‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 34 sur 74 · Jean. XII · texte numérisé non relu

Jean. XII

cela aurait été cependant très facile, quiequ'il n'y avait, sur cette question, que des opinions plus ou moins fondées et, par suite, fort divergentes.

On pourrait se demander si les Juifs n'auraient pas cherché à créer un incident d'audience, en faisant avouer à Jésus qu'il est Fils de Dieu, c'est-à-dire en le faisant blasphémer suivant leurs idées. Cela n'est pas admissible, car on ne voit pas que la moindre émotion suive la déclaration de Jésus ; on ne parle pas de blasphème et devant Pilate il n'est pas question un instant de toute cette affaire.

Mathieu et Marc suivent une tradition assez différente de celle de Luc. Le grand-prêtre se lève et dit : « Es-tu le » Christ, le Fils de Celui qui est béni ? » (Marc. XIV, 61) ou bien « Je t'adjure, au nom du Dieu vivant, que tu nous » dises si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » (Mathieu. XXVI, 63). On doit remarquer que la formule employée par Mathieu est inadmissible. Cette interrogation solennelle n'aurait pu, à cette époque, se faire en ces termes. Marc remplace le mot Dieu par Celui qui est béni y ce qui est plus vraisemblable.

H y a accord sur le fond, Caïphe pose à Jésus deux questions en une seule ; il lui demande s'il est le Messie et s'il est le Fils de Dieu. Pour nos auteurs, comme pour Luc, cette jonction de deux idées, bien différentes cependant, parait toute naturelle. Caïphe aurait-il cherché à poser une question captieuse? C'est peu probable. Il aurait pris des précautions pour ne pas être accusé de croire que le Messie est Fils de Dieu, ce qui n'eût pas manqué d'amener des protestations de la part des auditeurs.

La réponse de Jésus n'est pas identique dans les deux

auteurs. Marc lui fait dire : « Je le suis », et Mathieu : « C'est » toi qui le dis. » Cette différence suffirait à montrer que Marc n'a pu emprunter son récit à Mathieu. Suivant certains docteurs, ce furent les prêtres qui déclarèrent Jésus Messie, par la force prophétique que leur attribuait la doctrine juive f . Dans le milieu où vivait Marc, on n'attachait, sans doute, pas grande importance à ce détail.

Jésus aurait ajouté : « Vous verrez le Fils de l'homme » assis à la droite delà Toute-puissance et venant avec les » nuées du ciel. » Alors tout le monde de s'écrier qu'il a blasphémé, les prêtres déchirent leurs vêtements. On s'est demandé où était le blasphème : la phrase relative au Fils de r homme rappelle tellement Daniel qu'elle semble avoir été presque copiée. Daniel avait dit : « Sur la nuée du ciel » arriva quelqu'un de semblable au Fils de l'homme ; il » se dirigea vers l'ancien des jours et on l'amena devant » lui. » Cette prédiction messianique était bien à sa place. Dès cette époque, Daniel jouissait d'une grande autorité dans les synagogues.

Le blasphème a consisté à se déclarer Fils de Dieu ; le blasphème n'est pas entendu au sens juif, mais au sens chrétien. Caïphe a, jusqu'ici, accepté l'identification des expressions Christ et Fils de Dieu. Les deux premiers Évangélistes se placent sur le même terrain que Luc. 11 suffit que l'accusé se déclare le Messie ; sa prétention constitue sûrement un blasphème abominable; on n'a pas besoin d'aller plus loin.

On le déclare passible de la peine de mort ; les juges le frappent et l'insultent. H n'est pas douteux, d'après le texte,

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