‹ Contribution à l'étude expérimentale du pneumothorax: par plaies pénétrantes de poitrineChapitre 14 sur 18 · SES · texte numérisé non relu

SES

ExPÉRIENCE XIV.

18 juillet. — Chien taille moyenne. L'animal est attaché sur la table d'opération; tout près est le grand enregistreur mécanique de M. Chauveau, que nous avons utilisé danstoutes nos expériences graphiques. Le tracé de la respiration est donné par un pneumographe de Marey, placé sur la poitrine du sujet, pendant qu'une canule, placée dans l'artère crurale et reliée à un manomètre de Chauveau, permet d'obtenir la pression sanguine.

Le chien est endormi au chloroforme. Après avoir pris le tracé sur l’animal à l’état physiologique, nous injectons, en temps successifs mais rapprochés, 390 centimètres cubes d'air dans la plèvre droite. L’injection a duré dix minutes. A peine venions-nous d'achever, que la respiration s'arrête. Les petites quantités de chloroforme administrées ne pouvaient être incriminées, mais bien plutôt la compression du poumon par le pneumothorax relativement considérable, par rapport à la taille de l'animal. Le chien revient du reste assez vite à son état normal par un moment de respiration artificielle par manœuvres externes.

Quand les tracés sont pris, pour être certain de bien être dans la plèvre, nous injectons par la canule de l’eau colorée avec du bleu de méthylène. L'animal est alors sacrifié, et l’autopsie nous montre quelques gouttes de la solution dans le repli costodiaphragma-

tique. La plèvre viscérale était recouverte par endroits aussi d’une teinte bleuâtre, mais le poumon était parfaitement intact.

Si nous examinons le tracé, nous notons qu'avant l'opération 1l y à en moyenne 12 respirations à la minute; après l'injection d'air, d’abord 16, puis un moment plus tard, 22 respirations. Après la dernière injection, l’accélération persiste, mais est entrecoupée de courtes périodes de pauses respiratoires, avec inspirations profondes. À part cela, la respiration est régulière, mais notablement plus ample qu’au début. Les oscillations, quimesuraient d'abord5 millimètres, en ont à la fin 6 à 7, et même 10.

Sur le tracé, la ligne ascensionnelle correspondant à l’expiration tend à la ligne droite, sa partie supérieure étant moins oblique qu'au début, ce qui peut s’interpréter par un certain degré d'activité. Cette ligne ascensionnelle fait avec la ligne inspiratoire suivante un angle bien plus aigu qu'au début.

Le tracé de la pression artérielle nous donne avant l'injection: hauteur minima, 13 cent. 4; maxima, de 14 à 15 cent. 4. Après: hauteur minima, d’abord 13 cent. 4, puis 15 centimètres; maxima, 14 cent. 4, puis 15 cent. 8. La pression artérielle s’est donc accrue, tandis que la différence entre les maxima et les minima a diminué.

ExPÉRIENCE XV.

28 juillet. — Chien taille assez forte. L'animal est attaché sur la table d'opération et anesthésié. On

DES fixe autour du thorax un pneumographe en communication avec uu tambour inscripteur. La trachée est mise à nue et une sonde-trocart étant introduite, on met le tube en communication avec un second tambour inscripteur. Sur le trajet du caoutchouc qui les relie, est interposé un petit tube de verre percé d’un orifice fin pour diminuer l’amplitude des oscillations. On à ainsi le double tracé de la pression intratrachéale et des mouvements respiratoires.

Au commencement de l'expérience, la respiration était saccadée et difficile. Le chien avait une corde qui lui maintenait les maxillaires rapprochés. Un peu plus tard, la bouche est laissée ouverte, et la respiration est facile et régulière. Nous introduisons en divers temps successifs 350 centimètres cubes d'air, mais d’une manière beaucoup plus lente que précédemment. A la fin de l'expérience, nous poussons ? à -3 centimètres cubes d’air pour voir le résultat d’une injection forcée de gaz. Mais la pression était si forte à ce moment que de temps en temps pendant l’expiration, on entend un léger sifflement annonçant qu'il s’échappe de l’ar. On peut donc supposer quil n'y a jamais eu plus de 400 centimètres cubes d’air dans la plèvre.

La courbe du pneumographe donne peu de renseignements à cause du mauvais état de notre appareil; nous apercevons cependant une accélération notable de la respiration. Au début, les oscillations avaient une durée de 16 à la minute; puis dans la seconde moitié de l'expérience, de 22 à 28, tandis qu à la fin le chiffre a augmenté encore.

PSE

Le tracé de la pression intratrachéale montre aussi à la fin de l'expérience des oscillations plus rapprochées qu'au début, mais d’amplitudes irrégulières suivant les phases considérées. Sur de courtes parties du tracé, ces oscillations sont relativement petites (8 à 10 millim.) et à peu près uniformes, égales; mais presque constamment se montrent des oscillations plus amples (2 cent., ? cent. 5 et même 3 cent.). C'est là l'indication de variations considérables et brusques survenant dans la pression trachéale. Mais, chose remarquable, fréquemment existe un intervalle notable entre une ligne ascensionnelle et une ligne de descente; et dans cet intervalle, qui correspond à une expiration prolongée, comme en témoigne la comparaison avec le tracé pneumographique, existent de petites oscillations. Le plus souvent une, quelquefois deux, elles indiquent des renversements brusques de la pression trachéale pendant ce prolongement de l'expiration, comme si celui-ci se trouvait compliqué de petites respirations avortées. Nous reproduisons dans notre planche un endroit typique à cet égard.

Si nous voulons comparer l’état des pressions intratrachéales à la fin à ce qu’elles étaientau début, sans être ferme, n1 absolu, nous trouvons cependant que les maxima de pression correspondant à l'inspiration sont sensiblement plus élevés.

Enfin, dans les deux courbes, à chaque injection et dès la première, nous voyons un ralentissement de courte durée, qui fait bientôt place à une accélération. Nous pouvons donc dire que l'entrée de l’air produit

un ralentissement par arrêt respiratoire, tandis que sa présence amène une accélération.

EXxPERIENCE XVI.

12 novembre. — Chien de petite taille. Nous lui faisons une injection de morphine (3 centigr.) et nous l’endormons au chloroforme. Un sphigmoscope de Marey est mis en communication avec l'artère crurale gauche. Il est relié lui-même à un tambour inscripteur. La pression veineuse n’a pas pu être prise par suite de la coagulation rapide du sang.

La trachée du chien est ouverte et on y introduit une canule de verre, qui servira à pratiquer au moment voulu la respiration artificielle, par insufflation au moyen de la soufflerie installée dans le laboratoire de médecine expérimentale. Enfin, un pneumographe élastique est placé sur la poitrine, en rapport avecun tambour inscripteur. Nous mettons à découvert les cinquième et sixième côtes. La respiration est très superficielle et très lente, ce qu'on peut attribuer à la morphine, nous prenons néanmoins les tracés dans cet état.

Au bout d'un moment, le cinquième espace intercostal droit est ouvert largement, toujours sur la ligne du membre supérieur. L'animal fait quelques violentes inspirations, moins fortes cependant que chez les animaux précédents, puis tout à coup le cœur s'arrête et la respiration ne tarde pas à en faire autant. |

La respiration artificielle rend aussitôt la vie au sujet. Nous nous apercevons alors que les téguments thoraciques sont venus recouvrir la plaie costale. Nous rendons de nouveau la plaie béante et nous voyons reparaître les grandes respirations, suivies bientôt d'une nouvelle syncope. La simple occlusion de l'ouverture thoracique permet aux poumons et au cœur de reprendre leurs fonctions, tandis que l’ouverture béante amène de suite la syncope. Nous reproduisons ainsi de suite plusieurs fois le phénomène, puis, après avoir maintenu l'ouverture thoracique très large pendant un certain temps, nous laissons l'animal prendre une dernière syncope, dont il ne s’est pas relevé.

Examinons maintenant le tracé graphique, auquel nous ayons consacré une planche entière:

Avant l'ouverture du thorax, nous trouvons 7 respirations et 48 pulsations par minute. On ouvre la plèvre. Immédiatement la respiration devient plus ample et plus rapide (10 à la minute). Le pouls atteint 78 pulsations. Au bout d’une minute, le nombre des respirations dans le même laps de temps est de 1? à 15 pendant que le pouls arrive à 78.

Après ! minute et demie, la respiration, au contraire, commence à se ralentir tout en gardant la même amplitude. Nous notons des arrêts respiratoires de 3 secondes d’abord, puis prolongés jusqu'à 6 ou 7.

Le pouls diminue de fréquence au même moment, et présente, après ? minutes et demie, un arrêt prolongé avec chute de la pression, tandis que les

ee oscillations respiratoires, de plus en plus rares, arrivent à s’espacer de 28 secondes.

On fait alors la respiration artificielle durant 1 minute 20. Pendant ce temps, il y a encore des mouvements respiratoires très espacés et très profonds. Après la cessation, la respiration devient moins ample et plus fréquente. Les battements du cœur reprennent aussi bientôt très faibles d’abord, puis de plus en plus forts. Quelques instants plus tard, la respiration est devenue d’une rapiditémoyenne (13 par

minute). Mais néanmoins, elle est plus profonde

qu'au début, car si les maxima sont à la même hauteur, les minima sont plus bas.

Aïnsi, dans cette première phase opératoire, augmentation de l'amplitude, accélération passagère des mouvements thoraciques et du cœur, suivie d'un ralentissement graduel avec grande amplitude respiratoire, et bientôt d’une syncope. La fermeture de la plaie et la respiration artificielle amènent par une marche inverse les courbes primitives. La dilatation duthorax conserve néanmoinsune ampleurplusgrande qu'au début.

On ouvre de nouveau la plèvre ; la respiration se ralentit immédiatement cette fois. Son amplitude s’accroît de 3 millimètres. Les arrêts respiratoires réapparaissent, les uns de 5, les autres de 14 et même 20 secondes toujours en expiration. On aperçoit de temps en temps entre deux intervalles des oscillations couplées. Le pouls de son côté s'arrête 1 minute et demie plus tard. La fermeture de la plaie ne change rien à la diminution croissante de la respiration, Les

HOUR VE Li ge À

PR pauses atteignent 25 secondes. La respiration artificielle devient nécessaire. On la pratique pendant 1 minute 40. La respiration reprend pendant la respiration artificielle. Elle devient graduellement plus rapide. L'amplitude décroit à son tour. Elle ne mesure plus que 4 millimètres. Quant au pouls, un caillot formé dans la canule empêche de saisir le com- . mencement de son évolution. Toutefois, au bout de 3 minutes, quand l'appareil est réparé, il marque 66 pulsations par minute.

Une troisième fois, on ouvre la plèvre, et de nouveau les oscillations atteignent brusquement 12 millimètres de hauteur, les pauses se faisant toujours en expiration pendant que le pouls diminue de fréquence. Mais nous fermons le thorax au bout d'une demi-minute, et nous revenons très vite au tracé primitif.

Nous ouvrons la cavité pleurale une quatrième fois. Mêmes modifications du nombre des respirations, qui diminue, de leur ampleur qui augmente. Mêmes changements du pouls, qui devient plus lent, filiforme, et présente des oscillations respiratoires plus marquées, et enfin ne donne plus qu'une ligne droite au bout d'une minute. Par la respiration artificielle et la fermeture de la plaie, même retour lent et graduel à la forme initiale.

A plusieurs reprises, nous recommençons à Main tenir l'ouverture successivement béante et fermée, et nous voyons se produire les mêmes phénomènes du côté de la respiration: augmentation brusque d'amplitude, ralentissement progressif, nous n'y reviendrons plus.

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