‹ Contribution A L'Étude histo-physiologique de L'Épithelium prostatiqueChapitre 8 sur 13 · LES GRAINS DE SÉCRÉTION · texte numérisé non relu

LES GRAINS DE SÉCRÉTION

À côté du chondriome, on rencontre dans l’épithélium prostatique des grains qui ne sont pas des formations lipoïdes et qui siègent avec une prédominance très marquée dans la zone apicale au sein de la trame réticulaire de la cellule épithéliale. De nombreux travaux ont paru sur cette question et, sans avoir la prétention d'établir la liste exacte des auteurs qui ont reconnu l'existence d’éléments granuleux, nous signalerons seulement les constatations faites par les principaux d’entre eux.

De Bonis (1907), étudiant par la méthode de Galeotti les processus sécrétoires de la prostate du chien, conclut que la sécrétion se manifeste sous forme de grains et de plasmosomes, accompagnés de sécrétion liquide qui se présente sous forme de vacuoles. D’après cet auteur, grains et plasmosomes sont originaires du noyau; après avoir séjourné quelque temps dans le protoplasma, ils se portent vers le bord libre de la cellule qu'ils rendent turgescent. La mise en liberté des granulations dans la lumière glandulaire est assurée par la rupture du bord cellulaire.

Lionti, deux ans auparavant, était arrivé à des conclusions identiques. Fischler et Kreiblich, sur coupes à la congélation, distinguent dans la prostate humaine des granulations sudanophiles, philochromes et aphilochromes. Il

ÿ aurait d’après Posner (1908) un certain nombre de corps amylacés doués de biréfringence. Randisi (1912) signale à côté de la sécrétion du type lipoide, une sécrétion granulo-vacuolaire.

Pour Bjérling (1912) il existe des concrétions granuleuses et des grains hyalins qui ont pour caractéristique d'être insolubles dans l'alcool absolu froid, chaud ou bouillant. Cette insolubilité les distingue des granulations lipoides solubles dans l'alcool à froid, l’éther et l’acétone et qui seraient apportées par les leucocytes. Dès la même année, Goldberg s’insurge avec raison contre cette dernière assertion et n’admet pas que les grains lipoïdes soient des produits de désorganisation des leucocytes ; d’abord parce qu’on peut trouver des quantités de granulations sans rencontrer un seul globule blanc, ensuite parce que la grosseur des grains dépasse souvent de beaucoup celle des éléments leucocytaires.

Dominici (Palerme, 1913) distingue des grains différents par leur forme et leur grandeur qu'il classe en trois catégories : d’abord des granules chromophobes peu colorables par l'hématoxyline ferrique et. les colorants acides, mesurant de 1/2 à 1 1/2u; ensuite des granules chromophiles qui se colorent intensément par la fuschine acide et l'hématoxyline et sont de grandeur égale aux précédents ; enfin de grosses granulations homogènes de 2 à 34 qui seraient de nature lipoïde. Les deux premières variétés se rencontrent dans presque toutes les cellules avec prédominance alternative de l’une ou l’autre catégorie. Les grains volumineux qui, d'après Dominici, correspondent aux plasmosomes de De Bonis, sont constitués

soil par des lipoïdes proprement dits, soit par des pigments

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lipoïdes. En résumé, d’après cet auteur, il y aurait une sécrétion granuleuse de grains chromophobes et de grains chromophiles, une sécrétion lipoïde etune sécrétion liquide.

Les grains non lipoïdes nous paraissent aussi constituer un des éléments normaux de la sécrétion prostatique surtout visibles à l’état frais ou après fixation au formol, ils offrent des analogies frappantes avec les granulations séreuses que l’on rencontre en abondance dans la parotide. Dans certains acini la zone apicale des cellules se montre littéralement bourrée de granulations séreuses au point qu’elle apparaît comme une masse globuleuse dont la largeur dépasse de beaucoup la largeur de la zone infra-nucléaire. Dans d’autres acini, voisins des précédents, les cellules ne présentent pas de turgescence. Il semble donc qu’il y ait alternance fonctionnelle entre les acini, et non entre les cellules d’un même acinus. Dans les observations que nous avons faites nous avons toujours vu les cellules bordant la même lumière dans le même état et au même stade fonctionnel.

Quelle est l’origine de ces grains non lipoïdes ? Sontils en rapport avec le chondriome cellulaire? Il nous paraît y avoir sinon filiation, du moins similitude de réaction vis-à-vis des colorants considérés comme spécifiques du système mitochondrial. Tous ces éléments prennent plus ou moins l’hématoxyline ferrique qui les teinte en gris, alors que les mitochondries avoisinantes sont teintées en bleu noir. Avec la fuschine acide (méthode de Küll), mitochondries et grains sont colorés en rouge et le seul moyen de les distinguer réside dans la taille différente de ces éléments, les grains étant beaucoup plus volumineux que les mitochondries. Cette identité de colora-

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tion permet-elle de conclure à une filiation ? Le fait paraît acquis tout au moins pour certains processus secrétoires. Partant de cette notion, bien démontrée pour le pancréas par exemple, nous avons essayé d'en contrôler l'exactitude pour la sécrétion prostatique en utilisant la méthode de Regaud et la méthode de Käll, après fixation par les procédés de Méves et de Champy. Nos recherches sont demeurées négatives; en aucun cas nous n'avons pu saisir de relation entre les grains de sécrétion et le chondriome. Il ne nous a même pas été donné d’en saisir une preuve indirecte dans la constatation de variations inverses de quantité de chondriosomes en rapport avec le processus sécrétoire ; variations qui eussent été analogues à celles constatées par Regaud et Mawas dans les glandes salivaires et par Hoven dans le pancréas. Le chondriome ne semble pas subir les modifications qualitatives ou quantitatives souvent signalées dans d’autres organes et qui permettraient de soupçonner un lien physiologique le rattachant à la sécrétion.

Il existe donc dans la cellule prostatique deux éléments à notre avis dislincts : des chondriomes et des grains de sécrétion.

Les grains de sécrétion proviennent-ils du noyau ?

Galeotti (1895), Maziarsky (1910), partisans de l’origine directe, estiment que le noyau élimine de la chromatine qui se transforme en grains de sécrétion. Ogata (1883), Mauret (1884), Mathews (1889), Laguesse (1899), Garnier (1899) croient que le noyau intervient d'une manière indirecte par le paranucléus, élément filamenteux ou homogène, susceptible de se désagréger en ergastidions ou de se transformer en grains de sécrétion, Cette théorie

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n'est plus admise à l’heure actuelle, la preuve directe n’en ayant pas été apportée. Il apparaît d'autre part que la membrane nucléaire constitue un obstacle impossible à franchir pour les éléments intra-nucléaires.

Reste donc l'origine cytoplasmique. C'est à cette dernière conception qu'il faut à l'heure actuelle se rattacher. De même que le chondriome Les grains de sécrétion constituent un élément protoplasmique permanent. Nous n’insisterons pas sur ce point, la question étant jugée par les nombreux travaux publiés et que nous n'avons pas à rappeler.

L'Evolution des grains de sécrétion paraît se faire d'une façon progressive ; d’abord de dimensions restreintes ces éléments assez fortement réfringents grossissent peu à peu au point d'arriver à mesurer de 1 à 1 1/2, parfois davantage ; il sont alors tassés dans le pôle apical des cellules.

La question de la nature chimique de ces granulations se pose maintenant. Nous pouvons affirmer qu'il n'y a point là de matériaux lipoides ; celles de nos préparations traitées par les méthodes spécifiques nous permettent d'assurer qu'il existe des grains non lipoides à côté de grains à phosphatides. Sont-ce des éléments à mucus? Pas davantage, car les grains sont dissous par l'acide acétique et ne présentent nullement l'aspect des granulations muqueuses. Il ne nous a pas été possible d’éclaircir le carac tère énigmatique de la nature de ces formations intra-cytoplasmiques. Les renseignements fournis sur eux par la connaissance de l'étude chimique de la sécrétion n’apportent aucun élément bien décisif. Nous sommes donc amenés à ne rien conclure, si ce n’est que c'est aux grains des

cellules séreuses que ces formations ressemblent le plus,

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sans toutefois oser avancer que ce sont là des grains de ferment.

Avant de clore ce chapitre relatif aux grains de sécrélion nous tenons à signaler que nous n'avons jamais pu trouver dans l'épithélium prostatique une figure histologique qui puisse être rapportée à la partie liquide de la sécrétion. Contrairement à la plupart des auteurs, nous nous refusons donc à reconnaître l'existence d'une sécré-

tion liquide au niveau de l’épithélium prostatique.

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