CHAPITRE IV
l'apocalypse des synoptiques
I. Essai d'une nouvelle interprétation. — L'aristocratie religieuse des judéochrétiens. — La circoncision et la lutte contre Saint Paul. — Les sacrements. — Le prophète Zacharie.
On trouve, dans les Synoptiques, de longs discours de Jésus sur la consommation du siècle et la destruction de Jérusalem. Généralement on a interprété ces textes dans un sens strictement millénaire. Jésus aurait annoncé le jugement dernier pour une époque très rapprochée.
Le Christ commence par maudire Jérusalem et les pharisiens. Il est très difficile de comprendre la première partie de ce discours.
J'estime qu'on obtiendrait un sens très satisfaisant en appliquant les paroles des Synoptiques aux Ébionites. La lutté de ces hérétiques, contre les disciples de Paul, a donné naissance à une littérature très importante. Les Ébionites ont beaucoup écrit contre les chrétiens grecs ; sans doute ceux-ci ne se sont pas privés de répondre.
Les Ébionites, dans leurs romans historiques, désignent Paul sous le nom de Simon, le magicien. On sait avec quelle passion ces hérétiques ont attaqué tous ceux qui voulaient se soustraire au joug de la Thora. J'ai indiqué, plus haut, les raisons qui ont amené les orthodoxes à rejeter, le plus possible, dans l'ombre tout ce qui avait trait à la famille de Jésus. La constitution d'une aristocratie sacerdotale, héritière de la tradition de Jacques, était incompatible avec le développement des Églises hellénisantes. Les judéochrétiens, se montrant zélés observateurs des prescriptions légales, pouvaient être désignés sous le nom de pharisiens.
Dans oe système on comprend facilement ce discours (Mathieu XXIII, 2-3) : <* Les scribes et les pharisiens sout » assis dans la chaire de Moïse : ainsi tout ce qu'ils vous » disent, observez-le, mais n'agissez pas selon leurs » œuvres. »
On a vu, cependant, que Jésus reproche aux pharisiens d'enseigner des traditions humaines au lieu de la loi de Dieu (XV-7). Avant de commencer les invectives, l'auteur éprouve le besoin de montrer un certain respect pour des hommes qui sont investis de hautes dignités. Cela était nécessaire, pour pouvoir parler des chefs de l'Église de Jérusalem. Ces chrétiens, également fanatiques du nom de Jésus et des pratiques lévitiques, formaient une sorte d'aristocratie, pleine de mépris pour les incirconcis. Ceux- - ci ne pouvaient refuser à leurs adversaires le droit d'enseigner les paroles de Jésus, conservées par la tradition. Cette tradition était la grande force des premiers Ébionites ; personne n'aurait osé les attaquer de front .
Dans ce qui suit, l'auteur s'arrange, avec assez d'habi-
LE PROBLÈME DE JÉSUS 25 i
Jeté, pour confondre continuellement les Ébionites et les pharisiens : mais les coups frappent les premiers.
(XXIII, 5). « Us agrandissent leurs phylactères, ils allon- » gent les franges de leurs manteaux ' ». Nous savons que Jacques et, très certainement, ceux qui prétendaient se rattacher à lui, affectaient un grand rigorisme légal (comme les pharisiens).
6-7. « Ils aiment à avoir la présidence dans les repas et » la préséance dans les synagogues, à recevoir les saluta- » tions dans les places publiques, et à être appelés Rabbi ». Ce tableau s'applique parfaitement à cette aristocratie naissante, qui se croyait le droit de former une nouvelle famille sacerdotale.
8. « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi, un seul » d'entre vous est votre maître et vous êtes tous frères. » Ces paroles s'appliquent médiocrement aux pharisiens, chez lesquels le nom de Rabbi se donnait seulement en raison de la supériorité scientifique. Mais, de même que les disciples avaient appelé Jésus Rabbi, on devait continuer à donner ce titre d'honneur aux évoques de sa famille.
9. « N'appelez personne votre père sur. la terre, un seul » est votre père, celui qui est dans les cieux. » Cette phrase est absolument incompréhensible, s'il s'agit réellement des pharisiens ; mais le titre de père a dû être donné à Jacques et ses successeurs.
10. » Ne vous faites pas appeler directeur (Dm, Abbas) ; » votre seul directeur est le Christ ». On ne voit pas à quel usage juif ces mots font allusion ; on sait, d'autre part,