CHAPITRE V, Acide hypophosphorique
En 1877, Salzer (2) montra que le liquide sirupeux qui se forme quand on abandonne des baguettes de phosphore à l’air humide n’était pas uniquement constitué, comme on le croyait, d’acide phosphorique et d'acide phosphoreux; il renfermait en outre un nouvel acide oxygéné du phosphore : l'acide hypophosphorique.
Joly indiqua (?) le procédé classique de préparation qui consiste à disposer, dans de petits flacons, des bâtons de phosphore en croix, immergés jusqu’au-dessus du point de croisement. Bansa (?) dispose verticalement une série de bâtons de phosphore ne se touchant pas et plongés en partie dans l’eau; il les élève à mesure qu’ils s’usent. Ces modes opératoires, sans présenter d’exceptionnelles difficultés, sont d’une manipulation laborieuse et surtout peu rapide, L’oxydation porte, en effet, principalement sur les parties du phosphore situées au voisinage de l’eau, done sur une surface faible.
Nous avons indiqué, en collaboration avec M. Cavalier (*) un procédé dans lequel on active la préparation en augmentant la surface de contact avec l’eau.
(!) Sazzer, Liebig’s Ann,,t CLXXX VII, p. 322.
(?) Jory, Comptes rendus, t. CI, 1885, p. ror.
(3) Baxsa, Zeit. f. anorg. Ch., t. VI, 1894, p. 132.
(+) Cavarrer et Cornec, Bull. Soc. chim., 4° série, t, V, 1909, p. 1058,
Dans une cuvette photographique, des baguettes de verre sont disposées horizontalement; leur stabilité se trouve assurée par le damier formant le fond de la cuvette. Sur ce premier rang et transversalement, nous disposons une série alternée de bâtons de phosphore (tels que ceux livrés par le commerce) et de baguettes de verre; celles-ci ayant pour but d'empêcher le contact, donc l’inflammation. L'eau est versée dans la cuvette de façon à couvrir à moitié les bâtons de phosphore.
Pour modérer l’arrivée de l’air et maintenir les vapeurs d’anhydrides au contact de l’eau, la cuvette est recouverte d’une plaque de verre avec un cadre d’ouate eomme intermédiaire, l’air pénètre lentement en filtrant à travers l’ouate.
Dans ces conditions, l’oxydation est particulièrement active, surtout au début; si la température s'élève au point de faire craindre la fusion du phosphore, on peut placer un bloc de glace sur la plaque de verre.
La liqueur acide est neutralisée, comme dans les autres” procédés, par du carbonate de sodium ou mieux de la soude en présence de méthylorange. Peu soluble, le sel acide de sodium se dépose. En remplaçant dans la préparation l’eau par une solution d’acétate de sodium, on obtient directement la cristallisation du sel acide dans la cuvette. He
Ce sel cristallise fort bien; il est très facile à reconnaître, les tables monocliniques se présentent presque toujours maclées.
- L'opération est plus simple et surtout beaucoup plus rapide que par les autres procédés. C’est ce qui ressort de la comparaison des résultats suivants qui se rapportent : la série I à la méthode Bansa, la série IT à des expériences faites dans une cuvette photographique. Dans les deux cas, on a opéré avec des bâtons de phosphore de mêmes dimensions ; l'oxydation était poussée jusqu’à disparition
90 E. CORNEC.
presque complète; les deux séries ont donc été conduites dans des conditions comparables.