Supprimé dans les éditions modernes
15. « Malheur à vous de ce que vous parcourez la mer » et le continent pour faire un seul prosélyte et, quand il » l'est devenu, vous en faites un fils de l'enfer, deux fois » plus grand que vous. » L'histoire et la légende nous montrent les judéo-chrétiens, venant contrecarrer les prédications de Paul et cherchant à lui enlever ses disciples.
■ 16-22. Là se trouvent plusieurs versets dont on n'a jamais donné un sens raisonnable. Jésus dit que, d'après les pharisiens, le serment parle Temple et l'autel n'était pas valable, et qu'il fallait jurer par l'or du Temple et l'offrande qui est sur l'autel. Jésus dit : « Celui qui jure par
» l'autel, jure par lui et par tout ce qui est déposé; celui » qui jure par le Temple, jure par lui et par celui qui y » réside. »
Ici Jésus ne semble plus défendre le serment, qu'il a cependant condamné précédemment (V, 37). Le droit juif regardait comme valables les serments par le Temple et l'autel. On ne saurait, je crois, donner d'explication sérieuse, si on ne trouve là une discussion sur la valeur sacramentelle de rites établis par l'Église chrétienne.
Les judéo-chrétiens ne devaient pas facilement admettre l'introduction de saintetés, non prévues dans la Loi. Cependant, l'Église ne pouvait se constituer que par l'établissement de nouveaux principes sur les choses saintes. Je vois là se dessiner la doctrine qui rattachait la présence réelle du Saint-Esprit à certains rites accomplis avec des choses consacrées. Ce qui est saint, ce n'est pas seulement la manifestation divine, mais aussi le signe corporel du sacrement.
23-28. Jésus reproche aux pharisiens le soin méticuleux qu'ils apportent dans le paiement de la dlme et dans l'accomplissement des règles de pureté. Ces paroles s'appliquent également bien aux judéo-chrétiens et aux vrais pharisiens.
29-33. Jésus dit que les pharisiens ornent les tombeaux des prophètes, que leurs pères ont tués, et comblent la mesure de leurs ancêtres. Il eût été souverainement injuste d'imputer aux pharisiens la mort d'aucun prophète; ceux-ci n'ont rencontré de l'hostilité que du côté des prêtres et des nobles. On ne saurait donc comprendre ces paroles qu'en les postdatant. Les prophètes sont les apôtres et
les premiers martyrs persécutés par les juifs. Les judéochrétiens vénèrent les tombeaux de ceux que leurs pères ont fait périr.
34-36. Jésus enverra des prophètes, des sages et des docteurs qui seront persécutés, et tout le sang innocent versé, depuis Àbel jusqu'à Zacharie, retombera sur cette génération.
]] est probable que l'expression d'Abel à Zacharie était proverbiale. On s'est demandé quel était ce Zacharie, fils de Barachias. Luc (XI, 49) rapporte la même formule, mais ne donne aucun détail sur ce Zacharie. Mathieu dit qu il fut tué entre le Temple et l'autel. Beaucoup d'auteurs croient qu'ils s'agit du prophète dont l'œuvre a été conservée ; mais il serait étonnant que Jésus fît allusion à un événement dont aucune trace ne nous est parvenue.
11 est plus que probable qu'il s'agit de Zacharie, fils de Baruch, assassiné dans le Temple parles zélotes (Josèphe B. J. IV, V, 4) 1 . Cela paraît d'autant plus vraisemblable, que l'horreur de ce méfait avait très profondément frappé les hommes pieux. La tradition talmudique (Taanith. J. IV, 5), rapporte que la victime était un prophète, un prêtre et un juge, que le crime fut commis un sabbat, jour du grand pardon. Quand Nabuchodonozor (Titus) pénétra dans le Temple, il vit la tache de sang et fit égorger 80.000 adolescents de familles sacerdotales, pour effacer cette tache. La Miséricorde divine eut pitié des Israélites et donna ordre au sang de disparaître.
1. Dans la Vie de Jésus (p. 366), M. Renan dit qu'il s'agit de Zacharie, CIs de Joïada, dont la mort est rapportée au 2* livre des Chroniques (XXIV, 21) # Dans Y Antéchrist, il penche vers l'interprétation que j'adopte ici.
Cette légende devait beaucoup plaire aux chrétiens ; la mort de ce juste symbolisait parfaitement, pour eux, celle de Jésus, qu'ils regardaient comme la cause de la ruine du Temple.
L'allusion au fils de Baruch est d'autant plus naturelle qu'immédiatement après commence une menace très nette contre Jérusalem (37) : « Jérusalem, gui fais mourir les pro- » phètes, et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, » combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants !... » vous n'avez pas voulu. » La ville autrefois sainte, souillée par le sang des martyrs, va être détruite.
38-39. « Voyez, votre demeure sera laissée déserte, car » vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que vous disiez: Béni » soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
Ce passage, très obscur, manque dans Marc. On le trouve dans Luc (XIII, 35) à propos de tout autres circonstances. Je ne vois point ici la prédiction du jour où les Juifs reconnaîtront Jésus comme Christ. Paul avait reçu une révélation directe ; il s'en vante plusieurs fois, et les Ébionites regardaient cette assertion comme un blasphème. Mathieu annonce que l'Esprit sera absent tant que l'apostolat de Paul ne sera pas reconnu.
II. Les faux prophètes. — L'abomination dans le lieu saint. — La prédication dans l'univers. — Saint Pierre à Babylone et Saint Paul en Espagne. — Le Temple n'est pas restauré. — Origine grecque de cette apocalypse.
L'apocalypse se continue par un discours sur la montagne des Oliviers. Il se rattache directement à la première partie par une question des disciples. Ils demandent
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quand aura lieu l'avènement de Jésus avec la fin du monde. (Mathieu, XXIV, i -5 i. Marc, XIII, 1-37. Luc, XXI, 5-38.). Jésus vient de leur dire qu'il ne restera pas pierre sur pierre du Temple.
Jésus annonce des guerres, des famines, des persécutions sanglantes contre les chrétiens. Tout cela se comprend assez facilement et nous mène jusqu'au règne de Néron et à ses furies de carnage.
Il est parlé de faux prophètes, qui viendront au nom du Christ. On a voulu y voir une allusion à Paul. Je ne suis pas de cet avis ; il y a eu, à cette époque, pas mal de troubles suscités par des entreprises messianiques. Josèphe parle notamment de Theudas (Ant. Jud., XX, Y, 1), d'un Égyptien, dont il est aussi question dans les Actes (Ant.J., XX, VIII, 6), sans compter les chefs des zélotes, qui, bien probablement, devaient se faire accompagner de prophètes.
L'Évangile du royaume sera prêché, par toute la terre, pour servir de témoignage, et alors viendra la fin. On verra l'abomination de la désolation établie dans le lieu saint ; qu'alors chacun s'enfuie dans les montagnes.
On voit généralement dans ce passage une allusion à des épisodes du siège de Jérusalem (la profanation du Temple par les zélotes et la fuite des disciples de Jésus àPella). M. Renan, dans Y Antéchrist, paraît disposé à comprendre ainsi notre texte. Je ne crois pas que l'on puisse adopter celte opinion. Dans le langage biblique, l'abomination est une statue idolâtrique ; c'est bien le sens qu'a cette expression dans Daniel et il paraît difficile de la comprendre autrement.
La tradition juive (Taanith. J. IV, 5) met au nombre des événements néfastes, survenus le 17 Tammouz, la destruction de la Thora et l'érection d'une statue au sanctuaire, par Apostomos. On a proposé de lire dans ce nom Julius Severus, ce qui mettrait le fait sous Adrien. Il ne me semble pas possible de reculer notre Apocalypse ausfei loin.
Les aigles romaines, plantées dans le sanctuaire, correspondent bien à l'idée de l'abomination. Une tradition veut que Bérénice se soit livrée à Titus, dans le Saint des Saints, de manière à réaliser le vieux svnonimisme d'abomination et de prostitution. Toutes ces raisons me font voir ici des allusions à la ruine du Temple.
D'après Mathieu et Marc, l'Évangile aura été prêché à toutes les nations, avant que ces malheurs arrivent. Ce que nous apprennent les historiens ne concorde guère avec cette phrase.
11 existe cependant des documents très sérieux d'après lesquels il y aurait eu, en effet, une prédication de l'Évangile dans tout le monde connu des anciens. Une tradition très vraisemblable fait aller Paul en Espagne. Clément Romain, dans son épltre aux Corinthiens, dit que Paul a prêché l'Évangile jusqu'aux extrémités de l'Occident. Cette phrase ne peut s'entendre que d'un voyage de l'apôtre dans la Péninsule. « Ayant ainsi accompli son martyre » (mot à mot: témoignage) devant les puissances terrestres, » il a été délivré du monde et est allé dans le saint lieu. »
D'un autre côté, nous ne savons presque rien des mis. sions orientales. A cette époque, les connaissances ne se limitaient pas, de ce côté, aux frontières de l'empire* Juifs
et Grecs avaient de fréquents rapports avec la Perse. L'auteur de l'Apocalypse savait donc que des missions avaient pénétré avec éclat dans l'Orient. Beaucoup de raisons tendent à prouver que ce rôle avait été dévolu à Pierre. La première Épltre de Pierre est datée de Babylone ; il n'y a aucune raison d'admettre que, dans un écrit de ce genre, l'anteur ait employé une formule mystique pour désigner
la ville de Rome.
Dans l'appendice du quatrième Évangile (XXI, 18-19)^ Jésus dit à l'apôtre que, dans sa vieillesse, un autre le ceindra et le mènera où il ne voudra pas aller.
On peut supposer que, dans ses voyages, Pierre a été enlevé par des Bédouins, traîné en captivité, attaché à la longe d'un cheval ; ce serait une allusion aux péripéties de la mission orientale du prince des apôtres.
La fuite dans la montagne ne me paraît pas devoir être limitée à la retraite de l'église à Pella. Il faut y voir la dispersion totale du peuple juif et les horreurs de la guerre, promenés par les Romains dans la campagne. Ce que nous savons par Josèphe ne confirme que trop ces paroles: « 11 y aura une grande calamité, telle qu'il n'y en a pas eu » depuis le commencement du monde. »
Après ces épreuves commencent les jours de tribulation.
Notre auteur se sépare bien complètement ici de tous les récits inspirés par des idées juives. Pour les Israélites, après une période qui rappelait l'exil de Babylone, les fidèles devaient être réunis de nouveau autour du Temple restauré. 11 était fort difficile de sortir de ce cycle dans les Apocalypses. Jérusalem devait être toujours le centre religieux, tout au moins dans un sens symbolique.
Ici rien de pareil ne se trouve: on ne parle point de règne messianique ayant pour centre le Temple relevé. De môme que dans les écrits judéo-chrétiens, il est question d'un interrègne satanique ; cette conception provient d'un fonds commun. Durant cette dernière période on voit surgir les faux messies, les faux prophètes qui multiplient les miracles et les prodiges 1 . Enfin le jour de la résurrection arrive comme un éclair et surprend tout le monde.
La description de l'apparition du Fils de l'homme est assez froide et ne rappelle, en rien, les images que l'Apocalypse johannique emprunte au vieux fonds de la littérature hébraïque.
L'auteur, pour annoncer l'époque de ces événements, n'emploie aucune des méthodes qui étaient usitées dans les Apocalypses judaïsantes. Il dit: «Quand vous verrez » cela arriver, sachez qu'il est tout près et aux portes ; en » vérité je vous dis, cette génération ne sera pas passée » que tout cela arrivera.. ; mais, pour ce qui est de ce jour- » là et de l'heure, personne ne le sait, si ce n'est mon Père *> seul.»
On a, le plus souvent, interprété ces textes dans le sens littéral; c'est une erreur. 11 faut distinguer deux temps: ceux qui précèdent la destruction du Temple de Jérusalem et ceux qui forment les jours de tribulation. La prise du Temple ayant eu lieu au mois d'août 70, la prédiction s'applique parfaitement à l'achèvement de la première période, qui s'est terminée avant que la génération présente eût disparu.
La manière dont la description est conduite montre bien