Il me conduit à son cellier
L'amour étend sur moi sa bannière.
5. Rafraîchissez-moi avec des gâteaux de raisin, Avec des coings restaurez-moi !
Car je meurs d'amour.
6. Sa gauche sous ma tête, sa droite m'embrasse. Strophe : 7. Je vous conjure, filles de Jérusalem,
Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas mon amour Avant qu'elle le veuille 1
Si Ton admet un dialogue, il faut reconnaître qu'il est médiocrement conduit. Je ne connais rien de plus misérable que les dialogues à phrases parallèles.
Corneille, sacrifiant au goût du temps, a quelquefois introduit cette forme dans ses drames ; pour peu que la pensée héroïque faiblisse un instant, on est fatigué de ce cliquetis de mots. Si des amants s'entretiennent sur ce ton, ils peuvent rendre des points aux faiseurs de poésies galantes, du temps des précieuses.
Le choix des images laisse beaucoup à désirer, si l'on suppose un poëme erotique. Comparer un homme à un sachet parfumé est assez puéril, pour ne pas dire niais. Les
amants insistent trop aux versets 16 et 17 sur leur vie en plein champ ; cela ne peut guère être interprété que d'une manière licencieuse. La comparaison de ramant avec le cognassier serait d'une préciosité réussie.
L'interprétation, purement bucolique, ne présente pas de difficultés ; le poète chante les parfums des champs, le plaisir qu'il a à se coucher sur le gazon, dans la forêt de cèdres, à ramasser les narcisses du Saron et les lis dans la prairie, à s'asseoir au pied d'un cognassier. Il va à son cellier, lieu de rendez-vous habituel dans les pays de vignobles : il y mange les friandises dont étaient gourmands les paysans israélites ; il est heureux : le sommeil le tient dans ses bras. Telle est la paraphrase prosaïque de ce grand morceau. On peut préférer une description virgilienne à la poésie de notre auteur, mais il ne faut pas oublier que c'est de la poésie lyrique extrêmement raffinée et destinée à être chantée. Il n'est pas nécessaire d'être très fort musicien pour voir quels effets, pleins de grâce, on obtient par ce mélange de voix, ce passage rapide d'une idée à une autre.
La strophe, qui termine le premier chant, semble incompréhensible dans un poème erotique. On aurait le droit d'être surpris de l'absence absolue de goût du poète. Je comprends la chose tout autrement. Le poète, s'adressant à la ville, lui demande de ne pas venir troubler le repos de sa campagne. Tout cela est parfaitement naturel et l'expression est pleine* de grâce : il y a une opposition bien trouvée entre les gazelles et les filles de Jérusalem.
IV. Deuxième chant . — La jeune fille à la recherche du bien-aimé. — La maison de la mère. — Troisième chant. — Le cortège royal. — La beauté de la Sulamite. — L'épouse-sœur. — Deuxième éloge de la Sularaite.
Le deuxième chant commence au huitième verset du chapitre II et finit au cinquième du chapitre III; il comprend quinze versets ; il se termine, comme le premier, par la strophe aux filles de Jérusalem.
Les quatorze premiers versets forment une longue et belle métastrophe. La chanteuse célèbre le retour du printemps : les fleurs se montrent, le temps des chansons est arrivé, les chacals ravagent les vignes, on les poursuit. Son bien-aimé l'appelle pour aller aux champs ; une nuit elle est sortie pour le chercher; elle a parcouru la ville; elle Ta rencontré près des remparts ; maintenant elle s'attache à ses pas, elle le conduira dans la maison de sa mère.
Tout cela est d'une légèreté charmante; toute la grâce s'évanouit si on veut matérialiser les images. Il semble un instant que le jeune homme vient sous les fenêtres de la Sulamite pour l'appeler; puis il disparaît, sans qu'on sache pourquoi (II, 10-15).
La jeune fille répond àl'appel de son amant par ces vers, qui n'ont aucune valeur dans l'hypothèse d'un poème erotique :