‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 10 sur 34 · TH, GER · texte numérisé non relu

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cismé logique qu’au cours des diverses opérations intellectuelles qui constituent la pensée, nous ne pouvions constamment nôus représenter à propos de chaque mot sa valeur significative m la chose signifiée. De temps en temps seulement nous prenons la précaution de vérifier tel ou tel terme de notre langage en substituant mentalement au mot ce qu'il représente, pour nous assurer que nous ne faisons pas fausse route. Mais lorsque les mots eux-mêmes nont qu'une signification vague el. imprécise, une semblable vérification est impossible ou sinon impossible, au moins imparfaite. Faute de points de repère, faute de jalons, l'esprit s'égare et bat la campagne. Et si cependant nous pouvons continuer de parler sans concevoir aucune idée précise, c’est qu'il existe, comme le dit Leibnitz, une consécution naturelle et empirique des mots.

Comme on le voit, le langage tend alors à se, substituer, à la pensée. Tandis que normalement le langage n’est qu’un moyen d'expression de la pensée, dans cette seconde - variété de psittacisme, au contraire, le langage devient en quelque sorte le principal, et la pensée l'accessoire. En un mot, il y a substitution du langage à la pensée. Dans certains cas même, au lieu que l'individu parle après avoir pensé et pour s'exprimer il parle d’abord et place ensuite tant bien que mal sous les mots qu’il a chés, à peu près au hasard, les idées les plus vagues et les plus imprécises. Il est certains malades à qui il suffit, pour ainsi dire, de jeter un mot au hasard pour les voir s’en emparer et se livrer à ce propos à des divagations plus ou moins longues qu'il est impossible de comprendre. On en trouve de fréquents exemples dans les états

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maniaques, notamment relevant de la folie intermittente ou de la paralysie générale.

S1 le rôle de la pensée diminue, celui du mot en augmente d’aulant, et c’est ainsi que nous nous trouvons amenés à un phénomène dont nous n'avons pas encore parlé, la logolätrie..

Nous avons tous plus ou moins le culte des mots. Il est des mots qui flattent l'esprit, qui le charment, indépendamment de toute espèce de signification. Le choix des prénoms, par exemple, quand il n’est pas justifié par des considérations spéciales, telles que le désir ou Ja nécessité de donner à des enfants les noms d'un homme célèbre, d’un saint ou d'un ancêtre, en est la meilleure preuve. Il y a des mots que nous préférons à d’autres. La raison de cette préférence est que le mot considéré en lui-même en tant que signe soit graphique, soit verbal, possède en propre une physionomie spéciale. Le

phénomène de l'audition, dite colorée, en constitue le degré extrême. À un degré moindre, le mot, affectant

deux de nos sens, se traduit à nous par une sensation visuelle quand nous le lisons, par une sensation auditive

quand nous l’entendons. Or, parmi nos sensations quelles

qu’elles soient, les unes, les moins nombreuses, restent indifférentes, les autres s’accompagnent d'un état de plaisir ou de douleur. Le mot possède donc, en dehors de sa signification, un élément sensoriel s'accompagnant d'une impression agréable ou désagréable. Lorsque cet élément devient prédominant, le choix des mots dans l'usage de la parole et la constitution de la phrase, se trouve uniquement fondé sur leurs propriétés intrinsèques et le langage devient de la phraséologte.

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