‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 48 sur 74 · Et les Babyloniens vinrent coucher avec elle mari · texte numérisé non relu

Et les Babyloniens vinrent coucher avec elle mari

» ialement et la souillèrent de leur luxure et elle se souilla » avec eux, jusqu'à ce qu'elle en fût dégoûtée. »

Il est certain que les superstitions cbaldéennes ont été en faveur à Jérusalem, dans les dernières années qui précédèrent la catastrophe.

Ézéchiel sacrifie la rigueur de l'histoire au parallélisme de son plan. Cela n'a rien d'anormal pour un auteur oriental; il n'écrit pas une chronique, mais un livre d'exhortations.

Quand le prophète parle de l'avenir, il ne se soucie pas davantage de la réalité; il n'entend pas faire une prédiction, dans le sens littéral du mot. 11 s'abandonne à son imagination.

11 a écrit sur le siège de Tyr par les Chaldéens de magnifiques pages ; il annonce la ruine de la grande ville, de la manière la plus précise.

XXVII, 32. « Dans leur tristesse, ils font entendre, sur » toi, un chant funèbre; ils chantent ta complainte : « Qui » était pareil à Tyr, à celle qui a péri au milieu de l'O- » céan!

3i. » Maintenant que, brisée, tu as disparu des mers, tes » marchandises sont au fond des eaux et tout ton équipage » y est tombé avec toi.

36. » Les trafiquants étrangers te sifflent; d'un coup » soudain tu es frappée et c'en est fait de toi à jamais ! »

XXVIII, 19. «Tous ceux qui te connaissent, parmi les » nations, sont dans la stupeur à cause de toi; d'un coup » soudain tu es frappée et c'en est fait de toi à jamais ! »

Dans le livre d'Ésaïe (XXIII) on trouve aussi un oracle contre Tyr. 11 est dit que la ville tombera dans l'oubli du-

rant soixante-dix ans et qu'après ce temps, elle reprendra son ancienne prospérité.

Tyr ne fut pas prise par les Chaldéens; Ézéchiel nous Tapprend lui-même :

XXIX, 18. « Nabuchodonosor, roi de Babylone, a fait » faire à son armée un rude service contre Tyr,-.. mais ni » lui, ni son armée n'a eu son salaire pour le service qu'il » y a fait.

20. » Pour prix du service qu'il a fait, je lui donne le pays d'Egypte...

21 . » En ce jour-là, je rendrai la puissance à la maison » d'Israël et, à loi, j'ouvrirai la bouche au milieu d'eux, » pour qu'ils apprennent que moi je suis l'Éternel. »

Il annonce (XXIX, 10-14), que l'Egypte deviendra une solitude et un désert depuis les frontières d'Ethiopie; le pays restera 40 ans sans être habité. Après ce délai, Jéhova ramènera les captifs « au pays de leur origine et ils y for- » meront un humble royaume. D'entre les royaumes, ce » sera le plus humble... Et ils ne seront plus, pour la mai- » son d'Israël, l'objet d'une confiance, qui me ferait sou- » venir de leur faute, s'ils s'adressaient encore à eux... »

11 serait bien oiseux de chercher dans les fastes égyptiennes la vérification de cet oracle. Faire ce travail, serait faire injure au prophète et méconnaître complètement sa pensée.

Dans le tableau que trace Ézéchiel de la nouvelle Jérusalem, il ne faut pas, non plus, chercher l'exactitude. La division du pays en rectangles n'a pu être imaginée que par un homme qui voulait, à force d'exagération, ne laisser aucun doute sur l'irréalisabilité de son plan.

Il semble que le grand prophète prenne plaisir à accumuler les difficultés pour embrouiller les commentateurs, qui viendraient plus tard épiloguer sur son livre. Au chapitre LXV1I, il parle d'un ruisseau qui sort de la porte orientale du Temple ; bien que provenant d'une source, ce fleuve miraculeux augmente constamment de débit sur son cours ; il assainit la mer Morte.

.11. « Ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis ; ils » sont destinés à donner du sel.

1 2. » Et sur les bords du ruisseau, des deux côtés, il croî- » Ira toute espèce d'arbres fruitiers, dont le feuillage ne se » fanera pas et dont les fruits ne finiront pas ; ils en prov duiront de nouveaux tous les mois, parce que cette eau » sort du sanctuaire, et les fruits serviront de nourriture et » les feuilles de médicaments. »

Tous les commentaires prosaïques et théologiques d'œuvres de ce genre ne peuvent être qu'absurdes ou puérils. Il faut prendre cette littérature pour ce qu'elle est.

IV. Le système de M. Havet sur les prophètes. — La Réforme de Josias. —

La libération des esclaves.

Dans ces dernières années, un savant professeur, l'une des gloires de l'Université, a étudié la question biblique et a présenté au public des solutions nouvelles et hardies.

Les idées de M. Havet ont été adoptées, en partie, par M. Vernes. M. Reuss avait maintenu les prophètes, à peu près, à la date traditionnelle ; la nouvelle école regarde leurs œuvres comme étant, presque entièrement, postérieures à l'exil.

Quelques auteurs ont cru pouvoir conclure de cette contradiction que le système de M. Reuss se ruinait lui-même, par .l'exagération des conclusions critiques. M. Vernes n'appartient en aucune façon à l'école du grand professeur de Strasbourg; il procède d'une manière indépendante, par une méthode personnelle.

La nouvelle école s'est surtout attaquée au problème du Deutéronome : la date de la composition de ce livre détermine, en effet, toute la chronologie des prophètes.

La Réforme de Josias a beaucoup occupé les critiques; ils avaient, jusqu'ici, considéré cette révolution religieuse comme ayant un intérêt capital dans l'histoire d'Israël. M. Reuss rattache cet événement à la publication du Deutéronome.

M. Vernes nie, à peu près complètement, cette thèse; pour lui, le Deutéronome et le livre de Jérémie ont été écrits après l'exil.

Je suis bien d'accord avec M. Havet sur un point : si les œuvres des prophètes ne peuvent être maintenues à leur date traditionnelle, il faut les placer vers le temps des Macchabées. Ces poèmes, pleins de passion, ne peuvent appartenir à la période si calme qui s'étend du V* au III e siècle. C'est bien à tort, selon moi, que M. Vernes leur assigne celte date. H y a des raisons de convenance littéraire qui s'opposent absolument à celte manière de voir.

Pour que l'on pût adopter la chronologie de M. Vernes, il faudrait des preuves tout à fait convaincantes, des preuves mathématiques. Il va sans dire qu'on ne saurait les fournir, dans l'état actuel de la science.

J'estime que les présomptions sont beaucoup plutôt en

faveur du système de M. Reuss. On éprouve les plus grandes difficultés à interpréter, correctement, les œuvres prophétiques, quand on adopte les propositions nouvelles.

Il me semble notamment qu'il est impossible de placer Ézéchiel après la Restauration; son œuvre ne serait plus qu'un jeu d'esprit, souvent assez puéril.

M. Vernes estime étonnant que durant l'exil « il se soit » trouvé un homme d'esprit assez froid pour étudier les » plans de reconstruction du Temple f ! »

En prononçant ce jugement, le savant professeur n'a pas tenu un compte suffisant du caractère spécial de la littérature hébraïque. Ézéchiel ne procède pas comme un géomètre, mais comme un voyant \ Pendant le siège de Titus, le pseudo-Jean a décrit la Jérusalem de l'avenir avec autant d'amour que le prophète de l'exil. Plus tard, les théologiens juifs se sont cassé la tête à décrire le tabernacle mosaïque. Les Talmudistes, après la ruine définitive de la nation, ont ramassé les légendes les plus invraisemblables sur Jérusalem et Bettyr. On pourrait multiplier les exemples \

Aucun critique n'admettra, avec M. Havet, que les prophètes, voulant parler d'Alexandre, aient parlé de Nabuchodonosor. Ce dernier a été le destructeur du Temple et

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