‹ Contribution à l'étude physio-clinique du phénomène de la roue dentéeChapitre 19 sur 24 · CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ill

Mécanisme et physiclogie du phénomène

On a vu dans notre premier chapitre comment C. et F. Negro concevaient la physiologie du phénomène parkinsonien : une altération musculaire et nerveuse avait comme conséquence de provoquer un état de rigidité sarcoplasmatique. On ne peut admettre cette hypothèse qui n’expliquerait pas que rigidité et roue dentée, chez le parkinsonien, varient avec les plus légères variantes de l'attitude.

D’après la conception classique actuelle ,la rigidité parkinsonienne est un état d’hypertonie. Ch. Foix (1) dans son étude du tonus et des contractures, donne de l’hypertonie une définition qui peut se résumer ainsi : c’est un état de contraction réflexe, soutenue et caractérisée par l’absence de fatigue, de dégagement de chaleur, de son et de phénomènes électriques qui caractérisent la contraction volontaire.

Nous nous bornerons à faire remarquer que la rigidité parkinsonienne est infiniment variable, que la lassitude est un état semi-permanent pour le parkinsonien, que l’état parkinsonien s'accompagne d’une

(1) Ch, Foix. — Sur le tonus et les contractures., (Revue Neurol. 1924, t, 2, pp. 1-22),

De

élévation du métabolisme banal (1) témoignant d’un travail musculaire excessif, de la présence d’acidose (2). Plusieurs auteurs ont signalé, enfin, une élévation de la température périphérique au niveau des muscles rigides du parkinsonien (Charcot, Gowers, Grasset, Appolinario, Souques).

Devant ces faits, il est vraiment difficile de faire de la rigidité une hypertonie, si toutefois on admet qu’il y a antogonisme entre la notion d’hypertonie et Ja notion de fatigue. Quoiqu'il en soit, la rigidité parkinsonienne s'apparente à la contraction dynamique. C’est un fait.

D'ailleurs, il ne peut être question, dans les états divers que nous avons étudiés, de recourir à l’hypertonie pour comprendre les phénomènes de rigidité et de roue dentée, et encore moins à l'hypothèse d’une altération musculaire et nerveuse.

— Le grand parkinsonien totalement soudé qui, malgré ses efforts, ne peut maintenir une statique verticale et se penche en avant jusqu’à l’angle droit ; le même malade qui ne peut se mouvoir le tronc fléchi qu’en courant après son centre de gravité, ne fait-il pas penser, a priori, que les troubles dont il souffre sont une conséquence d’une perturbation de sa statique. L’observateur en devient plus convaineu quand il s'aperçoit que les troubles parkinsoniens

(1) J. FROMENT, VELLUZ et Ml RoucHé. — Tonus de posture et métabolisme musculaire. (Journ. méd. de Lyon, 20 juin 1928).

(2) J. FROMENT et VELLUZ. — L'état parkinsonien ne serait-il pas générateur d’acidose ? (Revue Neurol,; 1926, t. 2, pp. 434-H40),

FEES TEE

(tremblement, rigidité et roue dentée) sont fonction des attitudes. Le Professeur Froment avait fait cette hypothèse de travail il y a quatre ans et depuis, aucun fait nouveau, aucune constatation nouvelle ne purent la détruire. Bien au contraire, toutes les constatations faites depuis n’ont pu que la renforcer.

Mais pour comprendre le problème que nous proposons, ne faudrait-il pas avoir quelques notions sur le mécanisme fort complexe de la statique normale ? Dans sa leçon inaugurale du cours de pathologie interne, le Professeur Froment disait : «..lPéquilibre de bout en station comme en marche dépeud de synergies musculaires multiples et variables, dont seules les prédominantes ont une relative contance.

….L’homme qui, debout, croit rester immobile, présente d’ailleurs d’incessantes oscillations, elles sont même d’assez grande amplitude quand les pieds sont accolés et les yeux fermés. C’est pour cette raison que le photographe met un tuteur derrière la tête de celui que, même assis, il fait longuement poser. Pour ce juge sévère et impartial qu'est la Plaque photographique, il n’est pas d'homme bien équilibré, s’il n’est convenablement étayé. Ces oscillations sont les péripéties de cette lutte contre la pesanteur qui ne laisse aucun répit à l’homme debout, fut-il en position dite normale et bien équilibrée. Ce prétendu équilibre n’est que la somme algébrique d’un nombre infini de déséquilibres aussitôt corrigés par l’intervention des systèmes musculaires requis... »

D'autre part, des recherches chimiques montrent que l'individu debout, immobile, provoque une élé-

NL

vation du coefficient de Maillard-Lanzenberg (1). Cette production de déchets acides montre qu'il y a bien travail musculaire.

On est donc bien conduit à admettre que la station debout, même en position normale et bien équilibrée, implique de constantes contractions musculaires. Comme l’a dit ailleurs M. Froment (2), la station debout, immobile, est une micro-cinétique.

— L'homme normal doit donc, pour garder son équilibre, avoir recours à des efforts statiques involontaires et inconscients que l’on dénomme, tonus de postures, Pour Sherrington, tonus et contraction musculaire ne sont pas en opposition. II n’y a entre eux que des différences de degré telles que métabolisme musculaire, phénomènes acoustiques et électriques.

« Le tonus est, pour l'école de Sherrington, l’état musculaire qui est lié à la posture, c’est-à-dire au maintien de la statique ; il varie avec chaque attitude comme s'il se réglait sur l'effort à fournir. »

F. Bremer (3) dans son article récent se rallie, semble-t-il, à la conception de Sherrington. Bremer, lui aussi, accepte l’hypohèse unitaire du tonus et de la contraction et interprète le tonus postural comme un

tétanos partiel du muscle.

(1) J. FROMENT, VELLUZ et Mi RoucHé. — Tonus de posture et métabolisme musculaire. (Journ. méd. de Lyon, 20 juin 1928).

(2) J. FRoMExT et DuBouLoz. — Attitudes debout. — Tonus de postures et réflexes statiques. (Journ. Méd. de Lyon, 5 mai 1929, p. 304).

(3) F. BReINER. — Le tonus musculaire et le mécanisme réflexe de la station debout. (Revue de l'Univers. de Bruæxelle, 1928-29, n°2),

— L'homme normal pour sauvegarder le maintien de sa statique, a donc un jeu variable de contractions réflexes qui apparaîtront instantanément dans tous les cas où l’équilibre sera compromis. Ce tonus, qu’il s'agisse de statique a minima ou de statique renforcée, est commandée par un jeu de réflexes très riche; et fort complexes. Et tout se passe comme s’il y avait deux groupes de mécanismes statiques indépendants ct jumelés, un pour chaque côté (1). Comment expliquerait-on, en effet, autrement, la station à clochcpied et même la station debout immobile avec des attitudes hanchées. WE:

— Ch. Foix (2), dans son étude sur le tonus, établissait une distinction nette entre le tonus de posture local ou tonus proprement dit, et le tonus de posture général ou tonus d’attitude. Cependant les constatations faites sur le normal ne semblent pas permettre cette distinction entre tonus local et tonus général. En effet, le normal en risque de chute ne réquisitionne-t-il pas ses membres qui se figent instantanément ? D'ailleurs Sherrington admet cette conception de l’unité des tonus.

Delmas-Marsalet (3), qui a étudié les réflexes de posture local chez le parkinsonien, écrit : « Au

(4 J. FRoMENT. —- L'homme debout. (Revue de l’Université de Lyon, mars 1928).

(2) Ch. Foix. — Sur le tonus et les contractures. (Revue Neurol., 1924, t. 2, pp. 1-22). .

(3) P. DELMAS-MARSALET. — Les réflexes de posture élémentaire. — Etude physio-dlinique (Paris, Masson, 1927). Variations des réflexes de posture élémentaire, en fonction de l'attitude générale du parkinsonien, (Revue Neurol., 1927, t. 2, pp. 658-664).

Page 1