‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 26 sur 34 · IDÉES DE PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

IDÉES DE PERSÉCUTION

Chez le malade O..., précisément, le psittacisme se réduit à cet ordre d'idées.

Observation XIV

(Personnelle, recueillie dans le service du Dr SéGLas à Bicêtre).

O..: est en effet un persécuté systématique, âgé aujourd’hui de 45 ans, dont le délire remonte déjà à 17 ans environ et a évolué suivant la progression classique ; d’abord interprétations délirantes» puis ballucinations de l’ouïe, du goût et de la sensibilité générale.

Depuis son entrée à l’'Asile, O .. ne s’est pas modifié et il continue d’être un persécuté classique. Il ne manifeste ni idées de grandeur proprement dite, ni affaiblissement intellectuel. C'est un mal équilibré, d'intelligence moyenne ayant reçu une certaine, instruction, ouvrier électricien. Il est-ên général sombre, peu communicatif ; cependant il n’est ni réticent, ni dissimulé. Lorsqu'il parle de choses indifférentes, son langage n'offre rien de particulier ; il s'exprime simplement avec des mots usuels, en termes très compréhensibles. |

On peut d’ailleurs s’en rendre compte par les lettres suivantes :

1°" juin 1906.

Monsieur le Directeur, x

J'ai l'honneur de m'en remettre à vos bons soins pour vouloir faire parvenir la lettre ci-jointe à destination, affrauchie, recommandée, dont on voudra bien prélever le coût de la taxe sur Vargent m’appartenant et qui, saisi sur moi, doit être en dépôt à ma disposition à l’économat ; somme qui lors de mon transfert à . l’Asile devait être d’environ 63 fr.

Sans doute que soucieuse des droits et des devoirs qui lui sont régulièremeut dévolus, l'Administration appréciera les termes mesurés de ma lettre en même temps que le bien-fondé de ma réclamation. :

Que M. le Directeur veuille bien agréer mes bons sentiments et mes civilités.

COTARD

Mes chers parents,

Je vous écris pour vous prier, quand vous viendrez, de bien

vouloir m'apporter du papier grand format ministre que je ne puis

avoir ici. Parce que'bientôt va être l'instant à ceux qui me soignent

depuis 72 mois de leurs sagacités, de démontrer que le mieux

n'est pas l'ennemi du bien. S'ils sont réellement capables, ils doivent avoir eu le temps de me transmettre toutes les vertus épurées. Et si l’on avait pu suspendre pour moi l'usage des ans, je ne pourrais qu’en être plus reconnaissant ; mais ne demandons pas l'impossible. La perfection, chacun sait qu'elle n’est pas au pouvoir de notre pauvre humanité.

Donc à bientôt.

L'opposition même qui existe, d’une part, entre ces déux lettres et, d'autre part, le document suivant, émané de la même plume, ne peut que mettre mieux en relief le psittacisme qui transparaît dans ce dernier.

Disons d'abord que O..., depuis son internement, passe la majeure partie de son temps à lire tout ce qui lui tombe sous la main et à copier des mots, des phrases qu'il conserve dans une sorte de répertoire. Sans manifester d'idée de grandeur formelle, il s’imagine, par ses lectures mal digérées, par ce fatras de mots qui dépassent son intelligence, avoir élargi considérablement le cercle de ses connaissances, qui lui semblent devoir s'être augmentées en proportion directe de son vocabulaire.

Vérité, véritas.

4e janvier 1906.

Je vais vous parler métaphysique, * | Je vous dirai que je souhaite le progrès, mais que je n’y crois pas, car pour beaucoup il se montre plus débilitant qu'encourageant.

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