Entraîne-moi ! Gourons vite
Le roi m'emmènerait-il dans son harem, C'estavec toi que nous nous livrerions à la joie. Strophe : Prisons ton amour plus que le vin !
On t'aime si sincèrement !
Tout ce passage est un des plus difficiles. J'ai adopté la décomposition qui m'a paru la plus simple, mais je reconnais que Ton pourrait en proposer d'autres.
Cette profusion de parfums est tout à fait naturelle, si on admet l'hypothèse d'un poème bucolique ; on sait que le charme des pays montagneux réside, en partie, dans l'intensité et la suavité des odeurs du soir et du matin.
La Sulamite déclare qu'elle aime mieux sa montagne que le harem du roi, idée qui reviendra à plusieurs reprises, sous plusieurs formes, pour exprimer la supériorité de la vie champêtre comparée au luxe des grandes villes.
Le poète obtient un effet très piquant en faisant chanter par la Sulamite sa propre beauté. Gela serait tout à fait ri-
dicule dans un drame ; cette combinaison est ici une heureuse inspiration. C'est là un exemple de l'antislrophe.
5. Je suis bru nette, Mais je suis jolie, Filles de Jérusalem !
Gomme les tentes de Qédar, Comme les tapis de Salomon.
6. Ne regardez pas à mon teint si noir, C'est le soleil qui m'a brûlée.
Les fils de ma mère, peu charitables, M'ont envoyée garder leurs vignes ; Ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée !
Lé. parallélisme dans le cinquième verset doit être établi de la manière suivante : « Je suis noire comme les tentes de Qédar, je suis jolie comme les tapis de Salomon. »
Les tentes des Bédouins, en poil de chameau, sont l'étoffe la plus grossière de l'Orient ; les tapis de Salomon représentent l'étoffe la plus fine et la plus riche. Les filles de Jérusalem sont introduites ici pour symboliser la grande ville, avec son luxe et ses brillants plaisirs.
Le sixième verset a égaré la plupart des critiques. Ils ont voulu voir dans la vigne une image erotique, sur laquelle il ne convient pas d'insister. Il est tout simple, au contraire, de comprendre la pensée du poète. Le campagnard, depuis des siècles, se plaint d'être traité comme un enfant déshérité ; il fait vivre ses frères de la ville, dont il est méprisé. La nymphe des champs travaille en plein soleil, elle ne peut pas garder son bien 1 , qui est sa beauté, tout occupée qu'elle est à nourrir ses frères. Il n'est pas question de mère dans le sens réel. Pourquoi dirait-elle les fils de ma
1. Symbolisé par la vigne, principale richesse des paysans israélites.
mère, au lieu des fils de mon père? La mère commune est tout simplement la Palestine.
Le septième verset est une métastrophe et le huitième une strophe, qui sont unies par un parallélisme plein de grâce.
Métastrophe: 7. Dis-moi, toi que mon cœur chérit,
Où mènes-tu paître tes brebis?
Où les fais-tu reposer à midi ?
Pour que je ne sois pas comme égarée,
Entre les troupeaux de tes compagnons.
Strophe : 8. Si tu ne le sais toi môme,
toi, la plus belle des femmes !
Va toujours sur la trace des moutons,
Et fais paître tes chèvres
Près des cabanes des bergers.
Ces vers, entendus comme une conversation réelle, perdent tout leur charme: ils forment un singulier contraste avec la passion qui semble déborder quelques lignes plus haut. Le dialogue est apparent et résulte du désir d'établir au parallélisme.
La strophe se continue par les versets neuf, dix, onze, où le poète chante la beauté de la nymphe, qu'il compare à une cavale, puis elle se termine parle verset douze.
12. Pendant que le roi est à son festin, Mon nard exhale son parfum 1 .
Métastrophe : 13. Mon bien-aimé est comme le sachet de myrrhe
Qui repose sur mon sein.
14. Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène Du jardin d'En-Geddi.
Strophe : 45. Tu es belle, mon amie, oui, tu es belle !
Tes yeux sont des colombes.