Car la vigne de Jéhova Sabaot
C'est la maison d'Israël,
Et le peuple de Juda
Était sa plantation chérie .
Je pense que, dans ce morceau, l'auteur a imité une ancienne chanson populaire, qui devait être dans le genre du Cantique. Ce n'est pas le seul exemple que l'on connaisse de poésies profanes ayant servi de modèles à des œuvres liturgiques.
Si on admet ce système, il devient très difficile de fixer la date des prophètes. Les pièces liturgiques ne fournis-
sent pas, d'ordinaire, d'éléments intrinsèques 1 de nature à déterminer leur époque. Un poème ecclésiastique peut rester très longtemps en usage, sans variations sensibles ; mais il est assez naturel qu'il soit rajeuni, de temps à autre, par des allusions aux événements contemporains. Il peut ainsi être singulièrement embarrassant à classer, parce qu'il appartient en réalité à plusieurs époques.
II. L'histoire ancienne dans Ézéchiel. — Ohola et Oholiba. — Tyr. — L'Egypte.
— La nouvelle Jérusalem.
Pour déterminer l'époque d'un prophète, nos pères recherchaient les allusions historiques que renfermait son œuvre: ils supposaient qu'il avait vécu quelques années avant les événements qu'il aurait prédits. Aujourd'hui on procède de la même manière, mais on conclut tout différemment ; on place le prophète après les événements dont il parle au futur.
Il est généralement très difficile de déterminer avec exactitude les faits historiques, auxquels fait allusion un prophète. L'étude d'Ézéchiel permet de bien apprécier la manière de procéder de nos auteurs.
Au chapitre XXIII, le prophète raconte l'histoire de Samarie et de Jérusalem, symbolisées par deux prostituées, Ohola et Oholiba. 11 dit que la première s'est éprise des As-
1. L'existence de cet ancien Psautier permet de comprendre la force de résistance que présentèrent les Israélites en exil. Ces chants les encourageaient et leur permettaient de ne pas interrompre le culte, bien qu'on fût loin de Jérusalem.
syriens; tout en les caressant, elle se souillait avec leurs idoles. A cette époque, le royaume d'Israël était détruit, des colons étrangers étaient venus s'établir dans le pays, pour combler les vides delà population, et avaient apporté leurs cultes idolâtriques. Ce n'est pas de ces événements que veut parler Ézéchiel; pour lui, Samarie a été l'alliée des Assyriens à l'époque où elle était encore indépendante.
Le livre des Rois, pourtant si défavorable au royaume du nord, ne fournit aucun détail historique de nature à appuyer le dire du prophète. Les Éphraïmites ont été les premiers en but aux invasions des Assyriens ; ceux-ci ont été appelés par Achaz.
D'après le livre des Rois, Menahem demanda l'appui du roi Phul contre ses sujets révoltés. Il est probable que ce Phul était plutôt un satrape que le roi d'Assyrie. Menahem régna 1 ans et son (ils Tut assassiné ; à partir de cette époque Israël lutta, tant bien que mal, contre les souverains de Ninive.
Le tableau, que trace le prophète de la conduite d'Oholiba, est plus exact. C'est avec raison qu'il accuse Jérusalem d'avoir couru après les Assyriens. Achaz avait appelé le roi de Ninive à son secours; il semble qu'il importa en Judée ou, du moins, y protégea les cultes assyriens (2 e RoisXXIH, 12).
On sait par un passage du livre d'Ésaïe que le roi Ézéchias noua des relations avec les ChaJdéens (XXXIX). Ézéchiel traduit donc la vérité historique, quand il dit :
16. « Elle se prit d'amour pour eux, à celte vue, et leur » envoya des messagers en Chaldée.