‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 11 sur 34 · OUT · texte numérisé non relu

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En tant que son, chaque syllabe possède sa note spéciale ; plusieurs syllabes constituent une suite de sons plus ou moins harmonieux à l'oreille. Il est universellement reconnu qu'il existe une harmonie de la phrase. Mais ce n’est pas tout. La phrase possède en elle-même nn rythme plus ou moins bien cadencé. La poésie n’a pas d’autre fondement et c’est chez les poètes qu’on rencontre le plus d'exemple de ce psittacisme qu'on pourait appeler, par fascination du mot, « Quid quid tentabam scribere versus erat » dit Ovide. Ici la pensée est tout à fait accessoire ; elle abdique en faveur de la musique et du rythme. Il n’est point besoin d'insister ici ‘ sur l’insuffisance notoire de la plupart des livrets d'opéras comiques qui n'ont pour excuse que la musique. De même que les artistes chantent leur livret, de même certains aliénés chantent leur psittacisme.

« La forme rythmique est une des modalités naturelles du langage automatique » 1).

À propos de l’intonation rythmique du langage des aliénés, Fauser fait remarquer que normalement l’homme sensé et sain n’accentue pas sa parole d’après le rythme naturel des mots, mais d’après leur sens et leur importance dans la phrase ; il n’en est plus de même chez l’aliéné chez lequel fait défaut la compréhension de ce qu'il dit. Chez lui la disposition rythmique qui, d'après Fauser, est un phénomène constant, dans presque tous les actes biologiques reprend ses droits. Et ainsi l'intonation rythmique. en tant que symptôme pathologique,

(4) Socuter et Borssier, Mediumnité délirante. Archives de nevrologie, p. 141, 2, 1904.

PAR ee

est une preuve de psittacisme et témoigne d'une régression de l'attention et de la volonté au profit de Fee tisme (1). e

D'autres alhiénés écrivent leur psittacisme.

Il serait peut-être exagéré de dire alors que le choix des mots ne repose que sur leur physionomie graphique plus où moins agréable à l'œil ; car avant de l'écrire ils l'ont parlé, mais il y a bien lieu de supposer cependant que ce dernier élément entre ici en ligne de compte.

A mesure que le mot perd son sens, perd sa valeur conventionnelle en tant que signe du langage aruficiel, nous voyons ses éléments sensoriels, ses propriétés musicales prédominer. C'est la logolâtrie par fascination du mot. ;

Ce n’est pas tout. La logolâtrie résulte encore et surtout de l'addition au mot vide de sens de l'élément

superstition, et l’on peut donner, suivant les cas à cette

variété de logolâtrie, pour la distinguer de la précédente,

les noms de fétichisme verbal et de magie des mots. Sous sa forme la plus grossière c’est la croyance à la

puissance magique des mots et des formules. Un jeune

homme s’imagine que les âmes du pu”gatoire seront

torturées s'il ne débite pas la formule : Dieu-treize, (Saury). — Une malade, pour se maintenir dans ses droits,

répétait la formule suivante : Cinq fois cinq font vingt-

cinq. Je suis la reine de France Zazi. | Nous en trouvons encore un bel exemple dans cette conjuration grotesque d'un paranoïaque cependant intel-

(1) Fauser. Zur Psychologie des Symptôms der rythmischen SERRE bei Geisteskranken. Allg. Zeitschr. f. Psych., 4905, p. 687.

ligent : Petroskoï, marabiska, patomba, lemba, rayamba, strapulika (Tanzi).

On pourrait aussi dans le même ordre d'idées, citer d’autres malades, qui, dans un état d’esprit analogue, se servent de périphrases pour éviter de prononcer certains mots {aphrasie superstilieuse de Këssmaul) (1) auxquels ils attribuent une influence néfaste.

Les formules d'évocation, d’incantation, etc., ont la même valeur. D'après leur pouvoir magique, les mots pourraient écarter les dangers, chasser les maladies, etc. Un exemple célèbre et qu'il suffit de rappeler est l'amulette de Pascal (2). £

S1 les faits de ce genre sont les plus caractéristiques, ils sont bien loin de constituer les seuls exemples de ce type de logolâtrie, que l’on puisse rencontrer chez les alhénés.

Très nombreux en effet sont ceux de ces malades qui ont le fétichisme du mot. Il semble qu'à leurs yeux, comme l'a déjà fait remarquer Tanzi, la parole soit quelque chose de supérieur, de divin, et renferme en elle-même de mystérieux secrets, source de vérité et de science pour qui réussit à les pénétrer. C’est à eux surtout que pourrait justement s'appliquer la parole bien connue : « Le mot c'est le Verbe, et le Verbe c’est Dieu ».

Il a été dit précédemment que certains psittatisants ne font qu’apprendre des mots par cœur et croient alors être en possession d'une puissance secrète et mystérieuse d’une science infinie, alors qu'ils n’en ont que la formule

(4) Küssmauz, Troubles du langage.

(2) Lécur. L'amuletle de Pascal,

qu'ils seraient, il est vrai, non seulement totalement incapables d'expliquer, mais même d'appliquer. Ils attribuent au mot une vertu merveilleuse, celle de réceler en eux-mêmes la pensée et de la porter dans les esprits (Dugas). Ils s’imaginent que le mot recèle la connaissance, qu'il ne donne pas seulement l’intelligibilité, mais donne aussi l'intelligence des choses.

Ces différentes formes de logolâtrie s’observent surtout dans les états délirants plus ou moins systématisés et en particulier’ chez les débiles.

$3. — Langage dont l'accord avec la pensée est le résultat de la mémoire et non du jugement.

Il nous reste enfin à considérer le langage psittacique dont l'accord avec la pensée est Le résultat de la mémoire et non du jugement.

Cette dérnière variété de psittacisme est extrêmement répandue. C’est le psittacisme des gens du monde. Nous ne nous y arrêterons pas puisque notre étude ne concerne que le psittacisme des aliénés, nous contentant pour spécifier à quels phénomènes nous faisons allusion, d’emprunter à Dugas les lignes suivantes :

« Certaines personnes paraissent avoir le don de s’assimiler les choses, juste pour en parler et donner l'illusion qu'elles les connaissent. C'est là une partie de l’art de la conversation où les femmes surtout excellent. Elles sont averties par une sorte de flair de ce qu’elles peuvent dire et doivent taire, sans bien savoir ce qu'elles disent étsans rien savoir de ce qu’elles taisent, sans connaître les

RTS AIRE

raisons pour lesquelles elles prennent le parti de se taire ou de parler. elles connaissent l’usage des mots et non leur définition. »

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