CHAPITRE IV
LES GRAINS LIPOIDES
A côté des grains de sécrétion que nous venons d’étudier il existe dans l’épithélium prostatique des granulations lipoïdes. De Bonis signale de nombreux grains de graisse; Fischler et Kreiblich décrivent des granulations soudanophiles; Bjérling insiste sur des grains lipoides solubles dans l'alcool absolu, même à froid ; Posner, Rappoport signalent aussi des corps lipoïdiques; Randisi regarde la prostate comme un organe glandulaire dont la sécrétion se présente sous deux formes : l’une du type granulo-vacuolaire, l’autre du type lipoïde. Très augmentée dans les cas d’hypertrophie prostatique, cette sécrétion contient alors une grande quantité de graisses phosphorées qui proviennent des leucocytes dégénérés ou des cellules desquamées. Tous ces corps, d’après Randisi, possèdent deux caractères essentiels : une réaction positive à la méthode de Ciaccio et une coloration en brun par l’osmium, caractères qui sont communs aux phosphates et aux éthers de la cholestérine. Cet auteur, après avoir fait des réserves sur leur rôle, conclut en admettant que les lipoïdes de la prostate sont composés de phosphates et de cholestéarines complexes.
Dominici, de Palerme, décrit à côté de granulations
chromophobes et chromophiles, des granulations lipoides, : Nous avons essayé d'étudier cette question fort complexe à l’aide des différentes méthodes de coloration spécifiques appliquées aux prostates humaines hypertrophiées et aux prostates de chien.
Les pièces fixées, immédiatement après ablation, au formol salé étaient ensuite coupées à la congélation et colorées par la série des méthodes suivantes.
La recherche des graisses neutres a été effectuée à l’aide de la coloration au rouge écarlate ou au rouge soudan.
La détection des acides gras fut essayée par la Méthode de Fischler : Mordençage des coupes pendant 24 heures dans une solution à saturation d’acétate de cuivre ; lavage rapide ; coloration pendant 20 minutes dans l'hematoxyline lithinée G); différenciation dans le mélange de Weigert : ferricyanure de potassium et borax {?), montage à la glycérine gélatinée.
Les phosphatides furent mis en évidence par la méthode de Dietrich. Mordencçage des coupes dans une solution à saturation de bichromate de potasse, à l’étuve à 38° pendant 48 heures; lavage prolongé ; coloration pendant 24 heures dans l’hématoxyline acétique 6) à l'étuve à 38°;
(1) Mélange à parties égales de la solution I et de la solution IT. : Hématoxyline, 1 gr.
Spbnionrt | Alcool absolu 10 cent. cubes.
Eau distillée, 9 cent. cubes. ; Solution aqueuse concentrée de carbonate de lithine
1 cent. cube.
(2) Mélange à parties égales de la solution I et de la solution II. RATE Borax, 4 gr.
OR Eau distillée, 100 cent. cubes.
L Ferricyanure de potassium, 5 gr.
Solution II Eau distillée, roo cent. cubes.
(3) Hematoxyline dissoute dans un peu d'alcool, 1 gr.
Solution d'acide acélique à 2 */,, 100 gr.
Solution II
pes différenciation par le mélange de Weigert jusqu’à décoloration des globules rouges. Montage à la glycérine gélatinée.
Accessoirement nous avons fait usage de la méthode de Ciaccio : fixation au bichromate, inclusion à la paraffine et coloration au scarlach.
Dans tous les cas nous avons recherché les corps biréfringents à la lumière polarisée.
De l’ensemble de nos recherches il résulte que les formations graisseuses de l’épithélium prostatique peuvent être topographiquement réparties en deux catégories : des vacuoles plus ou moins volumineuses à la base des cellules ; de fines granulations dans la zone apicale.
A. Formations lipoïdes de la base de la cellule.
E’utilisation du rouge écarlate ou du soudan met en
relief dans la partie infra-nucléaire des cellules épithé-
F1G. 2. — Répartition des graisses neutres dans la cellule épithéliale prostatique (Schema).
liales un certain nombre de gouttelettes assez volumineuses constituées par des éthers de la glycérine. Ces éléments ;
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sont essentiellement variables et comme quantité (on peut en rencontrer de 1 à 5) et comme dimensions (de 1 à 10 y). Quoi qu'il en soit la présence de graisses neutres est constante dans le même acinus, alors que ces corps manquent totalement dans un acinus voisin. Toutes les cellules d’une même poche sécrétante contiennent ou ne contiennent pas des corps gras. Les variations se font d’acinus à acinus et non de cellule à cellule.
Signalons en passant que les graisses neutres en particulier et les lipoïdes en général nous ont paru beaucoup plus abondantes chez l’homme que- chez le chien. Ces résultats tiennent peut-être à l'emploi exclusif que nous avons fait de prostates humaines adénomateuses. Ces tissus ne sont évidemment pas plus normaux au point de vue sécrétoire qu'ils ne le sont au point de vue anatomique. Certains auteurs (Randisi) signalent une abondance plus grande de la sécrétion dans l’hypertrophie. Les circonstances ne nous ayant pas permis d'établir la comparaison avec des prostates humaines normales, nous ne pouvons que signaler cette assertion sans commentaires confirmatifs ou infirmatifs.
La Méthode de Dietrich révèle dans cette même zone infra-nucléaire des granulations souvent asseznombreuses, mais qui ne sont nullement superposables, ni comme dimensions, ni comme quantité aux gouttelettes de graisses neutres dont il vient d’être question. Ces élé-
ments, fortement colorés en noir (1), sont constitués par
(1) Signalons à ce propos la fréquence dans le stroma périacineux d’amas noirâtres électivement colorés par la méthode de Dietrich, Les phosphatides ne sont done pas l'apanage exclusif des cellules glandulaires ; ces corps peuvent être en rapport avec les cellules migratrices ou fixes du tissu conjonctif ambiant. En certains cas il nous a été possible
ER des phosphatides et ressemblent aux granulations de même nature que l’on rencontre dans la zone apicale, encore que leur taille soit de beaucoup supérieure à celle des grains apicaux .
La Méthode de Fischler donne en général des résultats négatifs, sauf dans des cas très rares, au niveau de certains acini dont la couche épithéliale superficielle paraît complètement desquamée. La destruction des cellules bordantes constituant l'épithélium paraît donc s’accompa: gner de mise en liberté d'acides gras qui, avec la méthode de Fischler, dessinent en noir diffus le contour de l'acinus.
La polarisation rotatoire est en général demeurée négative.
B) Formations lipoïdes du sommet de la cellule.
Une coupe colorée au rouge soudan ou au rouge écarlate et examinée à un faible grossissement montre une teinte diffuse se présentant comme une bande rose clair qui dessine le contour des acini. Il faut user de grossissements puissants (3000) pour se rendre compte de l’existence de grains rouges, d’une extrème ténuité, disséminés dans toute la zone apicale. (Dans certains cas, il nous a même été impossible de voir ces granulations en dépit de la teinte rose qui nous laissait supposer leur existence.) Ces grains n’ont évidemment rien de commun avec les
de soupconner une corrélation entre ces granulations et des plasmazellen visibles sur des coupes témoins colorées par l’hématéine-éosine.
C'est sans doute à des constatations analogues qu'est due l'opinion de certains auteurs qui rapportent aux leucocytes l'origine des lipoïdes prostatiques.
Au niveau de ces amas situés à l’intérieur du stroma, la lumière polarisée nous a souvent montré des éthers de la cholestérine décelés par la croix caractéristique.
En
grains séreux dont les dimensions sont de beaucoup plus considérables.
La Méthode de Dietrich dans cette même zone apicale, permet de mettre en évidence deux catégories de formations différentes par leurs tailles respectives. On voit d'abord des grains assez volumineux, mais peu abondants,
dont le nombre varie de 5 à 20 dans chaque cellule.
F1G. 3. — Répartition des phosphatides dans la cellule épithéliale prostatique (Schema).
On peut voir ensuite une infinité de fines granulations qui donnent à toute la zone supra-nucléaire une teinte grisâtre caractéristique. Ces granulations très ténues sont superposables à celles décelées par le soudan ou par le rouge écarlate. Nous pensons qu'il s’agit là de granulations constituées par des phosphatides analogues à celles que nombre d'auteurs, Dominici, de Palerme, et Randisi en particulier, ont étudiées.
Quelle est la signification de ces formations lipoides ? A notre avis il y a lieu d'assimiler les gouttelettes de graisses neutres de la zone infra-nucléaire aux formations ana-
logues que l'on rencontre ordinairement dans toutes les cellules glandulaires séreuses. Leur signification semble être identique, encore que la valeur fonctionnelle des vacuoles graisseuses des cellules séreuses soit loin d’être complètement élucidée. Nous rappellerons ici que, très rares dans la prostate normale du chien, ces éléments sont au contraire fréquents et souvent très abondants dans les cellules épithéliales des prostates hypertrophiées qui ont servi à nos recherches. Peut-être y a-t-il lieu de penser que ces formations sont en rapport plus ou moins direct avec le trouble apporté par l'hypertrophie au fonctionnement normal des cellules épithéliales et de la glande entière.
Reste maintenant à interprêter la signification fonctionnelle des granulations lipoïdes qui voisinent dans la zone apicale avec les grains séreux. Ces phosphatides existentils bien in vivo tels que nous les colorons, après fixation, par la méthode de Dietrich ? Ou au contraire imprègnentils seulement le protoplasme de la cellule vivante, la forme granuleuse qu'ils affectent ne représentant alors que la phase lipoide du gel protoplasmique disloqué sous l'influence de la technique ? II ne nous est pas possible de choisir entre ces deux opinions
Le point important est la coexistence nette de granula-
tions lipoïdes et de granulations sécrétoires du type séreux.
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