VI. HYDROGRAPHIE
L’Aïn, dans les textes latins, s’appelle Idanis. Le vocable est parent de Rhodanus et d’Eridanus. Il est générique, et il est à croire qu'il signifie rivière. L'ancien nom français est le Dain — que Voltaire orthographie le Din —;, et qui subsiste dans Pont- Dain et Mont Dain.
L’Ain, dit E. Reclus, est « la rivière jurassique par excellence ». Il naît à 730 m. d’altitude, à l’ouest des grandes crêtes orientales du Jura, un peu au-dessous de Noseroy. Il sort d’une puissante résurgence des eaux d'infiltration du plateau calcaire. Il se continue par des gorges étroites, des failles, des cluses où il rencontre des barrages naturels qu’il franchit en bondissant. À partir de son confluent avec la Valouse il entre dans notre département. Son cours se divise naturellement en deux parties entièrement dissemblables. La première, qui est la partie haute, comprise entre la limite du département et Neuvillesur-Ain, a 31 km. de longueur. Sur ce parcours Îa rivière est encaissée, presque constamment dans la gorge profonde qui sépare les Monts Berthian, premier gradin du Jura bugiste, du Revermont bressan. Il roule, entre deux berges rocheuses, de nature calcaire, souvent taillées à pic, espacées l’une de l’autre de 70 à 140 mètres. Le lit de l’Aïn est ici partagé, sur
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sa longueur, en une série de bassins. Ils sont divisés par des affleurements de rochers, formant rapides, où le tirant d’eau n’est plus que de 25 centimètres. Cette gorge de l’Aïn est la contrée la moins habitée du département. De Thoirette à Neuville il n’y a pas place pour un seul village sur la berge étroite et âpre du courant d’eau solitaire. En revanche, sa vallée, ses hauteurs sont pleines des rêves et des débris du passé. Au confluent de la Bienne, sur la montagne St-Jacques, on retrouverait les morceaux de la Pierre qui vire. C’est la nuit de Noël, à minuit, que le bloc erratique se livrait à cet exercice mystérieux.
En aval de Thoirette, sous Matafelon, on retrouverait les humbles vestiges de Thoires-le-Donjon d’où sort la lignée des sires de Thoire-Villars. Granges plus bas n’a que deux cascades aux noms rabelaisiens Pisse-Vache et Pisse-Vielle. Mais, à vis à vis Corveissiat, lequel a sa cascade aussi, garde une nécropole de l’Age du Bronze. Serrières a, lui, un cimetière burgonde et la grotte de la Geignère habitée par les fées.
De communication entre les deux rives, au XIX° siècle commençant, il y en avait bien peu. Voltaire, allant de Ferney à Paris doit attendre qu'une crue subite soit passée pour passer lui-même par la traille. Maintenant il y a un pont à Neuville, à Pont-d’Ain, à Thoirette. À Cize un viaduc, sur lequel la voie ferrée de Bourg à Nantua franchit la gorge et la rivière. C’est un des beaux et hardis travaux de ce genre. Il a deux rangs d’arches, 268 mètres de long, 55 mètres de haut (voir la gravure page 101). Il
existe un pont à Serrières, à Poncin, à Gévrieux, à Chazey, à Port-Galland. Il est peu de contraste plus complet que celui existant entre la vallée supérieure, sombre et sévère, et la plaine où l’Ain débouchant des montagnes va s’épandre au large parmi les vignes et vaguer en toute liberté. Nous arrivons ici, à la seconde section, qui est la partie basse du bassin de notre rivière. Cette seconde section a 45 km. 600 de longueur. La largeur de l’Aïn, sorti de sa prison, va varier ici entre 100 et 500 mètres. C’est dire qu’il use largement de sa liberté. Il se divise en plusieurs bras et forme sous Varambon une île de 40 hectares; une de 40 ha sous Priay, une devant Villete de 25 ha, une de 40 ha devant Mollon. Aucune n’est habitée. Les deux rives de cette seconde section sont grandement dissemblables. La rive droite serre de près et longe le pied de la Cotière de Dombes. Elle est insubmersible, sauf de Charnoz au Rhône. Sur les hauteurs qui la bordent se succèdent : Pont-d’Ain, Varambon, Priay, Villette, Châtillon-la-Palud, Mollon, Loyes, Meximieux, Charnoz, St-Jean, St-Maurice-dc- Gourdans. La rive gauche, c’est la plaine sablonneuse de 35 km. de longueur sur une largeur de 4 à 9 gisant, quasi déserte, entre le premier échelon du Jura bugiste et la terrasse qui porte la Dombes. Cette rive est submersible, sauf tout en bas de Chazey à Charnoz 1.
(1) Ces notes d’hydrographie ont été puisées dans l’excellente géographie de l’Ain de M. JARRIN.
VII HYDROLOGIE!
Une étude hydrologique de l’Ain est nécessaire pour comprendre les variations de débit de certaines sources et les différences de niveau d’eau de certains puits, notamment dans la partie inférieure de son cours.
Pour comprendre le régime de la rivière, c’est-àdire les lois qui gouvernent les variations de ses débits il faut d’abord étudier les facteurs du régime.
Les facteurs du régime des eaux sont le relief, la nature du sol, la couverture végétale, le climat. Voyons comment chacun d’eux agit sur l’hydrologie de lAin.
A. Le Relief. — 1° Altitude et orientation. Le fait essentiel, en ce qui concerne le relief, est que l’Ain draine la partie occidentale du Jura méridional. Ceci lui vaut d’être alimenté par des pluies abondantes et l’expose à des crues subites.
2° Profils en long et en travers. — Sa valeur moyenne sur des secteurs de 15 à 30 km. varie de 1 m. à 2 m. 45 par km. Il passe d’ailleurs de { m. ou un peu plus entre Thoirette et Pont-d’Ain, à 1 m. 36 dans la partie inférieure du cours. Ce phénomène
(1) Ces renseignements sur l’hydrologie ont été puisé dans le docte travail de notre ancien maître et ami M. PARDÉ, Docteur ès lettres, Professeur à l’Université de Grenoble, dans sa communication au Bulletin de la Société des Naturalistes et des Archéologues de l’Ain, N° 45.
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est assez curieux, en plaine. La pente est assez grande pour engendrer de très vifs courants dès que les eaux sont grosses. Il transporte alors une grande
quantité de graviers.
B. La nature du sol. — 1° Prédominance du calcaire.
2° Phénomènes Kkarstiques. — L’abondance des
calcaires jurassiques a pour conséquence de favoriser l’infiltration, l'écoulement souterrain et les résurgences. Ces phénomènes sont qualifiés de karstiques. Mais ces écoulements souterrains, au lieu de régulariser le régime, aident les crues.
C. La couverture végétale. — Le boisement est dense dans le bassin de l’Ain; mais l’influence de la végétation sur le régime des eaux est dominée par celle du relief et du climat.
D. Le Climat. — 1° Les pluies : hauteurs annuelles. — Le relief du bassin force à monter et à se condenser les nuages océaniques poussés par les vents d'ouest à Sud-ouest.
L’altitude générale, augmentant dans le sens de la marche des nuages, rend la pluviosité croissante à l’est ou plutôt du sud-ouest au nord-est jusqu'aux sommets les plus élevés. Les chutes les plus fortes ont lieu sans doute au-delà de 1.000 m., sur le haut des pentes qui dominent la Bienne et l’Ain supérieur. . On peut les estimer à 2 m. ou 2 m. 25 au maximum. Le bassin de l’Ain presque en entier montagneux ne comprend pour ainsi dire pas de régions peu arrosées. Dans la vallée inférieure, la moins favorisée à cet égard, entre Pont-d’Ain et le Rhône, il doit tom-
ber en moyenne près de 1 m. 10. A Neuville et à Ambérieu les précipitations sont de l’ordre de 1 m. 20. En somme l’Ain doit recevoir plus de 1 m. 60 de précipitations atmosphériques par an. Il est donc très richement alimenté.
1° Les Pluies; distribution saisonnière. — Nous traiterons à propos des crues, Ja question si importante des grandes averses.
Elle comporte :
1° Un maximum principal d’octobre.
2° Un maximum secondaire de mai ou de juin.
3° Une supériorité des pluies de mai à octobre.
4° Un minimum d'hiver de janvier à mars.
On verra que les variations saisonnières ne se conforment pas du tout à cette répartition. C’est que l'influence de l’évaporation domine et masque la répartition pluviométrique.
3° La Neige. — Faute d’altitudes suffisantes ce phénomène ne joue qu’un rôle secondaire.