L... parait avoir des hallucinations auditives. Tout à coup
il fixe le plancher, et s’accroupit comme pour parler : à un interlocuteur qui serait dans la cave.
« Quest-ce que c’est ? Qu'est-ce que c'est? (en Lyththant) Qu'estce que c’est? rro, rro, rrorrro, rrorro. Il y a une histoire Gustave Comte, Gustave Comte, Gustave Comte Comte ..., (pendant 2 à 3 minutes), il a volé un autre, . un autre... un autre. François
BF 40 14e
Bat, François Bat, François Bat... (un grand nombre de fois) touc, tic, tac, touc, tie, tac, tou lou lou lou lou lou lou, quatre fois, cinq fois, mille fois, mille fois, mille fois, Gustave Flaubert, Gustave Flaubert, Gustave Flaubert (en rythmant et en battant la mesure avec sa main), quatre fois cent millions, quatre fois cent millions (un grand nombre de fois), Napoléon V, Napoléon VI, Napoléon VII, Napoléon VII (en répétant devant chaque chiffre Napoléon), 9, 10, 11, 12, 17, rro, rro, rro, rrorro. Hier j'ai tué Jean Caffé. Cinquante mille m'ont fait cocu, moi empereur, le plus beau des hommes, le plus malin des cuistres. Maintenant il a tué 500,000 éléphants. J'ai 100 billions, mais j'en sais d'autres, rro, [rO, TTO, FCO, ro, rrrrrrrrro. Laissez-moi, n'est-ce pas, en voilà assez, vous n'avez rien à me demander 16, 17, 18, 19, 24, 30, 40 pour mes émoluements. 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 73, 73, demain, après demain, demain, après demain, 80,000, 12,000, 100,000, en 10975 | Ë :
Il prête l’oreille et paraît écouter attentivement.
« Alors, maman, ça y est? — Qu'est-ce que tu lui dis toi? rro, rro, la la la la la, en 1610 il y aurait un Arabe. »
1% août. — T... est plus agité qu'hier ; il se promène de tous côtés dans la cour et parait de très mauvaise humeur. De temps en temps il retourne dans le coin où il était hier.
« Je ne veux pas que vous me tutoyiez (on ne le tutoie pas), mais je ne vous tutoie pas, n’est-ce pas, hier.matin. Bon, c’est lui qui ma mis ça. Oui, bon! Alors c’est surprenant. Je ne suis pas : sorti comme ça. Maintenant pourquoi suis-je ici comme ça? Ca c’est le paletot de mon père (il regarde avec étonnement sa veste). Vous étamez la glace, n'est-ce pas. Comment que ça se fait ? Mais non! mais non ! Je veux savoir pourquoi Je suis venu comme ca. Pourquoi j'ai ce gilet-là ? 500 millions, 500 millions (un grand nombre de fois en se frottant les mains), moi c’est ce que je gagne tous les soirs, 500 milliards, 500 milliards, 500,000 fois, rro, rro, rTO, TO. ;
D. — Qui est-ce qui vous parle, Monsieur T...?
R. — Oh! oh! c’est terrible. Je ne veux pas être cramponné comme Ça. Faites venir un gendarme. »
COTARD. n
T... s’en va se promener, ne souffre plus qu’on l’approche. Après avoir fait plusieurs tours dans la cour, il revient dans son coin.
« Je gagne donc à la minute cinq cent cinquante milliards, cinq cent vingt milliards en cinq minutes, cinq cent millions, einq cents vingt millions (un grand nombre de fois). Alors on va au sperme.
D. — Qu'est-ce que c'est le sperme? |
R. — C’est deux grandes cuves. Il faudra maintenant que je travaille un jour par semaine. On travaille le dimanche. Rrro, rro, TTO, TELTOS TO; LOS De
Le soir le malade est accroupi dans son coin, pieds nus.
« Salle de bains, salle partout, fabrique à ça, superlatif, ordre du jour, trou la la la, ouisti, rrro, rro, rro, rro, rro, machine à double, machine à double, machine à ça, machine à ci. Je suis nourri pour 100,000 ans, rro, rro, rro, rro. Six millions d’hommes, six millions d’Africains, six millions de souliers, rro, rrorro, ro. »
Toutes ces paroles sont accompagnées de gestes stéréotypés, le malade fait constamment le geste de se ganter.
« Rro, rro, rro, ça sort par ici, oui (il siffle), trou la la la la laire (il siffle sans qu'on pusse reconnaître aucun air), cent millions, cent millions (un grand nombre de fois), cinq cent mille francs, cinq cent mille franes (un grand nombre de fois).
15. — T. . est appuyé contre un arbre, debout dans la cour. « Rro, rro, rro, savez-vous ce que cela veut dire ? Merveille. Tia, c'est jolie femme. Dans notre true, on cause avec les yeux. J'ai
fait une machine électrique pour faire des bougies. Rro rro, ça
veut dire merveilleux. » T... prononce mal et achoppe très souvent,
D. — Ro, qu'est-ce que ça veut dire ?
R. — Eh bien! Cinq cent mille-mala-monématique-mathématique ». |
Le soir, T... est très agité, on ne peut l’approcher.
16. — « Tous les cafards, tous les cafards (un grand nombre de fois), tout le truc, tout le truc (un grand nombre de fois), tous les Français, toute la rue du Caire, toutes les vaches, toute la bande, tout et rro (mots incompréhensibles). »
17. — Aujourd'hui le malade est plus calme et plus aimable. :
« Boulevard Sébastopol.. Vous avez la gare de l'Est, la gare de Lyon, la gare du cha, la gare du la, la gare du tra, la gare du tra. Apportez-moi mon costume d’amiral {il regarde en l’air).
D. — À qui parlez-vous ?
R. — A des amiraux.
D. — Où sont-ils? je ne les vois pas.
R. — Taisez-vous. Maintenant vous avez en Flandre rue de Cuiraçao les plus beaux monuments que je puisse faire de mon existence entière (T . fait constamment des gestes stéréotypés avec
ses doigts, comme s’il voulait enfiler des gants). Vous avez un cisep, un honia, un trika, un batuc .»
Ce langage est manifestement incohérent. Tout en lui n'est d’ailleurs pas psittacisme et il nous semble que cette incohérence résulte tantôt d'idées délirantes, tantôt d’hallucinations, tantôt enfin et, c’est alors seulement que T... est psittacisant, de l’automatisme des centres inférieurs du langage.
En effet, certains mots ou phrases qui paraissent au premier abord absolument dénués de tout sens, sont souvent en rapport avec une idée délirante qu'il est parfois impossible de soupçonner et que le hasard seul permet quelquefois de saisir. Ainsi T... nous a dit qu'on doit aller au sperme, et après lui avoir demandé ce que c'est que le sperme, nous avons appris que c'était deux grandes caves: Pensant alors que T... répondait sans savoir ce qu'il disait, et considérant cette réponse comme incohérente, nous n'avons pas insisté. Nous en avons cependant eu l'explication quelques jours plus tard, T... nous ayant appris tant bien que mal qu'il existe à l'Elysée deux grandes cuves de sperme dans lesquelles on doit aller se tremper pour devenir beau.
D'autres phrases, non moins incohérentes, sont probablement en rapport avec des hallucinations auditives ou visuelles. Tel est peut-être le cas des mots oui, oui, ah bon, que répète fréquemment Le lorsqu'il répond à des interlocuteurs iuvisibles.
Si certaines phrases peuvent être rattachées ainsi, soit à une idée délirante, soit à une hallucination, d’autres au contraire, paraissent indépendantes de toute espèce de troubles sensoriels ou d'idée, ou du moins d'idée nette et précise, et constituent donc du psittacisme. Ainsi la répétition très fréquente des mots tels que : cinq cents millions, milliards, etc., exprime bien des idées de grandeur et d’euphorie, mais constitue néanmoins un exemple de psittacisme à pensée indistincte et vague dont nous avons précédemment parlé..Car très certainement ces différents nombres qui représentent des concepts tout à fait abstraits ne sont employés par T .. que comme de vagues symbôles de grandeur sans proportion entre eux. | x
Il y a heu de demander si le son rro-rro a pour T... une signification quelconque. Il nous dit lui-même que rro veut dire merveille, mais l'instant d'après nous le lui demandons et 1l nous répond par des mots sans suite. Le son rro ne veut probablement rien dire. Il représente seulement une émission de sons inintentionnelle, résultant de l'excitation des centres du langage.
Il en est de même des mots bizarres prononcés par le malade : touc-tic-tac-cisep-honia-trica. Il est vrai qu'on pourrait supposer à propos de ces derniers que ce sont simplement des mots estropiés et rendus méconnaissables par suite de la difficulté avec laquelle le malade s'exprime.
Au contraire, les mots tels que François Bat, tous les cafards, tout le true, que répète un grand nombre de fois le malade, s'ils sont amenés la première fois par une association d'idées ou une hallucination, finissent au bout d’un certain temps par perdre toute espèce de sens. Cette répétition de mots rapproche fort, comme on le voit, le langage de T..., de la verbigération. Dans les deux cas, le mécanisme en ést le même : excitation des centres du langage qui fonctionnent automatiquement. Le langage de T.... se rapproche encore à un autre point de vue de celui des déments précoces, c’est par la salade de mots, « salle de bains, salle partout, fabrique à ça, superlatif, ordre dn jour, etc. », suite de mots prononcés au hasard et constituant un bel exemple de psittacisme. En raison de l’état d’euphorie et des idées de grandeur du malade, cette salade de mots se modifie parfois par l’adjonction de l'adjectif tous, et l'on obtient alors le galimatias suivant : « Tous les Français, foute la rue du Caire, {ous les boulevards, foutes les vaches, etc. »
D’autres part, certaines paroles semblent bien avoir pour cause un véritable plaisir musculaire ou une impulsion verbale ; telle cette phrase : « Vous avez la gare de l'Est, la gare de Lyon, la gare du Cha, la gare du La, la gare du Tra, la gare du Tra. ».
- Notons encore la tendance à réciter mécaniquement une suite de chiffres (Napoléon III, Napoléon IV, etc.), une suite de mots associés automatiquement dans la mémoire par l'éducation ou l'habitude. On peut la considérer conme un signe précieux d’affaiblissement intel-
lectuel,
$ 3 — Démence précoce.
Les troubles du IADEREE dans la démence precee ont été l’objet de nombreux travaux. Il suffit de s y reporter pour se rendre compte que le plus grand nombre des déments précoces sont des psittacisants (1).
On y rencontre la salade de mots, la verbigération, les stéréotypies verbales, les néologismes, l’écholalie, etc. Nous ne nous y arrêterons pas longuement et nous ferons seulement remarquer que les déments précoces arrivent au psitlacisme par deux voies : ou bien en raison de leur affaiblissement intellectuel progressif, par la prédominance de l’automatisme des centres inférieurs du langage ; ou bien par le mécanisme que nous avons déjà signalé à propos de la formation des stéréotypies verbales et des néologismes.
1° Salade de mots. — Masselon donne comme exemple de Wortsalat, les lignes suivantes :
Ma mère voulait que ma petite fille travaillât pour elle. Elle est droit d’origine, ce sont des conserves: les conserves privées de la vue au permis de chasse vont dans les loges. Si vous êtes des sourdsmuets on les affranchit, Je suis paralysée, je suis sourde muette. C'est bon à la voiture ; j'ai été au 29 septembre en voiture demoiselle de Kiévermont, c’est bon de manger des centaines de sacs.à
(4) CAHEN, Contribution à l'étude des stéréotypies. Arch. de Neurol., 4901, I, p. 476.
Dromar», Etude sur la stéréotypie des déments précoces. Arch. de Neurol., 1905, I, p. 189.
Deny et Roy, La lémence précoce, 1903.
MAsseLoN, La démence précoce, 1904.
Kiévermont, jeudi 5 mars à Kiévermont, le 29 septembre à Kiévermont, jeudi 5 mars à Kiévermont, le 29 septembre 1887 j'ai dormi au Luxembourg, Namur, Liège, Anvers, j'ai été à la grand'messe 26 fois 40 demain vendredi 25 janvier, dimanche 24, dimanche 24 juin 1887, je viendrai manger à Kiévermont danser de grosses femmes, j'ai été à Kiévermont, à Arlon, à Bruges 1880, 1898, à la ville de Bruges, Gilson Nicolas hier mercredi 4 mars 1888 nonanté 80 ans passés jeudi 5 mars. ‘
Mais dans ce langage subsiste encore un rudiment de construction grammaticale. La malade fait encore des phrases, phrases évidemment dépourvues de tout sens, mais conservant une certaine tournure.
Il nous à été donné d'observer dans le service de notre maître le D' Deny à la Salpêtrière, un exemple de salade de mots qui nous paraît encore plus typique, en ce sens que l’on n’y trouve même plus trace de construction . grammaticale.
Il y a madame à la Rochefoucault, maintenant madame pour le siège de Paris. Louis le Grand par le D' Raymond dans les armes du Louvre. Francisque Sarcey alors au Français, l'opéra par la littérature antérieure dans un couvent donc du Châtelet il devait venir Roosevelt. Les officiers avaient un droit de sensuel. Thiers a reçu le peuple ; il a donné l’expression de la Chambre. Le peuple ne faisait pas de blessure. Du membre. 10 ans après. 20 ans après. 2 ans après. L'empereur d'Allemagne fut salué de l'Afrique. Les Celtes de Belgique, exprimés par les traits dans les faits. Eh bien! Paris dans les armes et sur les feux. Abd-el-Kader.
En réalité ici même, on note encore une ou deux phrases grammaticales. Le plus souvent les deux symptômes, salade de mots et verbigération coexistent chez le même malade,
20 Verbigération. — La verbigération que Kahlbaum regarde comme caractéristique de la catatonie, consiste en ce que «le malade déclame sans cesse sur un ton pathétique et théâtral les mêmes phrases, souvent d’une
portée très vulgaire ou parfois même des mots totalement vides de sens. »(1)
+ c- Nous donnerons plus loin quelques exemples de verbigération en signalant les difficultés qu'on éprouve sou-
vent à la distinguer de la logorrhée des maniaques.
3 Néologismes. — Les néologismes résultent pour les déments précoces d’un processus analogue à celui de la jargonophasie. Ce sont le plus généralement des néologismes passifs et n'ayant aucune signification. Ils se développent, dit Masselon, grâce aux troubles de l'attention, . à l’imprécision et à l'effacement des images verbales.
Cahen cependant admet un autre mode de genèse. Pour lui, le néologisme du dément précoce, est le reflet
d’une idée, 1l exprime par conséquent, quelque chose.
Mais au bout d’un certain temps le malade oublie le LEE . : À
sens de son néologisme et continue cependant à s’en
servir sans le comprendre. Le fait s’observe d'ailleurs
aussi bien chez les déments paranoïdes à idées de persécution.
4° Stéréotypies verbales. — Enfin les stéréotypies verbales, qu'on rencontre assez souvent chez les déments précoces, représentent encore une forme évidente de psittacisme. En voici un exemple emprunté à Cahen (2) :
(1) Séccas, Troubles du langage chez les aliénés, p. 38. (2) Cane, loc. cit,
D. — Comment vous appelez-vous ?.
R. — Il ne faut jamais rien lui dire, . — Quel âge avez-vous ?
. — Îl ne faut jamais rien lui dire. Je ne sais pas ; 22 ans. . — Savez-vous mon nom ?
. — Vous êtes docteur ; je lui donne sa bénédiction. . — Savez-vous le nom de l'établissement ?
. — Ville-Evrard. Sans céder, je lui donne sa bénédiction. . — Pourquoi êtes-vous ici ? . — Sans se troubler; sans céder ; je ne sais pas. . — Voulez-vous partir ?
. — Oui. Je ne sais pas. Sans se troubler, sans céder. . — Voulez-vous rester ?
. — Je veux bien. Il ne faut jamais rien lui dire. . — Pourquoi répétez-vous sans cesse les mêmes mots ? . — de ne sais pas ; il ne faut jamais rien lui dire.
Die tt no mie) moe ©'mie