‹ Contribution à l'étude profane de la BibleChapitre 58 sur 74 · Et je répondis et dis : Oui, Seigneur · texte numérisé non relu

Et je répondis et dis : Oui, Seigneur

M. Vernes estime que cette formule « de haute spiritualité » doit être rapprochée de la loi d'amour du Deutéronome. Je suis de son avis, mais je n'y vois qu'une parole d'alliance et non le principe de la loi.

Dans le même prophète, on trouve encore une autre formule, qui indique, d'après M. Vernes, un plus haut degré de spiritualité. Jérémie, parlant des temps messianiques, dit au nom de Jéhova :

XXXI, 33. « Car voici le pacte que je ferai aveclamaison » d'Israël....: je mettrai ma loi dansleursein et je l'écri- » rai dans leurs cœurs, de manière que je serai leur Dieu » et qu'eux seront mon peuple. »

11 est très clair que le prophète emploie ici une formule d'alliance. J'ai déjà signalé, à propos du livre de Ruth, une expression évidemment juridique, qui ressemble beaucoup à celle de Jérémie : « Ton peuple sera mon peuple et ton » Dieu sera mon Dieu. »

VIII. Mode de compilation du Deutéronome. — Manière dont il fut présenté.

La vie future. — Les sacrifices.

Ce que j'ai dit sur la formation du droit coutumier juif, permet de se rendre bien compte du mode de composition du Deutéronome. Il n'y a pas eu supercherie; aucun faussaire n'a prétendu parler au nom de Moïse ; cet ouvrage ne doit pas être mis à côté des apocryphes. Le légiste compilateur a cru, de bonne foi, rapporter des lois divines. Judale-saint était, de même, parfaitement sincère quand il donnait laMischna comme le produit de la tradition mosaïque.

La bonne foi du compilateur apparaît à plusieurs reprises, de la manière la plus nette. Il travaille à la manière des Talmudistes; il nous a conservé la tradition des cérémonies à faire sur le Garizîm et l'Ébal; sur cette dernière montagne, on doit élever un autel 1 .

Dans le livre de Josué on trouve que cet ordre a été exécuté, ce qui indique qu'à l'époque de la rédaction de ce dernier livre, le Deutéronome avait une autorité incontestable. Après l'exil, alors que les Judéens étaient en lutte avec leurs voisins du nord, un docteur hiérosolymitain n'aurait pas donné au mont Ébal une telle importance.

Bien des règles n'auraient aucun sens après la captivité. Qu'importait, à une époque, où l'autorité était entre les mains d'une assemblée de docteurs, de parler de royauté?

1. Remarquer que le mont Ébal a servi pour lancer les malédictions, que le chapitre XXVII, qui parle de l'autel, ne contient que des anathèmes. On trouve là une confirmation de mes vues sur l'importance des malédictions dans les anciennes formules religieuses.

Le Deutéronome (XVII, 12-40) prescrit que le roi sera pris dans la nation, qu'il n'étalera pas un luxe oriental, ne ramènera pas le peuple en Egypte. Sa principale occupation sera de lire la Loi. Ce type de souverain n'avait pas été réalisé jusque-là : les Réformateurs avaient tout intérêt à donner des conseils aux rois, tant qu'il y en avait 1 .

Dans le chapitre XVIII (15-22), l'auteur donne une base légale et scripturaire à la prédication des prophètes. On sait qu'après l'exil il n'y eut presque plus de prophètes : les docteurs prirent un ascendant de plus en plus marqué. Ce texte aurait été alors inutile et dangereux*.

La manière dont le livre fut présenté par le grand-prêtre est bien remarquable et confirme mon système. Le pontife ne prétend pas avoir eu une révélation. 11 ne dit pas que le livre lui ait été remis d'une manière mystérieuse. Si le rouleau eût été l'œuvre d'un prophète, comme on l'a cru quelquefois, les choses ne se seraient pas passées aussi simplement : le Nabiaurait fait la remise d'une manière solennelle et symbolique.

Le livre des Rois n'explique pas comment le grand-prêtre trouva le volume ; il semblerait, d'après le deuxième livre des Chroniques (XXXIV, 14), que le rouleau était dans le trésor du Temple. On peut penser qu'un docteur a remis le

1. A l'époque des Séleucides, il ne pouvait être question d'établir un roi étranger.

2. Du temps des Macchabées, on ne connaît plus de prophètes; quand on purifia le temple, on mit de côté les pierres de l'autel « en attendant qu'un » prophète viendrait pour donner son avis à ce sujet. » Les Talmudistes disent souvent aussi : Cette question sera résolue par le Messie. Ils se défiaient beaucoup des prophètes et des thaumaturges : suivant eux, la Loi su f G sait à tout.

recueil au grand-prêtre, comme élant la Loi. C'est parce qu'il n'y eut aucun fait miraculeux que des doutes se manifestèrent au sujet de l'authenticité du rouleau. Le roi exigea qu'on recourût aux moyens de vérification usités de ce temps.

Le mode de composition est le même, dans le grand discours préparatoire et dans le recueil législatif. Dans les deux cas, il y a compilation : il semble que Fauteur travaille à l'aide d'un conciones : nulle part on ne sent une inspiration originale. Le légiste a mis bout à bout des paroles anciennes, qu'il savait par cœur : tout au plus se sera-t-il permis de paraphraser.

Le texte primitif a été allongé sur plusieurs points. Le commencement du chapitre X (1-9) provient d'une interpolation: personne n'en doute, pour les versets 6-9, qui renferment une notice historique hors de propos. J'estime qu'il faut aussi rejeter les cinq premiers versets, qui interrompent le récit.

Moïse, à la fin du chapitre IV, vient de raconter la désobéissance du peuple:

IX, 25. « Je me jetai donc aux pieds de l'Eternel, durant » les quarante jours etles quarante nuits que j'y passai, car » il avait déclaré qu'il vous exterminerait.

26. » Et je suppliai l'Eternel et je dis : » (suit la prière jusqu'à la fin du chapitre).

X,10. « Mais moi, je restai sur la montagne, comme la » première fois, quarante jours et quarante nuits, et l'É- » ternel m'exauça, cette fois encore, et il me dit: « Va te » mettre en route à la tête de ton peuple.... »

Les cinq premiers versets du chapitre racontent que

Dieu commanda de faire de nouvelles tables et que Moïse les enferma dans une arche en bois d'acacia. Le récit ainsi combiné devient impossible; le pardon du dixième verset devrait précéder l'histoire des deuxièmes tables.

On comprend facilement dans quel but, après l'exil, les docteurs ont fait celle interpolation. Le Deuléronome ne parle ni du tabernacle mosaïque, ni de l'arche. On a comblé la lacune par une note. A l'époque de Josias, il était convenable de ne pas attribuer l'arche à Moïse, puisque (selon mon système) ce roi la fit disparaître.

Au chapitre IV (27-29), on trouve un passage à peu près inexplicable dans le système de M. Vernes.

27. « L'Eternel vous disséminera parmi les nations, et il » ne restera de vous qu'un petit nombre au milieu des peu- » pies, chez lesquels l'Éternel vous emmènera,

28. » Et là vous adorerez les dieux faits de main d'homme, » de bois et de pierre, qui ne voient, ni n'entendent, ni ne » mangent, ni ne sentent.

29. » Là vous en viendrez à chercher l'Eternel, votre » Dieu, et vous le trouverez, etc. »

Après la Restauration, on ne pouvait pas faire de prophéties à posteriori de ce genre.

Le Deutéronomiste ne sait rien de la vie future; son livre ne renferme aucune expression qui se rapporte au sort des âmes 1 . J'ai déjà remarqué qu'il en est de même du Jéhoviste : les interpolations élohisles font assez souvent

1. Après la captivité, les Juifs se préoccupèrent de cette question et se divisèrent. Nous ne savons pas si lesSadducéens niaient, d'une manière absolue» la permanence des âmes; ils n'admettaient pas la résurrection des corps, a l'époque messianique, ce qui est bien différent.

allusion au séjour des ancêtres. Ce fait est d'autant plus remarquable que ce livre renferme de longues formules de bénédictions.

L'antériorité du Deutéronome sur Ézéchiel ne peut faire aucun doute. On doit être surtout frappé de la différence qui existe dans la manière de comprendre les sacrifices. L'ancien légiste connaît trois grandes fêtes; il prescrit de ne pas se présenter au Temple les mains vides, mais il ne règle pas les énormes sacrifices légaux qui feront du Temple la plus grande boucherie du monde.

Dans Ézéchiel, on trouve l'indication précise des animaux à offrir, non seulement aux grandes fêtes, mais à la nouvelle lune et au jour du sabbat : chaque malin on égorgera un agneau (XLVI,13).

C'est en raison de ces différences capitales, au point de vue de la législation ecclésiastique, que M. Reuss a dit que le Deutéronome « ne connait guère que les sacrifices vo- » lontaires,£ponlanément offerts par les individus, comme » manifestation de leurs sentiments religieux personnels. » M. Vernes conteste vivement cette formule qu'il appelle « une échappatoire indigne d'un savant ».

Je crois que le lecteur reconnaîtra que M. Reuss a raison au fond, l'expression de sa pensée manque seulement de clarté 1 .

Le Deutéronomiste, étant, avant tout, un savant, nerapporte point les règles A\x Temple, parce qu'il ne connaissait point de tradition pour les rattacher à Moïse. Il est

1. Cette considération suffît, à elle seule, pour faire rejeter le système de M. Havetet rendre celui de M. Vernes extrêmement peu probable.

clair qu'après la Restauration, et surtout après Esdras, on n'aurait pas compris les choses de cette manière.

Je crois que cette étude permet de poser les conclusions suivantes :

La plus grande partie du recueil prophétique se compose de poèmes lyriques et liturgiques, ayant appartenu à d'anciens psautiers ;

Le système de M. Vernes présente des difficultés insurmontables;

Il n'existe aucune raison pour rejeter le système de M. Reuss, sur la Réforme de Josias et l'invention du Deutéronome ;

L'étude du prophète Osée confirme les déductions déjà tirées, par M. Reuss, de l'examen de Jérémie;

Le culte hiérosolymitain a une histoire distincte de celle du mosaïsme ;

Le Deutéronome n'est pas une loi nouvelle, mais un corpus de jurisprudence; son invention n'a pas été le produit d'une fraude sacerdotale ;

Les formules d'Alliance ne sont pas des maximes métaphysiques, résumant la Loi, mais seulement des expressions juridiques;

Il ne faut pas chercher l'interprétation historique des rêves lyriques des prophètes ; ils transforment même Phistoire ancienne avec une grande liberté.

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Préface > i

Introduction i

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