‹ Contribution a l'Étude Morphologique des Caecums dans la Série des OiseauxChapitre 13 sur 52 · Chapitre V VARIATIONS INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

Chapitre V VARIATIONS INDIVIDUELLES

Nous avons eu déjà maintes occasions, au cours des chapitres où il fut question des différents types de cæcums, de noter en passant des variations individuelles considérables à propos de ces organes. Il nous reste à préciser dans quelles limites elles peuvent s'exercer et c'est ce que nous allons essayer de traiter dans les pages qui vont suivre. |

Tout d’abord je dois dire que jamais je n’ai relevé de variations individuelles se traduisant par des cæcums d’un autre type que celui qui est normal dans l'espèce. La variation la plus considérable que j'ai pu observer consiste dans l’absence de ces organes chez des individus appartenant à une espèce où je les avais moi-même constatés auparavant. D'ailleurs en voici deux cas tels qu'ils se présentèrent à moi :

Commençons par celui des Régulidés. Il existe en France deux - espèces extrêmement voisines l’une de l’autre : Regulus regulus (L.) et À. ignicapillus (Temm.). Nous possédons des données très précises sur l’anatomie de l’appareil digestif de la première espèce grâce à l'étude approfondie qu’en a fait le Professeur GRESCHIK (1) de Budapest. Il note la présence de deux cæcums rudimentaires, de 2,34 mm. de long et les détails qu’il donne sur eux correspondent en tous points à ce que nous avons dit de ceux du type plein lymphoïde.

J'ai moi-même vérifié le fait sur neuf exemplaires et dans chacun d'eux j'ai trouvé deux cæcums minuscules, plus petits encore que ceux décrits par GRESCHIK puisqu'ils ne variaient que de 0,7 mm. à 1 mm. Ils formaient des sortes de papilles accolées de part et d'autre du tube digestif. Pour cinq de ces roitelets huppés il y avait une certaine dissymétrie dans la position de ces organes sur l'intestin,

(1) Dr GRescHIK — À sargafejü kiralyka (Regulus cristatus Koch.) taplalocsatornaja és felso gégefoje. Der Verdauungskanal und der obere Kehlkopf des gelbkopfigen Goldhahnchens (Regulus cristatus Koch.) — Budapest Aquila

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toujours en faveur du cæcum droit, qui était dans un des cas jusqu'à

1 mm. plus loin du cloaque que le gauche. Ce décalage de niveau est considérable si l’on considère les petites dimensions des cæcums et même de l'intestin qui varie de 90 à 140 mm. seulement.

Mais quel ne fut mon étonnement lorsque, ayant tué moi-même un Regulus ignicapillus (Temm.), je n’y trouvai à la dissection, malgré son état de fraîcheur absolue, aucune trace de cæcum. Je renouvelai l'expérience le lendemain et les jours suivants sur quelques exemplaires de cette même espèce, mais mes recherches, si minutieuses qu’elles fussent, n’aboutirent qu'au même résultat. Depuis j'ai fait encore de nouvelles observations mais qui me réservèrent des surprises car par deux fois je me trouvai en face de cæcums absolument identiques à ceux de l'espèce voisine. Mon premier mouvement fut de mettre en doute ma détermination qui s’avéra d’une rigoureuse exactitude dans chacun des cas, sans laisser place au moindre doute car, les deux fois, j'étais en face d'individus adultes bien caractérisés.

Pour cette espèce Regulus igmcapillus (Temm.) j'ai actuellement obtenu le résultat suivant : chez onze individus provenant de la Limagne, des Monts Dore, de Normandie, ou des environs de Paris, je n’ai pas trouvé la moindre trace de cæcums. Dans chaque cas l'oiseau fut descendu par moi-même et disséqué dès mon retour d’excursion. Je me trouvais donc dans les meilleures conditions possibles d'observation.

Dans les deux cas où j'ai trouvé de petits cæcums, j'ai fait les observations suivantes : pour le premier, un mâle tué le 28 juillet 1937 dans les bois de pins qui couvrent certains pays des environs de Saint-Nectaire, j'ai relevé les dimensions suivantes : longueur de l'intestin 88 mm. ; longueur des cæcums, 0,8 mm. le gauche étant égal au droit et tous deux situés au même niveau sur l'intestin ; longueur du gros intestin, 8,7 mm.

Le deuxième, une femelle, fut tué dans un bosquet aux portes de Paris, à Chevilly (Seine), le 28 mars 10938. Son intestin avait 85 mm. de long ; les minuscules cæcums ayant tous deux 0,5 mm. n'étaient pas situés exactement au même niveau : le droit était 0,2 mm. plus loin du cloaque que le gauche. Ils délimitaient un gros intestin de 9,3 mm. de longueur.

Dans ces deux cas, les cæcums étaient malgré leur petitesse absolument indiscutables ; dans le premier individu ils se déta-

chaient en gris clair sur le fond noir de l'intestin et sur la masse jaune de la graisse qui envahissait le meso. Chez l’autre sujet, qui avait été tué au printemps il n’y avait pas la moindre trace de graisse et les cæcums, si petits qu’ils soient, m’apparurent très nettement dès que j’eus sorti l'appareil digestif de la cavité abdominale. Ils se détachaient en blanchâtre de chaque côté de la paroi intestinale qui était, au contraire, colorée en noirâtre par les matières fécales.

Dans les onze cas où je n’ai pu trouver trace de cæcums, j'ai parfois été handicapé par l'abondance de la graisse, surtout chez les quelques sujets tués en automne ; mais, malgré cette circonstance, j'ai toujours trouvé, sans difficulté les cæcums de Regulus regulus (L.} ainsi que ceux du sujet de R. ignicapillus (Temm.) décrit précédemment ; je ne crois donc pas que ce puisse être une objection contre la valeur de mes observations. D'ailleurs chaque fois, après une première observation à l’œil nu ou à la loupe, j'ai pris encore la précaution de vérifier soigneusement cette absence de cæcum au microscope binoculaire.

Je n’ai trouvé chez aucun auteur de données sur les cæcums de cette espèce, mais d’après mes seules recherches, je crois pouvoir affirmer que Regulus ignicapillus (Temm.) présente cette particularité de ne pas avoir normalement de cæcums mais que les exceptions à cette règle sont relativement fréquentes. Dans cet ordre si homogène des Passeriformes, ce cas est évidemment des plus déroutants. J'aurais beaucoup désiré me procurer un certain nombre de représentants d’autres espèces de Régulidés en particulier parmi celles très voisines des nôtres qui vivent en Asie centrale mais je n'ai malheureusement pas abouti dans mes démarches jusqu’à présent.

J'ai rencontré un autre cas à peu près semblable dans l’ordre des Columbiformes. Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, la majorité des Columbidés présentent deux cæcums du type plein lymphoïde. Nous avons vu en particulier que les Pigeons et les Tourterelles se rangeaient parmi ceux présentant cette disposition anatomique. Or, j'ai eu l’occasion de disséquer trois individus de Séreptopelia decaocto (Frivaldsky) ; ils furent sacrifiés par leur propriétaire au début de la guerre. Ces trois oiseaux, un couple assez vieux et un de leurs enfants, adulte lui aussi, étaient en parfaite santé. Tous

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trois nés en cage étaient absolument semblables extérieurement à part les légers signes qui dans cette espèce forment des caractères sexuels secondaires. Il y avait un seul mâle et deux femelles.

Ils furent tués devant moi et je les ai disséqués immédiatement. J'eus la surprise de constater que l’une des femelles présentait des cæcums tandis que je n’ai pu en relever la moindre trace chez les deux autres sujets, malgré les plus minutieuses recherches. D'ailleurs chez le spécimen qui en possédait, ces organes étaient parfaitement visibles : le cæcum droit avait une longueur de 3,3 mm. tandis que le gauche légèrement plus développé atteignait 4,2 mm. Il y avait entre eux une certaine dissymétrie dans leur position sur l'intestin, celui de droite se trouvait selon la règle générale, un peu plus loin de l’anus que le gauche, ce décalage étant exactement de 0,6 mm. Notons encore que le gros intestin avait une longueur de 27 mm.

Ces cæcums étaient du type plein lymphoïde avec un aspect granuleux fort peu accentué. Ils présentaient toutes les caractéristiques dont nous avons longuement parlé à propos de cette sorte d’organe, tant au point de vue irrigation que pour leur relation avec l'intestin et leurs replis iléo-cæcaux.

Les deux autres Colombes à collier révélèrent une absence totale de cæcum. Et mes observations furent faites dans de telles conditions que je suis absolument certain des faits. J'avais devant moi le premier sujet en présentant et je pouvais comparer facilement. De plus aucune cause d'erreur possible : les deux oiseaux étaient d'une fraîcheur absolue ; ils étaient encore chauds. De plus il n’y avait pas la moindre parcelle de graisse le long de l'intestin ni dans le méso et rien n'aurait donc pu me cacher ces organes. Bref après un examen des plus attentif, je dus me rendre à l'évidence : absence totale de cæcum. L’intestin chez tous les deux était tout à fait normal. Il mesurait chez le mâle 450 mm. et 565 mm. chez la femelle : chez le sujet présentant des cæcums il avait une longueur de 562 mm. Le tube digestif assez long chez cette espèce comme chez tous les Columbidés est par contre assez fin ; en effet son calibre variait de 2,5 mm. à 3 mm. seulement.

N'ayant vu que trois individus de Streptopelia decaocto (Frivaldsky) je ne puis dire quelle est la règle générale à propos de la présence ou de l'absence des cæcums. Il faudrait en voir en grand nombre pour pouvoir conclure à ce sujet. Néanmoins il reste que

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