‹ Contribution à l'étude expérimentale des eaux de la BourbouleChapitre 8 sur 41 · ABSORPTION ET LOCALISATION DE L'ARSENIC · texte numérisé non relu

ABSORPTION ET LOCALISATION DE L'ARSENIC

Depuis les recherches d’Armand Gautier, en 1900, et de Gabriel BEerTrAND, en 1903, on admet, comme l'avait le premier prétendu OrFILA, que l’arsenic existe à l’état normal dans les viscères humains, au même titre que le soufre, le phosphore, l'azote, le carbone, et consütue un élément cellulaire fondamental.

BRANME a démontré cependant que l’on ne trouvait pas d’arsenic chez certains sujets à jeun, mais que l'on pouvait déceler ce métalloide chez les mêmes sujets, après Ingeslion d'aliments, tels que choux, vin, eau, poisson de mer ; et 1l a expliqué ce fait par la présence d’arsenic dans le sol ou dans l’eau de mer. Nous exposerons dans un chapitre suivant, les quantités d’arsenic normal, décelables dans les organes humains ou animaux.

Quel que soit le métabolisme de l’arsenic dans l’organisme, métabolisme encore mal connu, et que nous n'avons pas l'intention d'étudier 1c1, on peut admettre qu'une partie de l’arsenic introduit est éliminée, et qu'une partie est absorbée el fixée dans les tissus.

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Mais comme le faisait remarquer le Docteur Mirrau, les localisations de l'arsenic dans les viscères après introduction artificielle de ce corps dans l'organisme, n'ont aucun point commun avec les localisations physiologiques. Les différents auteurs qui se sont attachés à cette question de l'organotropie de l’arsenic, ont été conduits à des résultats dissemblables en apparence.

C'est qu'il importe de ranger ces résultats par catégories, suivant que l’on introduit de l’arsenic par voie velneuse, sous-cutanée ou digestive, et en outre, suivant l'emploi d’arsenic métalloïde, organique ou hydrominé-

ral.

A. — Arsenic métalloïdique.

Orriza, en 1839, établissait le premier un ordre de fixation de l’arsenic dans les organes à la suite d'intoxications aiguës ; 1] en trouvait dans le foie, la rate, le cœur, les reins, les poumons, et très peu dans le cer-, veau.

Mais en 1875, ScorosuBorr émettait l'opinion que l'arsenic se localisait dans le cerveau trois à quatre fois plus que dans le foie. Des expériences furent entreprises alors par le Professeur GARNIER, en 1880, qui confirmèrent l'ordre de fixation donné par OrrirA. Pour lui, le foie est plus riche en arsenic que les autres organes, et le cerveau en contient très peu.

LupwiG donna les mêmes résultats. DENIGES, en 1905, trouvait dans le foie plus d’arsenic que dans le cerveau, à la suite d'intoxications aiguës et d’intoxications chroniques ; enfin, en 1913, GascarD notait peu d’arsenic dans le cerveau après une intoxication aiguë, et une pro-

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portion très forte quoique inférieure à celle trouvée dans le foie, à la suite d’un empoisonnement subaigu.

Il semble donc, d’après ces résultats, que le foie soit de tous les organes celui qui fixe le plus d’arsenic, le rein venant ensuite ; la localisation dans le cerveau n'’apparaissant qu’en cas d'intoxication subaiguëé.

Qu'il soit introduit par voie digestive, par injection parenchymateuse ou par injection intra-veineuse, l’arsenic des composés minéraux arsenicaux est rapidement résorbé.

Par voie digestive ou par voie rectale (AZEMAR, 1918), l’arsenic introduit se retrouve en partie dans le sang et dans les urines deux heures après. D’après les travaux lyonnais de CHAPuIS, que nous avons trouvés rapportés dans la thèse de Lucien Lévy, l’arsenic, administré per os conjointement à du beurre, ne se localiserait pas dans les organes ; d’après Marnieu (1923), la présence de corps gras dans les voies digestives en retarderait seulement l’absorbtion.

Un phénomène particulier à ce mode de pénétration de l’arsenic dans l'organisme est l’accoutumance étudiée par HEerFTEr (1901), Haussmann (1906) et CLorrra (1906- 1911). Un animal ingérant des doses quotidiennes de toxique, élimine au bout de quelque temps des quantités plus considérables que celles des premiers quinze jours ; CLOETTA pense qu'il se fait au niveau de l'intestin un phénomène d’immunité locale, que l’arsenic cesse d’être absorbé et se retrouve dans les fècés ; il en fait la démonstration en injectant sous la peau 40 mgr. d’arsenic à un chien qui absorbait quotidiennement per os une dose de ? gr. 5 d’arsenic. A la suite de cette injection,

Loge

dont la quantité du toxique représente moins de 2 % de la dose ingérée, le chien meurt en cinq heures. BRAHME, en 1903, répéta les expériences de CLOETTA et

confirma la théorie.

B. — Arsenic organique.

La voie d'introduction a, semble-t-il, plus d’importance dans le cas d’arsenic organique ; c’est que la quantité totale d’arsenic introduit s’élimine assez rapidement ou se dissémine de façon plus ou moins égale au niveau des différents organes, comme l'ont fait remarquer MM. Morez et Mouriouanp, à la suite des travaux de JEANSELME, VERNES, R. BERTRAND et BLrocx, en 1913, qui avaient dosé l’arsenic dans les organes de sujets morts d’affections aiguës, plusieurs mois après injections intraveineuses de 606.

BLUMENTHAL, en 1907, constatait que l’atoxyl s’éliminait rapidement ; il n’en trouvait pas trace dans le cerveau. Fischer et Hoppr, en 1909, en étudiant le Salvarsan, trouvaient que le foie était l'organe qui fixait le plus d'arsenic.

Mouxeyar, en 1910, trouvait dans les centres nerveux une certaine quantité d’arsenic, ainsi que dans le foie et les muscles. Cette opinion fut contredite par tous les travaux ultérieurs.

MM. Morez, MouriQuanp et Poricarp, dans leurs recherches expérimentales sur le tropisme du Salvarsan à doses toxiques et thérapeutiques, concluaient à une localisation manifeste de ce corps dans le foie et à un neurotropisme insignifiant. MM. Morez et MourrouaAnD, en 1914, confirmaient leurs données de 1912,

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Unman, en 1913, et Rires, la même année, arrivaient a la même conclusion.

En 1921, Konn-ABresr, Sicarp et PARAF ; et MATHIEU, en 1923, étudiant la localisation de l’arsenic après inJections d’arsénobenzènes, trouvaient cet arsenic dans le poumon, le tube digestif, la rate, le rein, le foie, par ordre de grandeur croissante.

Burmer, en 1923, ne décelait pas d’arsenic dans la moelle après injection intra-rachidienne d'arsphénamine ‘chez des lapins, mais il en trouvait dans le foie, les reins, le poumon et les os longs.

Kozzs et Youmans (1923), trouvaient l’arsenic dans le foie, la rate, les reins, les poumons, le cœur et les muscles, après injections Imtra-veineuses d’arsphénamine.

Forpyce, I. Rosen et C. N. Myers, en 1923 et en 1924, injectaient par voie intraveineuse différents composés arsenicaux à des rats, et retrouvaient de larges quantités d’arsenic dans le foie, la rate, les reins et le sang.

De nombreux auteurs, parmi lesquels il faut citer Mac Jxrosx et Ficpes, ENGMAN, BuLzmaAN, Gorxam et Davm, en 1913 ; Sacus, en 1917 ; BarRBAT, en 1918 ; CORNVALL et C. N. Myers, en 1923, ont essayé de déterminer la quantité d’arsenic qui passait dans le liquide céphaiorachidien. Certains en ont décelé des traces ; la plupart n'en ont pas trouvé.

En 1925, THorar, à la thèse duquel nous devons une grosse partie des renseignements précédents, étudiait la fixation de l’acétylarsan dans les tissus. Il constatait, après injection intra-musculaire, que le rein présentait une attraction spéciale mais momentanée pour ce produit, que l’hépatotropisme était faible en comparaison

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des autres composés arsenicaux. Quant au neurotropisme, il paraissait être un peu supérieur à celui des arsénobenzènes.

Acn D'HAENENS étudiait, en 1925, chez le lapin, la répartition de l’arsenic dans les organes, après injection intra-musculaire de néo-salvarsan, de cacodylate et d’arséniate de soude. Il constatait une affinité par ordre décroissant pour la rate, le cœur, le poumon, les tissus iniestinaux, le foie. fl est à remarquer que cet auteur ne parle pas de lavage des organes.

En résumé, si on ne tient pas compte de l'opinion de Âcn D'HAENENS, dont nous ne connaissons pas exactement la méthode, les arsénobenzènes possèdent un neurotropisme nul (Morez et MouriQuaND) ou faible, nécessitant peut-être une irritation méningée (BRAHME) et un hépatotropisme manifeste. L'acétylarsan aurait un hépatotropisme moins prononcé et un neurotropisme plus fort.

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