INTRODUCTION
Le pouvoir inducteur spécifique (p. i. s.) ne figure pas parmi les nombreuses propriétés physiques dont la variation est couramment utilisée par les chimistes pour déceler des réactions entre deux corps en solution.
Ce fait ne surprend pas si l’on se souvient que cette propriété physique est mal définie parce que fonction de nombreuses variables, et que sa mesure est délicate et nécessite une installation peu commune.
Cependant, l’usage en chimie du p. i. s. doit être fécond. En effet, si deux molécules polaires sont introduites dans un solvant non ionisant et si ces deux molécules peuvent se combiner, la répartition des charges doit être différente dans l'édifice correspondant au composé d’addition et dans le groupement formé par les deux molécules primitives voisinant. Par suite, le moment électrique doit être modifié, ce
qui se traduira par une variation du p. i. s. )‘
Cette éventualité exclut l'usage de l’eau, solvant à grand pouvoir ionisant, et conduit à utiliser des solvants organiques à faible p. 1. s. : benzène, éther, tétrachlorure de carbone, cyclohexane, sulfure de carbone. L'emploi de solvants organiques aura de plus l'avantage de faire rencontrer des composés dont l'existence est incompatible avec la présence d'humidité.
Les méthodes de mesure du p. 1. s. élaborées par les physiciens sont déjà nombreuses (!). Leurs principes sont très divers : méthodes des capacités (définition du p.1i.s. de Faraday), méthodes des forces (formule de Coulomb), méthodes des vitesses (théorie électromagnétique de Maxwell), méthodes de pont (Nernst) et enfin, méthodes de résonance et méthodes hétérodynes.
Les méthodes modernes permettent des mesures très précises qui ne sont généralement faites qu'en vue de déterminer un p.i.s. pour des buts théoriques. Elles restent en général à l'usage des physiciens et aucune n’a sa place dans ua laboratoire de chimie. e
J'ai utilisé le principe du pont de Nernst qui nécessite l'installation la plus simple et, par suite, la plus accessible au chimiste.
Nernst employait comme détecteur un téléphone ; J'utilise un galvanomètre, d'où nécessité de redresser le courant de détection. De plus, le vibreur de Nernst, dont le courant est très irrégulier et qui devient inutilisable avec le galvanomètre, est remplacé par un générateur d'oscillations entretenues.
L'emploi du galvanomètre élimine l'équation personnelle, qui est considérable avec le téléphone, et permet, comme nous le verrons, d'utiliser une méthode graphique qui détermine l'équilibre du pont d'une manière très précise.
{'} Je publierai prochainement une monographie sur les méthodes de mesure du p.i. s.
La méthode ainsi modifiée a fait l'objet d'une publication de A. Chrétien (1}(!).
J'ai perfectionné progressivement les différents organes de l'installation primitive de manière à rendre les mesures plus commodes, et à augmenter la précision des résultats. En particulier, j'ai remplacé l’oscillateur à couplage serré par un générateur d'ondes sinusoïdales, et le condensateur étalonné par un condensateur à variation rectiligne de capacité. De plus, j'ai introduit un système de compensation très utile qui étend considérablement le champ d'application de la méthode.
A l’aide de cette méthode, j'ai recherché les combinaisons formées par deux corps organiques mis en solution dans un même solvant organique.
On suit, par la méthode des variations dites continues, le p.1i.s. du mélange en proportions variables des deux solutions primitives.
Cette étude est limitée à la recherche de caractères acides ou de caractères basiques. Une partie des résultats obtenus a fait l’objet de trois notes aux comptes rendus (84) (85) (86).
Ce travail a été effectué entièrement au laboratoire de M. À. Chrétien, Maître de Conférences de Chimie Minérale à la Faculté des Sciences de Strasbourg.
M. Chrétien a inspiré et suivi mes recherches avec un intérêt constant sans me ménager ses judicieuses critiques. Je suis heureux de lui exprimer mon affectueuse reconnaissance.
J'ai bénéficié d’une aide matérielle comme Boursier d'Etat d’abord, puis comme Boursier de la Caisse nationale de la recherche scientifique. Je prie tous ceux qui ont ainsi contribué à faciliter mes efforts de trouver ici l’assurance de toute ma gratitude.
Je prie MM. les membres de la commission d'examen d’agréer l'expression de mes vifs remerciements pour l'honneur qu'ils m'ont fait en acceptant de faire partie du jury.
(‘) Toutes les références sont rassemblées à la fin du mémoire, p. 86.