‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 25 sur 34 · DT PR · texte numérisé non relu

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époque chacun ne faisait pas ce qu’il voulait. Il fallait se tenir dans le style français. Tandis que maintenant vous voyez des constructions bâties dans tous les genres. Ainsi par exemple le Champ-de- Mars avait un périmètre de 1,000 mètres sur. 500. C'était une harmonie magnifique, qui est brisée maintenant par toutes les constructions qui l'ont envahi et ont enlevé l'harmonie du sol.

D. — Et Hôtel-Dieu au réductif, qu'est-ce que cela signifie ?

R. — Au réductif, sombre roman. Les monuments sont des livres qui guident les générations. C’est retourner vers les temps anciens. C’est à cause de la politique, des luttes d'intérêt. C'est peut-être involontaire, je ne sais pas. Pierrefonds, etc. ... C'est une espèce de retour au Moyen-Age. C’est pourquoi je mets Bastille féodale. C'est une résurrection de l'architecture du xiv° et du xv° siècle. Supposez quatre-vingt-dix-neuf châteaux pareils avec quatre-vingt-dix-neuf seigneurs, c’est comme en 89.

La psychologie de X... n’est pas moins intéressante que ses œuvres, à

X....est âgé de 47 ans, ancien peintre décorateur, interné à l'hospice de Bicêtre depuis plusieurs années avec le diagnostic de débilité mentale.

X... raconte qu'il s’est instruit lui-même en travaillant dans les musées et les expositions. Il est d'abord aimable, toujours très propre, très poli, très réservé. Le plus souvent il passe son temps à rédiger ses rapports, isolé dans un coin. Souvent cependant, on, le voit discourir au milieu d'un groupe de malades qui semblent l'écouter avec intérêt. La forme de ses écrits est toujours propre, nette, sans aucune tache. Il écrit très lentement (deux pages par jour au maximum) dessinant en quelque sorte chaque lettre avec une plume très fine. Si ces écrits sont parfois difficiles à comprendre, c’est parce qu’il « abstrait» n'ayant ni le temps, ni la tranquillité nécessaire pour une rédaction plus longue. A1 veut être utile, dans la mesure de ses moyens, et il considère comme un devoir d'éclairer de ses lumières les pouvoirs publics.

Si le langage de ces débiles ne cache aucune pensée distincte, 1l n’en est pas moins vrai cependant qu'il récèle

ne

quelquefois, sinon une pensée, au sens propre du mot, au moins une tendance, une orientation dans un sens ou

dans l’autre, et la meilleure preuve en est que tandis que

chez les uns le psittacisme s'étend à tout le délire, chez les autres 1l se restreint à un certain ordre d'idées : idées de persécution, idées de grandeur, par exemple.

Observation XIII

(Personnelle, récueillie dans le service du D' SéGLas, à Bicêtre).

Monsieur J... est le type du persécuté dont le psittacisme est cons-

tant, quel que soit le sujet qu'il ait la prétention de traiter. Voici

d’ailleurs une de ses élucubrations qui constituent un bel exemple

de psittacisme (l'orthographe est respectée).

.… «Aux confins du monde y aurait-il un enfer plus ancestral, plus inouï que celui de la 2° section, 5° division de Bicêtre ?

Je ne le crois pas. Seulement ce que je crois, c’est qu'aucune prison correctionnelle, Maison Centrale et bagne français étant le pôle opposé, ainsi que ses prisons, asiles-oubliettes de fous et prétendus tels.

Pourtant pour conjurer cette barbarie, ce n’est pas une hiérarchie de médicastres en effigie qui manque pour inspecter, ni les Commissions véreuses de l’agonisant Conseil municipal de Paris et celui du mot général, tout un colossal foudre pot-de-vinier qui vient

. dédaigneusement tous les 6 mois pour y faire un gueuleton à 35 fr. par tête, au détriment des producteurs utiles qui meurent de faim en face de l’indéfini superflu alimentaire que recèle la terre et les GET PRE Dee

Répulsifs dieux de l'or, qui vous vous croyez invincibles, que si, vu que les lois naturelles, elles suppriment le cours monétaire, d’abord chez les nations les plus ascensionnelles et successivement par toute la terre, comme l'échange, il se fera mutuellement de

produits à produits, ou pour faciliter, avec les métaux les plus riches qui seront poinçonnés par les races diverses.

A cette période de carcasse de Justice renversée, pourquoi ne vous exprimerais-je pas mes pensées et idées naturiennes ? Surtout en ce moment, où les fils et les filles du nommé dieu, ils et elles font des barricades, et jetant des sceaux de parfums sur la tête des préfets et commissaires de police, ete., tout en poussant des hurlements, chantant des cantiques, ainsi que vive les sœurs ! Enfin une réédition de tueries, en faveur des exploiteurs des libertés parasitaires qui sont ennemis de l’enseignement naturel. Je nomme les séculaires comédiens de l'Eglise et de son allégorique frère jumeau, l’état-civil, qui encore dans cette Bretagne, ils jonglent avec les épaves du fanatisme divin, en se servant de chaque côté de leur exécrée et exécrable licence sauvage pour fausser les esprits

avec leur enseignement abstrait qui alimente les dissensions contre

la civilisation réelle. L'église ou les églises, ont leurs variées divi-

nités, ce que ne voudrait l’athéiste, Etat civil, ce même état civil

n'est-il point un extra comique, en idolisant et déifiant ses grrands manitous qui encombrent les jardins et les places publiques ? » Monsieur J... a même écrit quelques poésies :

Dans le tout à tous de son unité Une

Seront des égaux. les prétendant génies supérieurs Soit en ville, et dans l’ex-ville commune

Et successivement il en sera de même partout ailleurs.

Hydre, si sur les routes tu as supprimé son calvaire

Tu l'as consolidé par de là les monts et les mers ;

Tout en conservant à Bicêtre sa sûreté tortionnaire

Sans s’appitoyer sur les victimes, ni les larmes de leurs mères.

Législateur, ton bourbier de fange et de sang ! il déborde Et son fond est intense de lie ; à la surface, que d’écume ? Prends garde qu’en ces galères lointaines tu y exodes, Pour qu’à jamais de la chaîne, tu en brises l'enclume.

$ 2. — Chez les délirants plus ou moins systématisés 7 (logolâtrie).

À quelque milieu qu’ils appartiennent quels que soient leur niveau intellectuel et leur culture, il est nombre d'individus qui n'échappent pas à la logolâtrie (1) ; mais elle est particulièrement frappante dans certains états mentaux pathologiques.

Plusieurs détails d'observation peuvent la mettre en lumière. ù

Ce sont d’abord les annotations, coupures, extraits que font ces malades dans les publications ou dans les livres qu'ils lisent et ont la prétention d'étudier.

En général, les mots qu'ils transcrivent ne représentent nullement les idées maîtresses du travail. Ce ne sont que des phrases décousues, des mots isolés. Encore ces phrases ou mots ne sont-ils nullement remarquables par l'idée exprimée. En revanche, on y découvre un caractère commun, l'harmonie musicale des périodes, la sonorité, la redondance des termes. C’est là surtout ce qui a déterminé le choix du malade et la chose devient très frappante dans les cas fréquents où ces mots eux-mêmes se trouvent répétés, soulignés, annotés. Ajoutons d’ailleurs que le malade non seulement se montre incapable d'interpréter exactement l'idée contenue dans ces phrases, mais encore ne peut définir les mots qui ont attiré spécialement son attention. Ces mots et ces phrases, on

(4) Voir page 38,

on re

les retrouve ensuite à tout instant dans leurs discours ou

dans leurs écrits personnels. Il se produit ainsi ce qu'on pourrait appeler une sorte d'intoxication par certains mots ou formules, arrivant à constituer de véritables stéréotypies verbales.

D'autres indications viennent encore plaider dans le même sens, par exemple, la tendance très fréquente chez ces individus, à la versification ou plutôt à l’assemblage de mots plus ou moins disparates en cadence rythmée, se terminant par des assonnances et rappelant ainsi des vers auxquels il ne manque que le respect des règles de la poésie et l'inspiration.

Il est encore des cas dans lesquels cette fascination du mot se retrouve dans l'intonation du discours bourré des mêmes mots inintelligibles, mais prononcés d’un ton emphatique et déclamatoire. Certains sujets en arrivent même à chanter leurs divagations, comme s'ils avaient la prétention de suppléer par la mélodie à l'insuffisance de l'idée. « Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante ».

‘La logolâtrie sous les deux aspects que nous avons distingués dans notre premier chapitre (fétichisme verbal et magie des mots) peul ne se manifester que d’une

‘façon plus où moins incidente, dans certaines occasions particulières et en connexion avec des idées délirantes de diverse nature. |

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