Comparer Jean, XI
que ces voies de fait sont imputées aux dignitaires du conseil, qui vient de siéger, sous la présidence du grand-prêtre. Cela suffirait pour montrer qu'il ne s'agit pas ici du Sanhédrin.
On a vu des conciles, justement flétris, se déshonorer par des vilenies de ce genre ; mais ces actes abominables étaient commis par des moines grossiers et non par des docteurs. D'après Luc, les insultes avaient précédé l'assemblée et étaient le lait des valets. Jean a conservé le souvenir d'un soufflet donné par un domestique du grand-prêtre : les Synoptiques ont perdu la tradition .
III. Jésus devant Pilate. — Incohérence de la tradition synoptique. — La flagellation. — Ilérode. — La femme de Pilate.
Luc (XXIII, 2) dit qu'on accusa Jésus, devant Pilate, d'avoir cherché à débaucher le peuple et de l'avoir engagé à ne pas payer l'impôt. On ne présenta d'ailleurs aucune preuve, aucun témoin.
Aucun des Synoptiques ne parle plus de ce qui s'est passé durant la nuit et de la décision du Sanhédrin.
Pilate demande à Jésus s'il est le roi des Juifs ; Jésus répond : « C'est toi qui le dis » ; mais les Synoptiques ne font pas "mention de l'interprétation, purement symbolique, que Jésus, d'après Jean, donne à ses paroles. En tout cas, il y a accord, entre les quatre Évangélistes, sur un point : l'accusationfut uniquement portée sur le terrain politique.
Pilate offre aux Juifs de relâcher un prisonnier : il leur donne le choix entre Jésus et Barabbas. Les formules tra-
ditionnelles sont différentes: Mathieu lui fait dire : « Voulez- » yous que je relâche Barabbas ou Jésus dit Christ? » Marc : « Voulez-vous que je relâche le roi das Juifs ? » On se demande comment Pilate savait que Jésus était le Christ ; mais Qu est bien plus surpris encore quand on voit le magistrat s'adresser au peuple pour savoir ce qu'il doit foire du prisonnier et plaider vraiment sa cause: « Quel » mala-t-il fait? » Le peuple demande la mort à grands cris; le procurateur livre alors Jésus pour être crucifié ; d'après Luc, il prononce un arrêt conforme au désir du peuple.
Tous ces récits sont loin de valoir celui du quatrième Évangile, au point de vue delà vraisemblance. La tradition est devenue obscure, les écrivains font effort pour relier les diverses parties : il semble qu'ils s'aident de souvenirs personnels. Ils ont assisté à des émeutes païennes et ils s'imaginent les choses d'après ce type.
La conduite de Pilate est incompréhensible, il se montre presque sentimental. Sa faiblesse n'a pas d'excuse, ou, du moins, on n'en trouve pas dans le récit.
Après la condamnation, Jésus est flagellé ; on lui met la couronne d'épines elle manteau de pourpre ; on l'insulte. Presque tous les commentateurs admettent que la flagellation était le préambule nécessaire du supplice. Je ne le crois pas : il est question plusieurs fois dans Josèphe de crucifixion et l'auteur ajoute que les victimes furent frappées de verges. La manière dont il parle semble montrer qu'il regardait cette peine comme un supplément cruel et ignominieux.
Puisque Ponce-Pilate était animé de sentiments bienveillants pour Jésus [d'après les Synoptiques], il aurait dû
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dispenser la victime de ce supplément de supplice. Je ne peux J>as admettre qu'il eût permis aux soldats de se livrer à des plaisanteries stupides sur le dos d'un malheureux, qu'il avait été obligé de condamner à mort malgré lui.
Luc possède une tradition particulière : Pilate aurait renvoyé Jésus devant Hérôde pour le juger, parce que Jésus était Galiléen. On ne comprend pas pourquoi lé drame ne se termine pas devant le tétrarque. D'après Luc, ce serait chez Hérode qu'aurait été faite la bouffonnerie du manteau de pourpre (XXlII, 4-U). Cette intervention d'Hérode est assez singulière ; Luc avait là-dessus une opinion bien arrêtée, car il y revient dans les Actes (IV, 27).
Êetit-être faut-il rattacher cette tradition au système de parallélisme qu'on a voulu établir entre le Maître et quelques disciples importants. Ces similitudes sont surtout remarquables pour Paul et n'ont pas été assez examinées.
Paul ayant èomparu devant un procuratenr et un tiférode, Jésus subit le même sort dans l'Évangile de Luc. Cet auteur a beaucoup puisé aux sources panliniennes.
Quant à Mathieu, H possède une légende tout à fait spéciale : la femme de Pilate hrtervient en farveur de Jésus. Pilate, ne pouvant délivrer Jésus, se lave les mains et dit : « Je ne suis pas responsable de ce sang, c'est à vous d'y » regarder ». Le peuple répond : « Que son sang retombe » sur nous et sur nos enfâftffs. »
Cette tradition provient, sans doute, d'un rapprochement opéré entre le procès dé Jéstis ef cehri de quelque martyr : Mathieu * teàu à reftdté le ftii/ple Juif oàtotox.
Le procurateur résidait à Césarée; il ne venait à Jérusalem que pour le service. Durant ces dures corvées, il était conime
en exil; on ne peut croire qu'il eût amené sa femme, celleci n'aurait pas trouvé à Jérusalem les commodités de l'existence, devenues indispensables à une dame romaine. Notre auteur vivait à une époque où Ton n'hésitait déjà plus à rendre tout le peuple juif responsable de la mort de Jésus ; les haines étaient déjà allumées dans le cœur des chrétiens contre les déicides, et Mathieu a traduit l'opinion de ses contemporains .
En définitive, le récit des Synoptiques ne présente pas le caractère d'une tradition bien coordonnée; chaque auteur suit un système basé sur une idée à priori. M. Renan, parlant des Actes des Apôtres, dit que & Luc est le fondateur de » cette éternelle fiction qu'on appelle l'histoire ecclésias- » tique, avec sa fadeur, son habitude d'adoucir les angles, » ses tours niaisement béats. »
11 est très essentiel de remarquer ici que, d après le quatrième Évangile, la responsabilité retombe sur le parti d'Hannan. D'après les Synoptiques, elle est reportée sur toute la nation, sans que l'on comprenne bien les motifs qu'avaient les Juifs pour demander la mort de Jésus, après l'avoir acclamé quelques jours avant.
V. La prédication de Saint Pierre à la Pentecôte. — Saint Pierre et Saint Jean devant le Conseil de Caïphe. — Les miracles et les actes de sorcellerie. — L'opinion de Gamaliel. — Le Sénat juif.
Après la mort de Jésus, les disciples furent souvent en
but aux persécutions des Juifs; ces premiers procès sont très importants.
Le jour de la Pentecôte, Pierre fait un sermon aux gens
de Jérusalem. Il leur parle de Jésus et dit: « Jésus de Na- » zareth, un homme légitimé auprès de vous, de la part de » Dieu, par des miracles, des prodiges et des signes, que » Dieu a opérés par lui. - ., vous l'avez livré, suivant le conseil » et la volonté prédéterminée de Dieu, et vous l'avez fait » mourir, en le crucifiant par la main des infidèles. » Interprétant ensuite le psaume XVI, il soutient que David a prédit la résurrection du Christ et que Jésus est Christ; il ajoute : « Élevé par la Droite de Dieu et ayant reçu du Père » le Saint-Esprit promis, il Ta répandu comme vous le » voyez. » (Actes II, 22-36).
Pierre n'impute aucun crime aux Juifs, il ne leur dit pas de se repentir du sang versé ; il les engage seulement à se faire baptiser et il leur promet le Saint-Esprit.
Peu de jours après (Actes. III, i 2-26), le même apôtre proche au Temple. Il dit que les Juifs ont « renié le Saint, le » Juste..., qu'ils ont fait tuer l'auteur de la vie, que Dieu a » ressuscité des morts... Or, mes frères, je sais bien que vous » avez agi par ignorance, de même que vos magistrats. » Il les engage à se convertir, pour que Dieu puisse envoyer Jésus « que le ciel doit recevoir jusqu'au jour du rétablisse- » ment de toute chose, dont Dieu a parlé jadis, par labou- » che de tous les prophètes. » Le chef de la garde du Temple survient, avec des prêtres et des sadducéens ; il arrête Pierre et Jean, qui sont jetés en prison. Le lendemain, se tient une assemblée de magistrats, docteurs et anciens où assistent Hannan et Caïphe.
Devant cette assemblée, Pierre et Jean sont invités à ex*
pliquer comment ils ont guéri un boiteux. Pierre déclare que le miracle a eu lieu au nom de Jésus, crucifié par eux,
et que par ce nom seul les hommes peuvent être sauvés. (Actes. IV, 10-12). Voyant l'assurance des apôtres, les magistrats les relâchent après leur avoir défendu de prêcher le nom de Jésus.
Ce premier procès est fécond en renseignements. Pierre est appelé à justifier son miracle et sa doctrine. Les doc* teurs juifs n'attachaient pas au miracle l'importance théologique que lui atlribueut les chrétiens; le Talmud renferme à ce sujet de curieuses légendes bien connues. Luc, tout au contraire, croit que la guérison du boiteux paraissait aux rabbins un argument sans réplique.
On trouve une tout autre conception dans Jean (IX): un aveugle-né, guéri par Jésus, est interrogé par des docteurs et ceux-ci, loin de croire à la mission du guérisseur, chassent le guéri en l'accusant d'être « né tout entier dans le » péché ».
Toutes les religions ont distingué les miracles venant de Dieu et les prodiges suscités par les démons. La Bible avait habitué, de vieille date, les Juifs à cette distinction. Jésus avait été accusé, autrefois, de chasser les démons par le noot de Belzébuth (Mathieu. XII, 24. Marc. IH, 22. Luc. XI, 15).
L'objection de sorcellerie aurait dû être posée, puisque l'apôtre déclare le miracle fait au nom de Jésus crucifié. Le jour de la Pentecôte n'était pas tellement éloigné qu'on eftt oublié son sermon. Lorsqu'il avait été arrêté, il avait formellement déclaré que Jésus siégeait dme le etel et était le Messie promis. Dans cette assemblée étaient Hannan et Caîphe, qui savaient, mieux que personne, ce qoi s'était passé dans le procès de Jésus. Si celui-ci eût été convaincu de blasphème, les prêtre» se seraient récriés, en entendant
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les paroles de Pierre ; ils l'auraient, à bon droit, accusé d'être un sorcier. Si Jésus avai! été condamné par le Sanhédrin, pour s'être proclamé Dieu, ses disciples eussent été pires que des idolâtres ; la cause eût été retenue et instruite
pour sorcellerie et idolâtrie, crimes bien prévus et sévèrement punis parla Loi.
Les prêtres se laissent braver; les apôtres osent leur reprocher en face d'avoir fait mourir Jésus. Ils leur défendent de prêcher, mais les apôtres déclarent qu'ils obéiront plutôt à Dieu qu'aux hommes. Tout cela serait inexplicable, si on n'admettait pas que les Synoptiques, dans les récits qu'ils nous ont transmis sur le procès de Jésus, ont accepté une tradition sans grande valeur.
Il ne faut pas trop s'étonner de la contradiction qui existe entre les Actes et le troisième Évangile. Luc était un compilateur comme il nous l'apprend lui-même ; il a suivi plusieurs traditions: Dans les Actes, notamment, il a incorporé nne grande partie des mémoires d'un compagnon de Paul. ' IWms les premiers chapitres, an contraire, il semble avoir eu recours à une tradition tenant des disciples de Pierre.
Après qu'Ananias et Saphira ont été frappés de mort, pour avoir désobéi aux apôtres, l'autorité de ceux-ci prend une importance bien plus grande. Les disciples forment une corporation, ayant une discipline ef une organisation. Les miracles se multiplient. Pleins de jakwisie, le grandprêtre et les Sadducéens font arrêter les apôtres et les jetlent en prison : en ange les délivre (Actes. V, f 7-20) et ils retournent enseigner au Temple.
Arrêtés de nouveau, Hs sont mettes devant le Sanhédrin et le Sénat des Israélites. Le grwifî-prêfre accuse les apô-
très d'enfreindre la défense qui leur avait été faite de prêcher; il leur reproche de vouloir faire retomber sur lui elles siens le sang de Jésus. Pierre est extrêmement net dans sa déclaration. U proclame « qu'il obéira à Dieu plutôt qu'aux » hommes : que Dieu a ressuscité Jésus qu'ils ont fait mou- » rir, qu'il a été glorifié comme Chef et Sauveur, pour offrir » à Israël la repentance et le pardon des péchés. »
Le pharisien Gamaliel prend la parole. Il rappelle que, déjà, il s'est produit des mouvements, suscités par de prétendus prophètes, et que tous ont échoué. A son avis, il faut laisser Dieu juge de ces questions : si l'entreprise du christianisme vient de Dieu, elle réussira malgré tout, tandis qu'elle périra d'elle-même dans le cas contraire. L'assemblée adopte cet avis et les apôtres en sont quittes pour une bastonnade, peine de police que le grand-prêtre fait infliger pour lui avoir désobéi.
L'opinion de Gamaliel est parfaitement conforme à l'esprit des docteurs juifs; il serait étrange qu'il eût attendu si longtemps à l'exprimer, s'il avait été convoqué aux précé- * dents conseils, il faut remarquer, d'ailleurs, qu'elle n'a rien de bienveillant pour les chrétiens : en effet, il les compare à des révoltés peu estimés. U est évident que les miracles des apôtres ne sont pas pour lui une preuve bien sérieuse, puisqu'il ne daigne même pas en parler.
On s'est demandé ce qu'était le Sénat des Israélites, qui apparaît ici pour la première etdernière fois : quelques personnes y ont vu une autorité municipale, venant délibérer avec le Sanhédrin. Je ne crois pas cette manière de voir admissible.
Le Thésaurus de Didot traduit par Sanhédrin le mot grec que l'on rend ici par Sénat.
Je crois que c'est là, en effet, le sens du mot. Les apôtres ont donc comparu devant le véritable Sanhédrin. Pour la première fois, ils sont jugés par des docteurs. Jusque là, il ne s'agissait que de conciliabules, composés au gré du grand-prêtre.
C'était bien le cas, pour Caïphe, de parler des blasphèmes dont Jésus s'était rendu coupable, car il était certain de trouver les docteurs sévères sur ce point. Bien que Pierre lui rappelle encore que Jésus, crucifié par lui et ses partisans, est le Messie promis, il n'oppose aucune réponse.
V. Le procès du diacre Etienne. — Assemblée devant laquelle il comparait.
— Fanatisme des Juifs étrangers. — Le procès de Saint Paul. — L'émeute au Temple. — L'apôtre devant le Sanhédrin. — Causes probables de la haine des Juifs. — Saint Paul devant Félix. — Saint Paul devant Agrippa.
— Conclusions à tirer des premières persécutions.
Le diacre Etienne est accusé d'avoir dit que Jésus détruirait le Temple et le rebâtirait en trois jours. Il est arrêté, après des discussions violentes avec des étrangers, Gyrénéens, Alexandrins, Ciliciens et Asiates. 11 est traduit devant le Sanhédrin ; il prononce un long discours, qui se termine ainsi : « Je vois le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu.» On se jette sur lui, on l'entraîne; il est lapidé.
L'assemblée, devant laquelle il comparait, semble présidée par le grand-prêtre: nous ne savons pas comment elle est composée. Il est impossible d'admettre que ce soit le Sanhédrin classique, car cette réunion de savants ne se serait pas déshonorée par les violences que raconte l'auteur. On ne voit pas ce que renfermait de repréhensible le dis-
cours d'Etienne. 11 était certainement aussi modéré que ceux de Pierre.
Tout s'explique facilement eit admettant que le diacre eomparatt devant une téuhion d'officiers d* Ternie, gens tous à la discrétion du grand-prêtre et renommés par leur dureté envers les Israélite» pieux et pauvres. Celte opinion est d'autant mieux fondée que, devant Pilate, les prêtres ont déclaré que leurs tribunaux étaient incompétents pour juger Jésus, Le Sanhédrin n'aurait donc pu condamner.
Durant celte époque troublée, un grand-prêtre, peu scrupuleux, ne s'attardait pas aux formes de la justice. Plus tard. Hannan fera tuer Jacques, frère du Seigneur, sans jugement Ici il s'agit (f un meurtre véritable, conimis,àriûstigation du grand-prêtre, par des gens brutaux et fanatiques. J'ai déjà dit ce qu'étaient les officiers dà Tenpfe ; quant aux accusateurs d'Etienne, ils devaient élre en grande partie des zélotes.
11 y avait des pèlerins permanents, vivant des aumônes que leur envoyaient ceux qui ne pouvaient aller à Jérusalem. En général, tous les gens, qui exploitent q"uelq**ft*dustrie religieuse, ne brillent pas par leur intelligence on leur modération. On doit remarquer que parmi les etftoV» mis d'Etienne se trouvent des Alexandrins et des Cyrénéens, dont le fanatisme cruel est bien connu.
Le plus grand procès raconté par les Actes est celui de Paul, lors de son dernier voyage à Jérasalem. L'apôtttfr fe trouver Jacques, qui semble être alors le chef incontesté dte f Église. Celui-ci lui démotitre qu'il est esseàtiéf $d$, ]ttr un acte solennel, il se disculpe des accusations portées contre lui et qu'il prouve à tout lé monde qu'il respecté ht Lof.
LE PBO0LÈMB Dfi JÉSUS 189
Paul se rend au Temple, pour participer à des cérémonies du Nazirat; mais, au bout de quelques jours, des juifs d'Asie prétendent qu'il a introduit des incirconcis : il se produit une émeute ; Paul aurait péri sans l'arrivée de soldats romains.
La lendemain, le tribun ordonne aux prêtres et au Sanhédrin de se réunir; il fait comparaître Paul devant celle assemblée. Le récit des Actes n'est pas sans présenter des difficultés (XXIII), bien que cette partie soit empruntée aux mémoires d'un compagnon de Paul. Celui-ci commence h dire: « Citoyens et frères, c'est en toute bonne conscience » que j'ai jusqu'à ce jour réglé ma conduite sur la loi de » Dieu... » Le grand-prêtre le fait frapper sur la bouche; Paul l'insulte ; on lui fait observer que c'est le grand-prêtre ; il répond qu'il ne le savait pas.
On ne comprend pas le motif de la violence exercée sur Paul ; il est probable que l'orgueilleux Hannan aura trouvé déplacés les premiers mots du discours de Paul. On doit rapprocher ce fait de la tradition relative aux insultes prodiguées à Jésus chez Caïphe, d'après les Synoptiques.
Paul peut ignorer que le grand-prêtre est là ; il se croit devant un conseil de docteurs et de légistes. Il était luimême légiste ; il pensait qu'il comparaissait devant ses pairs.
L'assemblée renfermait des cohènes ; parmi ceux-là il y avait beaucoup de sadducéens et d'ignorants. Paul essaie de détourner la question. Il se déclare pharisien, fils de pharisien et se prétend poursuivi parce qu'il prêche la résurrection ; les pharisiens prennent sa défense. Il se produit un grand tumulte et le tribun fait rentrer Paul dans sa prison.
On comprend facilement ce tumulte, en admettant que les prêtres étaient fort nombreux et que, la réunion ayant lieu dans le Temple, tous les officiers étaient présents. Paul avait la veille harangué le peuple et avait clairement proclamé ses idées chrétiennes.
- Paul avait des ennemis irréconciliables. Il est extrêmement probable qu'il avait fait partie d'une société secrète, comme les zélateurs de tous les temps et de tous les pays. Son apostasie le rendait profondément odieux à ses anciens amis. Il fallut que le tribun romain employât la ruse pour le faire mener de Jérusalem à Césarée. Sa tête est continuellement demandée par des députations juives; il se forme même des conjurations pour l'assassiner. Quand on est dans cette situation on est bien connu de tout le monde.
Personne ne lui pose de questions sur Jésus. 11 eût été naturel de lui reprocher de soulever des troubles, en prêchant la doctrine d'un homme condamné à mort par les Romains. Il y avait eu une émeute la veille, à cause de lui, et ce grief aurait fait grande impression sur l'esprit du tribun. Dans les autres actes de procédure, on ne voit jamais les ennemis de Paul parler du procès de Jésus. Il y a donc lieu de penser, qu'à cette époque on ne regardait pas Jésus comme ayant été condamné par un tribunal régulier, mais seulement exécuté à la sollicitation de la famille d'Hannan.
Le lendemain, le procès ne continue pas, parce que le tribun craint que Paul ne soit assassiné ; les zélotes ont fait serment de le tuer. Le tribun écrit au procurateur que, d'après l'instruction qu'il a faite, Paul ne mérite ni la mort ni la prison et que tout se résume à des discussions sur des
questions controversées. Pas un mot de Jésus (XXIII, 26-30).
Devant Félix, procurateur romain, Paul est accusé par Hannan, qui amène un avocat. On lui reproche d'être le chef des Nazaréens, d'exciter des troubles parmi les Juifs, en tout pays, et d'avoir tenté de profaner le Temple. 11 y avait tant de sectes juives, à cette époque, que le premier grief n'en était pas un, à proprement parler ; le second était parfaitement exact elle troisième ne pouvait se prouver que par des témoignages. Paul répond qu'il suit la Loi et les Prophètes et qu'il est poursuivi parce qu'il croit à la résurrection des morts (XXIV, 21).
Deux ans après, Félix est remplacé par Festus, qui se rend à Jérusalem. Les chefs des prêtres et les notables lui parlent contre Paul et lui demandent de le faire envoyer à Jérusalem. Le procurateur refuse et les invite à venir à Cesarée. (XXV, 1-5). Les Actes ne nous disent pas quelles étaient les accusations formulées. Nous savons seulement que Paul soutenait n'avoir rien fait contre la loi des juifs, le Temple ou l'Empereur (XXV, 8). Un peu plus loin Festus, parlant de ce procès à Hérode Agrippa (XXV, 19), lui dit que toute la contestation entreJPaul et les Juifs portait sur la question de savoir si Jésus était mort ou vivant. Celte conversation est bien importante; le procurateur ne sait pas que ce Jésus a été condamné par le Sanhédrin et exécuté par l'ordre de l'un de ses prédécesseurs.
Paul comparaît devant Festus et Agrippa (XXVI) ; il raconte sa vie, sa conversion, et résume sa doctrine ainsi : » Ne disant rien en dehors de ce que les prophètes et Moïse » ont annoncé comme devant arriver : savoir que le Christ
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» devait souffrir et que, comme le premier des ressucités, » il devait annoncer la lumière au peuple et aux païens. » Le roi juif ne trouve rien de grave à lui imputer.
Quelques auteurs croient que Paul n'est pas sincère dan6 tous ces récits ou que tout au moins son historien les a transformés . Je ne vois aucune raison pour faire cette injure à un homme d'un caractère fermement trempé, tel que Paul. Quaut h Luc, on ne voit pas dans quel intérêt il aurait supprimé dans les discussions qui ont lieu toutes les allusions au procès de Jésus . Lorsqu'il s'agit des persécutions contre Pierre, il ne craint pas de reproduire les paroles courageuses de cet apôtre, reprochant à la faction d'Hannan la mort de Jésus. Pourquoi aurait-il ici atténué ce qu'il aurait trouvé dans la tradition?
L'examen de ces premières persécutions conduit à formuler les conclusions suivantes :
1° Dans les Évangiles et dans les Actes, le mot que l'on traduit habituellement par Sanhédrin doit s'entendre d'une assemblée quelconque ;
2° Jésus n'a été jugé, ni par un tribunal juif, ni par un procurateur romain ;
3° Pilate, pour éviter des troubles, a fait mettre à mort Jésus, sur la demande de la famille Hannan ;
4° Dans l'histoire du procès de Jésus, le récit du quatrième Évangile constitue seul une source sûre pour l'histoire .