‹ Contribution à l'étude expérimentale de la mort par submersionChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l’état du sang

Si nous parcourons les auteurs classiques et si nous étudions leurs opinions au sujet de l’état du sang chez les noyés, nous voyons que la plupart d’entre eux se bornent à signaler la grande fluidité du sang el la rareté de sa coagulation dans les cavités du cœur. -

Devergie déclare nettement que le sang reste fluide pendant plusieurs heures, même dans les vaisseaux qui pénètrent dans la substance propre des os ; que la fluidité du sang des noyés est remarquable et égale presque celle de l’eau et enfin qu'il est très rare de rencontrer du sang coa-

gulé dans les cav:tés cardiaques.

Casper et Orfila se rangent à son avis ; toutefois, ce dernier fait observer que ces caractères, attr ibués au sang des noyés, ne sont pas absolument particuliers à la submersion.

Dans le Manuel complet de Médecine légale de Briand et Chaudé, nous trouvons cette simple remarque : « La quantité plus grande de sang dans les cavités droites du cœur que dans les cavités gauches et sa fluidité sont des phénomènes fréquents dans presque toutes les morts violentes et particulièrement dans les diverses asphyxies ; mais, dans aucun cas, elles ne sont aussi remarquables qu'après la mort par

submersion ». :

Cette affirmation nous étonne un peu, car deux pages

Lier

plus haut, les mêmes auteurs citent en ces termes l’opinion du Docteur Faure : « Cependant, M. le Docteur Faure (Mémoire sur l’asphyxie) a constaté que l’on peut trouver des caillots de sang très fermes et volumineux dans le cœur droit et les gros vaisseaux chez des individus morts submergés, mais qui n'étaient restés que quelques instants sous

l'eau, et que ce phénomène n'existe ni chez les sujets reti-

rés de l’eau avant d'avoir cessé de vivre, ni chez ceux qui n’y ont été précipités qu'après leur mort : en sorte que l'on trouverait là une preuve essentielle que la mort est bien le fait de la submersion ». nt

Legrand du Saulle dit simplement : « La fluidité du sang est remarquable et presque constante chez les noyés » ; et fait suivre sa remarque de l’opinion du Docteur Faure, mais

il ne formule aucune opinion personnelle sur la coagulation

dans le cœur. - Tourdes, dans son traité de Médecine Légale, traite un peu plus longuement cette question. Après avoir noté la fluidité du sang, 1l déclare que, sur 113 cas, il à trouvé 89 fois le sang liquide et dans 24 cas des caillots ; mais, ditil, ces concrétions étaient rougeàtres ou noirâtres et plus ou moins difluentes. Puis il ajoute : « La présence de ces con-

crétions rougeâtres à été considérée comme la preuve d’une

mort plus rapide ; une longue résistance permettant l’absorption d’une plus grande quantité d’eau qui augmente la fluidité du sang. La formation des caillots peut aussi être interprétée comme l’indice d’une agonie plus longue, notamment lorsqu'ils sont denses et décolorés ».

Après de nombreuses ‘expériences, Brouardel déclare

avoir toujours constaté la présence de caillots dans les cavi-

tés du cœur, lorsque l'autopsie avait été faite immédiatement après la mort, mais, quand Fautopsie n'était. faite qu'au bout de quelque temps, le cœur ne contenait plus de

mr caillots, la décoagulation était complète. Pour lui, dès que la rigidité commence, les caillots se diluent et le cœur se vide.

Enfin, Vibert, dans son Précis de Médecine légale, après avoir parlé de la grande fluidité du sang et de sa coloration moins intense qu’à l’état normal et l'avoir expliquée par la grande absorption d’eau qui se fait par les poumons chez les noyés, ajoute : « C’est sans doute pour la même raison que, chez l’homme, du moins, on trouve très rarement des caillots dans les cavités cardiaques ».

D’après le court résumé que nous venons de faire sur l’état de la question. il ressort nettement que tous les auteurs sont unanimes à signaler la fluidité du sang des noyés comme un phénomène constant ef très apparent, mais que la plus grande partie affirment que le cœur ne renferme pas - de caillots. Seuls le Docteur Faure et Tourdes disent en avoir trouvé quelquefois, mais dans un nombre assez restreint de cas et dans des circonstances particulières. Ils semblent considérer cette coagulation dans le cœur comme un phénomène fortuit qu'il n’est bon de noter qu'à titre d'exception. Brouardel admet la coagulation comme un phénomène constant, mais persistant seulement quelques heures.

Nous avons fait de nombreuses expériences sur des chiens et sur des lapins, en nous entourant de toutes les précautions qu'il était en notre pouvoir de prendre, et nos résultats diffèrent sur plusieurs points de ceux obtenus par les auteurs que nous venons de citer.

Nous avons pris des animaux adultes, sains et vigoureux, autant que nous pouvions en juger ; nous les avons pesés et nous les avons plongés dans une cuve à eau. Afin de voir la différence qui pouvait exister entre les cas de mort hrusque

RP en et les cas de mort lente, nous en avons immergé quelquesuns après leur avoir lié les pattes et leur avoir fixé un poids suffisamment lourd pour les maintenir au fond; les autres ont été précipités dans l’eau, libres de tout lien, et nous les avons laissés lutter contre la mort jusqu'à ce que, vaincus par la fatigue, ils se laissent aller au fond. Nous avons noté

avec soin le temps qui s'est écoulé entre l'immersion et la

mort.

Nous avons autopsié ces animaux à quatre périodes diffé-

rentes :

1° Immédiatement après la mort; 2° Au moment de la rigidité cadavérique ; 3° Lorsque la rigidité venait de cesser, mais que la putréfaction n’était pas encore commencée ; 4° Eñ pleine putréfaction gazeuse.

Nous avons-ouvert le thorax, nous avons enlevé le cœur,

après avoir lié tous Îes vaisseaux qui en partent ; nous avons

incisé la paroi des quatre cavités et nous avons observé les phénomènes suivants : E Dans les cas de mort par submersion brusque, ilse forme,

à peu près immédiatement après la mort, des caillots dans

les cavités cardiaques. Ces caillots sont, en général, noirs,

- épais, consistants et remplissent absolument la cavité. Ils gardent leurs caractères pendant la rigidité et après la rigidité, mais, lorsque la putréfaction gazeuse est établie, et seulement lorsqu'elle est arrivée à un certain degré, ils subissent une espèce de fonte, ils prennent d’abord un aspect poisseux, puis, petit à petit, ils se liquéfient et le cœur se vide.

Dans les cas de mort par submersion lente, les phénomènes sont à peu de chose près identiques. Cependant, la coagulation nous à paru se produire un peu plus tardivement el n'être bien complète qu'au moment de la rigidité.

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