EXPÉRIENCE XXXI
Un cerveau de lapin mort de rage de virus fixe le 4 août, est mis à l’étuve à 42° 169 août à cinq heures du soir.
On leretire après soïxante-huil heures d'étuve le 12 août à onze heures, et on éprouve sa virulence par trépanation sur un autre lapin.
Ce lapin d'épreuve trépané le 12 août, a été suivi pendant deux mois et demi, et n’a jamais présenté de symptômes rabiques. Atteint de gale il est sacrifié le 25 octobre 1901. ,
Le cerveau n'était donc plus virulent. On l’a utilisé pour des expériences d'immunisation.
Le succès plus grand de nos essais à la température de 42 relativement à ceux de 37, nous permet de dire qu'en élevant progressivement la température, on arriverait à détruire la virulence des cerveaux en un temps très court. Nous savons d’ailleurs d’après Pucarius et Vesesco que la substance nerveuse en émulsion dans du bouillon stérilisé sans action sur elle, perd toute virulence à 80 en quinze minutes au bain marie.
Par conséquent des températures de 37° et 42° facilement réalisables, unies à l'action de la glycérine, nous paraissent largement suffisantes pour obtenir une rapide disparition de la virulence de la matière nerveuse.
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Toutefois nous devons faire observér que la parcelle de substance nerveuse utilisée pour vérifier le cerveau, était prise sur les bords. Il est possible que, étant donnée l'épaisseur d’un Cerveau de lapin, une parcelle centrale fût plus
virulente que celle que nous avons employée. Pour avoir
un cerveau dont toutes les parcelles auraient un même degré de virulence il faudrait faire une émulsion en glycérine Nnous n'insisterons pas davantage sur ces faits,car nous avons voulu simplemement montrer qu'on pouvait facilement utliser Paction de la chaleur dans notre méthode d'atténuation pour avoir rapidement des cerveaux non virulents.
Si maintenant nous examinons dans leur ensemble les résultats de ces expériences, en laissant de côté les quelques unes où l’atténuation des cerveaux a été obtenue sous l'influence d'une température élevée persistante, nous remar- quons que la substance nerveuse rabique, ayant séjourné un | laps de temps inférieur à un mois, n'est nullement modifiée dans sa virulence.
Après deux mois au contraire la virulence parait avoir atteint son degré maximum d’affaiblissement ,c'est-à-dire que le cerveau n’est plus du tout virulent. Mais ce résultat qui surprend au premier abord, nous parait être un fait exceptionnel, car dans deslaps de temps plus longs, la virulence est encore conservée. Néanmoins nous ne retrouvons plus que des incubations d’au moins huit jours, c'est-à-dire légèrement supérieures à lPincubation caractéristique de notre virus fixe qui est de sept jours.
Ce léger affaiblissement constant après deux mois, n'est pas réqulièrement progressif avec la durée d'immersion en glycérine. Nous. observons cette virulence de huit jours au troisième mois Comme au quatrième ou au cinquième. Elle se maintient même jusqu'au huitième mois, puis au neu-
vième nous avons une incubation de dix Jours, et brusque. ment au dixième mois nous tombons sur des Cer veaux entièrement dépourvus de virulence.
En somme {a persistance de la virulence avec des incubations variables de huit jours à dix jours parait être la règle de deux mois à neuf mois. Le cas unique de déperdition complète de virulence à quatre mois serait Pexception.
Au contraire après dix mois la dispration de la virulence serait la règle, et la persistance de la virulence serait l’exception. Sur douze cerveaux de plus de dix mois, deux fois seulement nous avons vu les lapins d’épreuve mourir de rage. Chose remarquable dans les deux cas la mort a été tardive
Enfin pour une même durée d'immersion en glycérine nous n'observons pas un même degré d'affaiblissement. Quatre cerveaux ayant de quatre à cinq mois de séjour en glycérine, ont donné des incubations inégales de huit et neuf jours.
Mais le fait le plus intéressant de ces divers résultats, c'est la chute brusque d'une incubation de dix jours à une incubation indéfinie. Dans deux cas cependant nous avons observé des incubations de deux mois et de vingt huit jours. Maisle premier decesfaits peutencorese rattacher au premier groupe, c'est-ä-dire au cas d'incubation de dix à onze Jours, Car si la rage n’a été mortelle qu'après deux mois, il n’en est pas moins vrai que les phénomènes paralytiques sont : apparus au onzième jour. C'est donc à titre exceptionnel que nous observons un seul cas d'incubation supérieure à ce délai. |
Nous pouvons maintenant rapprocherla marche de laffaiblissement dans les cerveaux plongés en glycérine, d'avec la marche régressive que suit la virulence des moelles conservées en dessiccation, par la méthode Pastorienne.
Bien peu de travaux ont été publiés sur ce sujet leurs
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résultats semblent même contradictoires. Gamaleia croit avoir observé une gamme descendante de moelles d’abord très virulentes, qui allaient s’affaiblissant progressivement jusqu’à la déperdition complète de toute virulence.
Si au contraire nous nous reportons au mémoire de Viala sur les causes d'atténuation des moelles rabiques, nous y trouvons quelques expériences pouvant entrer dans notresujet, mais dont les résultats diffèrent totalement de ceux-ci. Nous y trouvons en effet des incubations variables de sept à onze jours, maisjamais supérieures à ce délai.
Les conclusions tirées d’un certain nombre d'expériences faites à Montpellier, et communiquées récemment à la Société de Biologie par MM. Rodet et Galavielle, concordent parfaitement avec les expériences de Viala. Ces auteurs notamment n'ont jamais réussi à saisir cette gamme complète d'affaiblissement graduel dont parle Gamaleïa. Une seule fois, à titre d'exception ils ont observé un degré de virulence comparable au virus rabique des rues.
D’après leurs expériences une moelle au quatrième jour de dessiccation a. acquis un affaiblissement qui porte sa
ériode d'incubation à huit jours. Sa virulence, en tenant compte des variétés possibles, serait donc comparable à celle de nos cerveaux qui ont subi de deux à huit mois de séjour en glvcérine. |
L’affaiblissement de leurs moelles comme pour nos cerveaux, n'est pas dans un rapport constant ‘avec la durée de dessiccation où d'immersion.
Pour une même durée de dessiccation ou d'immersion, pour les moelles comme pour nos cerveaux, on n’observe pas un même degré de virulence.
Enfin et surtout ces auteurs n'ont Jamais observé, sauf un cas qu'ils considèrent comme exceptionnel, de durée d'incubation supérieure à onze Jours, aucun terme de tran-
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sition entre ce degré d'atténuation et l’affaiblisement total de la virulence.
Dans nos expériences cependant, en ne tenant pas compte de l'incubation de deux mois (expérience XX,) puisque le lapin d'épreuve avait déjà présenté des manifestations paralytiques dès le onzième jour, nous avons un €as d’incubation d’un mois, (expérience XXIV) témoin possible d'un degré de l'échelle de virulence de Gameleïa. Mais ce fait unique est trop égaré, pour que nous ne nous croyons pas autorisés à le regarder comme très exceptionnel.
En somme nous croyons que nos expériences se rapprochent beaucoup plus par leurs résultats de celles de MM. Rodet et Galavielle sur la marche de la virulence dans les moelles en dessiccation, et qu'elles supportent la même interprétation.
Nous pensons avec eux, que les stades d’ aibi-ccemel manifestés par les incubations de huit à onze jours dénotent réellement l'existence de lalténuation des éléments virulents. Que ceci se complique d’une raréfaction du virus c'est fort possible.
Mais ce n'est pas à dire que les éléments pathogènes ne passent pas avant de mourir par une phase d'atténuation. Celle-cr, il est vrai, ne serait pas du même ordre que celle que peuvent donner les passages successifs au travers des divers organismes animaux, puisque on n'observe Jamais un degré de virulence analogue au virus rabique des rues, elle serait plutôt de l’ordre de celles que M. Chauveau à dénommées individuelles.
Toutefois l’atténuation cadre mal avec le passage brusque d'une virulence encore forte à l'absence de virulence. Ce fait nous parait trouver une explication satisfaisante, si l'on . admet dans les moelles rabiques à côté des éléments virulents une substance capable de masquer leurs effets
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Une telle substance ne suffirait pas à protéger l'organisme devant les éléments rabiques doués de toute leur activité ou (rop peu affaiblis. mais manifesterait son action lorsque ces derniers sont amenés à un degré d'atténuation suffisante.
En somme, indépendamment de quelques facteurs accessoires qui peuvent entrer en jeu dans certains de nos faits, nous pensons que les particularités les plus remarquables de nos expériences peuvent s ‘expliquer en invoquant, d'une part latténuation des èléments vir ulents, d'autre part la présence d’une matière capable d'en masquer entièrement les effets.