, ni liquide. | 3