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VARIATIONS ENTRE LES GENRES ET ENTRE LES ESPÈCES

dans une même famille

Nous allons examiner dans ce chapitre quelques variations qui s'étendent à un ou plusieurs genres ou simplement à quelques espèces au sein de certaines familles. Les Oiseaux d'une même famille présentent en général des caractères anatomiques constants; c'est pourquoi il est vraiment curieux de remarquer les variations relativement considérables qui existent dans le développement des cæcums. Ici comme dans le chapitre précédent 1l ne sera question que de mutations bien définies se traduisant par l'absence des cæcums ou la présence d’un type autre que celui normal, et non par des variations ne portant que sur la taille.

Ainsi chez les Columbidés, les cæcums sont normalement de type plein cylindrique et étroitement accolés à l'intestin auquel ils sont réunis par des replis iléo-cæcaux très réduits. Tel est le tableau chez les Pigeons domestiques qui peuvent être considérés comme l'espèce typique de cette famille.

Sur les vingt exemplaires que j'ai examinés, j'ai noté des variations de taille allant de 4 à 8 mm. et dans quinze cas ils étaient au même niveau sur l'intestin ; trois fois 1l y avait un décallage en faveur du cæcum droit qui était situé de o mm. 3 à 1 mm. 5 plus haut tandis que dans les deux autres cas c'était le gauche qui se trouvait à o mm. 3 plus loin du cloaque. La plupart du temps ils étaient l’un et l’autre de même dimension.

J'ai eu aussi l'occasion de disséquer dix spécimens de la race spéciale dite Pigeon paon. J'ai constaté, bien que ces oiseaux soient nettement plus petits, un développement identique du tube digestif comme des cæcums qui variait de 3 à 8 mm. ; la moyenne était de 5 mm. 6 pour les vingt premiers et de 5 mm. 2 pour les dix « Pigeons paons ». "

J'ai déjà noté au cours du chapitre premier, que l'aspect des cæcums dans cette famille était généralement granuleux, contrairement à l'aspect lisse de la plupart de ces organes du type plein.

Les cæcums se présentent d’une façon identique chez les espèces sauvages, que ce soit Columba livia Gm., C. œnas L. ou C. palumbus L. (Fig 10). Chez les Tourterelles ils sont généralement plus petits ; ainsi ils n’atteignent plus que 1 mm. 4 à 2 mm. chez Séreptopelia turtur (L.), 2 mm. 5 à 4 mm. chez S. semitorquata erythrophrys Sel. et Séigmatopelia senegalensis (L.).

D'après GARROD les genres suivants auraient des cæcums à peu près identiques : Ectopistes, Macropygia, Janthænas, Phlogænas et Starnænas.

Par contre, toute une série de genres voisins ne présente pas la moindre trace de ces organes. Tels sont entre autres les Carpophaga, les Treron et les Goura étudiés déjà par GARROD, les Chalcophaps et les Calænas, selon GADOW. J'ai moi-même examiné spécialement le genre Vinago, en particulier. V. calva calva Temm. et Knip. dont j'ai reçu plusieurs exemplaires du Gabon et qui me sont parvenus en parfait état de conservation. Malgré des recherches minutieuses faites dans de très bonnes conditions je n’ai jamais pu observer la moindre trace de cæcum ; le gros intestin faisait suite à l'intestin grêle sans qu'il soit possible de trouver extérieurement la moindre ligne de démarcation malgré le calibre assez gros du tube digestif à cet endroit qui atteignait un diamètre de 3 à 5 mm.

Il faut ajouter que GARROD puis GADOW reconnurent le phénomène de l’absence de cæcums chez le seul représentant subsistant actuellement d’une famille voisine des Columbidés, celle des Dididés : cet oiseau, Didunculus strigirosiris (Gard.) a, d’après leurs observations, un appareil digestif assez semblable à celui des Vinago quoique. relativement plus long.

Une autre famille qui, de l’avis de tous les ornithologistes, est très homogène présente cependant des variations remarquables dans le développement cæcal; 1l s’agit des Scolopacidés. Comme chez les autres Charadrüformes, les cæcums affectent ici, du moins chez la grande majorité des représentants de cette famille, une forme cylindrique avec des boursouflures temporaires. Quelquefois les

cæcums étant légèrement plus courts que la portion intestinale correspondante, celle-ci esquisse une légère courbe près de leur base. Le plus souvent chez les Scolopacidés, ces organes ont une dimension variant de 20 à 50 mm.

Ainsi chez Erolia ruficollis (Pallas) les cæcums ont de 20 à 23 mm., chez E. alpina (L.) de 24 à 37 mm., chez E. minuhlla (Vieill.) de 20 à 22 mm., chez Philomachus pugnax (L.) de 40 à 45 mm. Par contre ils atteignent des dimensions nettement plus considérables chez Numenius arquata (L.). MAGNAN qui en a observé une vingtaine d'individus note des variations allant de 70 mm. à 100 mm. pour le cæcum droit et de 65 mm. à 95 mm. pour le gauche, ce dernier étant presque toujours de 5 à 10 mm. plus court que le premier. J'ai fait aussi les mêmes constatations sur les quelques individus que j'ai eu l’occasion de disséquer. Chez toutes ces espèces, ainsi que chez Calidris canutus (L.) Arenaria interpres (L.), etc., les cæcums sont donc bien développés ; ils offrent toutes les caractéristiques du type sacculé tubuliforme et les matières en voie de digestion pénètrent et séjournent sur toute leur longueur.

Nous trouvons au contraire dans les Barges une disposition anatomique toute différente. Chez Limosa limosa (L.) les cæcums ont des dimensions variant de 12 à 20 mm. le droit étant généralement un peu plus développé que le gauche, mais ce qui est plus remarble c’est leur structure strictement lymphoïde.

J'ai observé le même phénomène chez Limosa laponica (L.). GADOW puis MAGNAN avaient signalé à propos de cette espèce les dimensions des cæcums, mais seulement dans leur tableau de mensuration et sans donner aucune indication pour relever ce curieux phénomène. Chez elle, les cæcums sont généralement plus courts que dans l'espèce précédente, leur dimension oscillant plutôt autour de 10 mm. ; l'individu signalé par GADOW comme ayant des cæcums de 25 mm. paraît bien être une exception. De plus chez ces oiseaux mais surtout chez la Barge rousse, les cæcums présentent l'aspect granuleux que nous avons eu l'occasion de signaler dans notre premier chapitre et ressemblent ainsi beaucoup aux cæcums des Columbidés. En coupe, les cæcums de Limosa lapomica L., présentent comme tous les cæcums du type plein une grande extension du tissu lymphoïde et leur structure microscopique est en tous points comparable à celle que nous avons notée sur le Pigeon. Chez L. limosa (L.), le tissu lymphoïde est moins étendu mais les cæcums restent néan-

Tyringa t. lotanus L. (Scolopacidés)

Tringa nebularia (Gunnerus) (Scolopacidés) Capella media (Lath.) (Scolopacidés) Capella gallinago (L.) (Scolopacidés) Sierna h. hirundo L. (Laridés)

Anous stolidus pileatus (Sc.) (Laridés)

Rissa t. tridactyla (L.) (Laridés)

(GRANDEUR NATURELLE

moins très nettement du type plein : la lumière cæcale est toujours réduite à un canalicule où ne pénètrent jamais les matières en voie de digestion.

Cette variation que nous constatons chez les Barges se retrouve dans quelques autres genres de Scolopacidés mais n'affecte plus que l’une ou l’autre espèce. Ce fait tout à fait remarquable n'a été relevé que par ALPHERAKY (1) et seulement à propos des Capella et espèces voisines. Dans une note de quelques pages l’auteur souligne cette anomalie ; mais les savants qui s’occupèrent de la question des cæcums n’eurent pas connaissance de ce travail publié en langue russe et, comme je l’ai déjà dit au cours de l’historique, seul GROEBBELS le signale et seulement dans sa bibliographie.

ALPHERAKY étudia quatre Scolopacidés extrêmement voisins : Capella gallinago (L.) (Fig. 24) et C. media (Lath.) (Fig. 23). Scolopax rusticola L. et Lymnocryptes minimus (Brünn.). Or 1l constata que chez C. gallinago (L.) les cæcums sont bien développés (25 à 35 mm.) et contiennent des matières intestinales ; il signale le même fait chez Lymnocryptes minimus (Brünn.), donnant comme dimension 28 à 42 mm. Par contre chez Capella media (Lath.) ces organes ne dépassent pas 6 mm. et sont, nous dit-il, rudimentaires, ainsi que chez Scolopax rusticola L. où ils varient de 5,5 à 8 mm. Le savant russe note que dans ces deux cas les matières intestinales ne pénètrent jamais dans l’étroit canalicule. J'ai vérifié moi-même les observations de ALPHERAKY sur ces espèces, sauf sur Lymnocryples minimus (Brünn.) et j'ai pu constater que Capella media (Lath.) et Scolopax rusticola L. possédaient bien des cæcums lymphoïdes encore moins développés que chez Limosa lapponica (L.) mais présentant le même aspect granuleux. Capella gallinago (L.) au contraire a des cæcums nettement sacculés et je leur ai trouvé des dimensions correspondant à celles que note ALPHERAKY.

Il est curieux de noter que GADOW dans ses tableaux synoptiques de Thier-Reichs attribue aux cæcums de Gallinago major des dimensions de 32 à 30 mm. d’après les deux exemplaires qu’il a examinés. Il semble bien difficile d'admettre qu'il a eu affaire à deux individus tout à fait exceptionnels présentant des cæcums

(1) ALPHERAKY. — Sur les cæca de quelques Oiseaux de la sous-famille des Scolopacidés. — St-Pétersbourg, Annuaire du Musée zoologique de l’Académie des Sciences, 1906.

sacculés et nous préférons croire, pour notre compte, que cette appellation est erronée et qu'il s’agit non pas de la Bécassine double, Capella media (Lath.) mais de la Bécassine des marais, Capella gallinago (L.).

Il se trouve encore un autre cas de variation de développement cæcal à l'intérieur d’un genre de cette famille des Scolopacidés. Il s’agit du genre Tringa qui est pourtant reconnu par tous les ornithologistes comme très homogène. En effet sur sept espèces différentes dont j'ai pu avoir un certain nombre de représentants j'ai constaté les faits suivants : cinq d’entre elles présentent des cæcums sacculés tubuliformes en tous points semblables à ceux qui sont habituels chez les Charadriiformes. Mais par contre chez les deux autres on trouve normalement des cæcums extrêmement réduits du type plein, lymphoïde, ressemblant souvent à s’y méprendre à ceux de certains Falconiformes ou Passeriformes.

Parmi ces espèces de Tringa ayant des cæcums sacculés nous trouvons tout d’abord quatre espèces françaises sur les six qui fréquentent nos côtes et nos rivières ; ainsi TZ. totanus (L.) (Fig. 21) possède des cæcums variant de 27 à 41 mm. d’après les mensurations que j'ai relevées sur les quatre exemplaires que j'ai eus entre les mains. MAGNAN de son côté signale une femelle dont le cæcum droit avait 36 mm. et le gauche 26 mm. Dans les cas que j'ai observés personnellement les deux cæcums étaient presque identiques, c’està-dire à peine si le gauche avait 2 ou 3 mm. de plus que le droit.

Ces organes se présentent d’une façon tout à fait analogue chez T. ochropus L. Le seul exemplaire que j'ai eu l’occasion de disséquer avait un cæcum droit de 19 mm. et un cæcum gauche de 23 mm., situés à 26 mm. du cloaque. MAGNAN, qui a fait une série d’observations sur vingt sujets de cette espèce, nous donne dans son tableau de mensuration, des variations allant de 29 à 45 mm. dont les moyennes sont pour le cæcum droit 38,45 mm. et pour le gauche 36 mm. I1 semble donc bien que le seul individu, pourtant de grandeur normale, que j'ai examiné ait eu ces organes moins développés que dans les cas habituels, d’ailleurs l'intestin lui-même était beaucoup plus court puisque atteignant simplement 250 mm. tandis que le plus petit signalé par MAGNAN était encore de 299 mm. et il en a trouvé ayant jusqu'à 428 mm. Quoi qu'il en soit des dimensions de ces cæcums ils apparaissent dans toutes les observations comme nettement sacculés.

28) Melanitta f. fusca (L.) (Anatidés)

29) Melanitta n. nigra (L.) (Anatidés)

(GRANDEUR NATURELLE

J'ai trouvé aussi le même type pour ces organes chez T. erythropus (Pallas), avec des dimensions variant de 18 à 22 mm. ainsi que chez T. stagnatilis (Bechstein) où ils atteignent de 25 à 30 mm. MAGNAN nota à propos d’un individu de cette dernière espèce deux cæcums égaux de 30 mm.

En plus de ces quatre espèces françaises j'ai réussi à me faire expédier un 7. flavipes (Gm.) de Basse-Pointe en Martinique. J'ai constaté aisément que dans ce spécimen les cæcums étaient bien du type sacculé tubuliforme ; leurs dimensions étaient pour le droit 23 mm. et pour le gauche 22 mm. GADOW avait, de son côté, déjà noté à propos d’un individu de cette espèce, des cæcums de 30 mm.

Mais la disposition anatomique apparaît tout autre chez T. nebularia (Gunnerus) (Fig. 22). Chez tous les individus de cette espèce que j'ai eu l’occasion d'examiner, j'ai trouvé de petits cæcums du type plein strictement lymphoïdes. Ils étaient le plus souvent légèrement allongés et étroitement accolés à l'intestin grêle par suite du peu de développement des replis iléo-cæcaux. Le cæcum gauche était déporté vers la face ventrale tandis que le droit restait latérodorsal. Quelquefois, par suite de leur peu de développement, ils apparaissaient comme globulaires. Leurs dimensions variaient de 3 à 6 mm. environ. MAGNAN donne dans ses tableaux synoptiques des dimensions de 7 à 8 mm. pour les cæcums d’un sujet de cette espèce. D'ailleurs il en fait même un dessin au cours de son étude. Il est curieux de remarquer qu’il n’accorde pourtant pas la moindre attention à ce phénomène que constituent des cæcums lymphoïdes chez un petit échassier.

J'ai retrouvé le même fait chez T. glareola L. du moins chez les deux exemplaires que j'ai disséqués. Cet oiseau plus. petit que le précédent présente un appareil digestif beaucoup plus court ainsi que des cæcums moins développés. Dans les deux cas observés, ces deux organes étaient égaux entre eux et avaient comme dimensions 2,9 et 3,5 mm. Assez fins, ils apparaissent comme deux petites papilles cylindriques étroitement reliées à l'intestin par leur très brefs replis iléo-cæcaux et étaient tout à fait comparables à ceux de petits Passeriformes tels que Motacilla où Hirundo.

Dans cette famille des Scolopacidés nous trouvons donc des exceptions tout à fait remarquables dans le développement des cæcums, exceptions qui, si elles n'étaient pas totalement ignorées, méritaient néanmoins d’être mises bien en lumière, par une étude

plus précise et portant sur davantage d'espèces. Nous verrons quelle importance nous devons donner à de tels phénomènes qui vont directement contre la thèse traditionnelle de la corrélation de la putrition et du développement cæcal puisque, par exemple, toutes les espèces du genre Tringa ont un régime identique.

Une autre famille présentant des variations assez considérables dans le développement cæcal, est celle des Anatidés. Il est vrai que cette constatation a moins de valeur ici que dans le cas des Scolopacidés, car cette famille des Anatidés est bien moins homogène que la précédente ; néanmoins si certains phénomènes se rencontrent dans des types assez spéciaux tels que les Merginés, nous verrons quelle grande différence existe entre les cæcums des deux espèces typiques telles que Melanitta fusca (L.) et M. nigra (L.) (Fig. 28 ét29)

Nous avons déjà dit dans notre second chapitre que les Ansériformes présentaient généralement des cæcums tubuliformes avec cependant des tendances très nettes vers le type sacculé. Si, en effet les cæcums des Eiders, Somateria spectabilis (L). et S. molhssima (L.), de Spatula clypeata (L.) et même du canard domestique sont le plus souvent cylindriques et rarement boursouflés par un afflux temporaire de matières intestinales, ceux de Branta bernicla (L.) présentent d’une façon à peu près constante, des séries de boursouflures depuis presque leur base jusqu’à leur sommet.

Clangula hiemalis (L.) nous offre au contraire une transition avec les cæcums pédiculés par la formation d’une sorte d’ampoule, mal délimitée d’ailleurs, dans leur portion supérieure, tandis que leur base reste assez fine et ne contient pas de matières intestinales.

Néanmoins tous ces types de cæcums restent très proches les uns des autres et ces espèces, ainsi que d’autres voisines, présentent toute la gamme permettant de faire une transition parfaite entre la forme la plus éloignée et le type tubuliforme. D'ailleurs, il faut noter que quelles que soient les variations affectant la forme des cæcums chez les Anatidés, l'allure générale reste bien la même par suite du même mode de relation entre ces organes et l'intestin. Les replis iléo-cæcaux sont en général assez lâches et laissent toujours entièrement libre la pointe de chacun des deux cæcums. Presque

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toujours la portion intestinale comprise entre eux, étant légèrement plus grande qu’eux-mêmes, ils coupent la dernière anse.

Nous avons déjà indiqué que les Merginés, en particulier Mergus serrator L. et M. merganser L. présentaient un tableau bien différent : les cæcums par suite de leur brièveté et du grand développement des replis iléo-cæcaux s’écartent de la courbe intestinale. De plus ils ont une forme sacculée dès la base et sont assez comparables à ce point de vue à ceux de certains guillemots tels que Uria grylle L. Chez Mergus serrator L. les organes ne varient guère que de 25 à 40 mm. tandis qu'ils sont nettement plus développés chez M. merganser L. où ils atteignent jusqu’à 60 et 65 mm. pour un minimum de 40 mm. environ.

Nous retrouvons aussi cette forme de cæcums sacculés dès la base, pourtant tout à fait inhabituelle chez les Anatidés, chez Aix sponsa (L.) mais sans la disposition très spéciale que nous avons décrite chez les Merginés. Ici les cæcums, qui forment des poches assez grosses remplies mais non distendues normalement par la matière intestinale, sont situés de part et d’autre de l'intestin grêle auquel ils sont reliés par des replis iléo-cæcaux assez étroits et contrairement à ce qui se trouve chez la majorité des Anatidés, la pointe des cæcums n'est pas libre. Ils ont comme dimensions de 50 à 70 mm. d’après mes observations personnelles. MAGNAN en décrit un sujet ayant deux cæcums de 85 mm. et 93 mm.

Mais le cas le plus remarquable qui se trouve dans cette famille est, à ma connaissance, celui de Melanitta nigra (L.) (Fig. 29). En effet tandis que l'espèce si voisine M. fusca (L.) (Fig. 28) présente des cæcums tubuliformes classiques, chez elle, au contraire, on ne trouve que des cæcums lymphoïdes bien que fort développés pour ce type. GADOW signale un individu de M. fusca (L.) dont les cæcums avaient 90 et 130 mm. ce qui correspond bien aux dimensions que j'ai moi-même relevées sur les quelques individus que j'ai disséqués et pour lesquels j'ai noté des variations de développement allant de 85 à 140 mm. MAGNAN au contraire trouve des dimensions tout autres aux cæcums de cet Oiseau. Il leur donne dans ses tableaux des longueurs de 14 et 16 mm. Je ne crois pas qu'il faille expliquer ce fait par une anomalie tout à fait exceptionnelle mais plutôt par une erreur de détermination de cet auteur. Ceci est d'autant plus vraisemblable que l’espèce voisine. M. migra (L.) présente des cæcums de cette dimension et de plus la longueur qu’il nous donne pour

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l'intestin correspond elle aussi à celle que nous lui trouvons dans cette dernière espèce. En effet l'intestin qui, d’après les observations de GADOW ainsi que les miennes, varie de 2 000 à 3 000 mm. chez M. fusca (L.) n’atteint que 1 500 à 1 900 mm. chez M. nigra (L.) et justement MAGNAN trouve au tube digestif de son sujet une longueur de 1595 mm. Je crois pour mon compte que MAGNAN a eu affaire à un exemplaire de M. nigra (L.). Comment se fait-il, de toute façon, qu'il n’ait pas remarqué le fait exceptionnel de petits cæcums lymphoïdes chez un Anatidé ?

En effet, chez cette espèce, ces organes très fins, ont une allure tout à fait spéciale. Ils sont étroitement accolés à l'intestin grêle auquel ils sont reliés par des replis iléo-cæcaux à peine visibles, qui se prolongent par des striæ 1liacæ en tout point comparables à celles que nous avons notées chez les Passeriformes. Ces cæcums sont de structure purement lymphoïde et l’étroit canalicule qui les parcourt sur toute leur longueur ne contient jamais de substances en voie de digestion. En général le cæcum gauche est légèrement plus long que le droit de quelques millimètres. Je leur ai trouvé des dimensions variant de 14 à 30 mm. J'ai aussi relevé sur un exemplaire le fait tout à fait exceptionnel de décallage de niveau du cæcum droit par rapport à celui de gauche, ce dernier se trouvant 2 mm. plus près du cloaque. Tout en ne présentant pas la même fréquence que chez les Scolopacidés, les exceptions que nous avons relevées chez les Anatidés montrent bien l'extrême variabilité du développement cæcal malgré les liens étroits de parenté qui sembleraient devoir exclure toute fantaisie anatomique. Il nous reste d’ailleurs encore quelques cas très curieux à étudier.

Nous avons vu que la famille des Alcidés fournissait les types de transition entre les cæcums pleins et ceux proprement sacculés ; aussi ne reviendrons-nous pas sur les variations de ces organes dans cette famille. C'est dans celle des Laridés que je prendrai ce dernier cas que nous allons étudier. De plus il offre cette particularité d’être l'inverse des autres : dans l’ensemble les représentants des Laridés possèdent deux petits cæcums du type plein tandis que Anous stohdus (L.) présente des cæcums sacculés pédiculés.

Chez les goëlands tels que Larus argentatus Pontoppidan ou L. fuscus L. les cæcums souvent très inégaux sont étroitement accolés à l'intestin auquel ils sont reliés par des replis iléo-cæcaux brefs et à peine visibles. La plupart du temps ils ont extérieurement l'aspect

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granuleux dont nous avons eu déjà l’occasion de parler. Ces cæcums sont strictement lymphoïdes et présentent tous les caractères qui sont propres à ce type. Leur dimension dans ces deux espèces varie normalement de 10 à 15 mm., toutefois j’ai observé chez L. argentatus (Pontoppidan) deux cæcums de 6,1 mm. seulement.

J'ai trouvé le même type quoique généralement un peu plus petit chez L. ridibundus L. où ces organes variaient de 5 à 12 mm. d’après les douze exemplaires que j'ai examinés, ce qui d’ailleurs correspond bien aux dimensions que donne MAGNAN pour les vingt individus sur lesquels il a fait porter ses recherches. J'ai obtenu le même résultat environ sur L. cirocephalus Vieill., L. atricilla L. et L. canus L. Par contre les cæcums de Rissa tridactyla (L). (Fig. 27) sont nettement plus petits ; ils atteignent au maximum 7 à 8 mm. et peuvent n'avoir que 2,5 à 3 mm. Ils sont cependant en tous points comparables à ceux des vraies mouettes.

Chez la plupart des Sterninés nous trouvons aussi des cæcums tout à fait analogues. Chez Sferna hirundo L. (Fig. 25) ils atteignent 8 à 10 mm., tandis qu'ils n’ont que 2,5 à 5 mm. chez S. albifrons Pallas ; de même Chlidomas leucopareius (Temm.) présente des cæcums de 3,5 à 8 mm. tandis que C. niger (L.) n’en a que de 2 à 4 mm.

Ce qui est vraiment curieux, c'est que l'exception se trouve justement dans ce genre Anous si voisin de tous les autres Sterninés. J'ai eu entre les mains plusieurs exemplaires de Anous stohdus pileatus (Scopoli) (Fig. 26) qui me furent expédiés de la Réunion ainsi qu'un autre sujet envoyé par le Muséum de Washington où il avait été déterminé comme étant Anous stohidus unicolor et provenant de l’île de Ninafou. Sur ces différents spécimens j'ai constaté que les cæcums étaient non plus du type plein à structure lymphoïde mais sacculés avec un pédicule très net. Les replis iléo-cæcaux assez lâches ne les accolaient pas au tube digestif mais leur laissaient une certaine liberté. Contrairement aux cæcums des autres espèces de Laridés, ceux-ci étaient très irrigués selon le mode classique du type sacculé. Bref ils m'apparurent tout à fait comparables à ceux des Cuculidés ou des Coractdés.

Leurs dimensions variaient de 33 à 45 mm., le cæcum gauche étant toujours plus long de quelques millimètres que le droit. L'ampoule terminale, qui était normalement pleine de matière intestinale, occupait environ les deux cinquièmes du cæcum et avait un dia-

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mètre d'environ 5 à 6 m., alors que le pédicule n'avait à peine que 1 mm. de large. |

Ces oiseaux présentaient donc des cæcums bien développés, à fonction digestive, comme tous les cæcums sacculés, alors que les espèces qui sont les plus voisines ont des cæcums lymphoïdes. Ce fait inattendu aurait fort surpris BEDDARD (1) qui après avoir examiné un certain nombre de Sterninés nous dit qu’il croit avoir le droit de conclure, sans les avoir vus, que les genres Anous et Gygis présentaient certainement les mêmes types de cæcums que les autres | N'ayant pu moi-même me procurer des spécimens de ce dernier genre, je n’oserai m'aventurer à faire une hypothèse quelconque à leur sujet.

Pour terminer ce chapitre, il me reste à tirer une conclusion de ces exceptions nombreuses et étendues. À priori, des oiseaux ayant des liens de parenté incontestés par l’ensemble de leur anatomie ne devraient pas présenter de variante sur ce point des cæcums, et nous sommes cependant loin de constater cette homogénéité que nous étions, semble-t-1l, en droit d’escompter.

Si des familles telles que les Alcédinidés et les Méropidés si proches l’une de l’autre nous étonnent par leur différence de plan au point de vue cæcal, que dire du phénomène analogue se produisant entre différents genres de la même famille ou même différentes espèces du même genre. Nous verrons lors de notre troisième partie combien ces faits sapent par la base la théorie traditionnelle du rôle des cæcums ; mais disons de suite que les auteurs n'avaient pas, à notre avis, attaché assez d'importance à ce phénomène si curieux qui d’ailleurs leur a échappé complètement la plupart du temps. D'ailleurs les variations individuelles, qu'il nous reste à voir maintenant n'ont jamais eu non plus la place qu'elles auraient dû occuper dans les études sur ces organes.

(1) FE. BEDDARD —- A contribution to the Knowledge of the Anatomy Of Rhynchops — Proc. of the zool, soc. of London — 1806.

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