‹ Contribution à l'Étude Sémiologique du PsittacismeChapitre 27 sur 34 · FPE EN ER ET PPS NS PES PIRE CN PPMET TT · texte numérisé non relu

FPE EN ER ET PPS NS PES PIRE CN PPMET TT

ego

La civilisation atrophie les qualités naturelles indispensables à la perpétuation sans rendre l’équivalence qui plairait aux hommes. Je crois que la supériorité attractive de la nature est de ce que les rayons de ses ondes magnétiques n’ont pas de rémoments et doivent être convergents, tandis que ceux des hommes sont sans cesse divergents, se contrarient, donnent l’inertie... La civilisation pourrait déplacer les directrices d'énergie ses organisations désarticulent par l'administration inharmonique de l’action utile, rendant par ses forces factices, la désagrège, trouvant plus intéressant d'induire par des tiers ce que son intellect conscient évite sinon par cohésion du moins par solidarité plus ou moins collectives qu'inflige le dit progrès qui devient alors par ce vague... La science humaine ne peut que se conformer aux causes de l’évolution du monde par lesquelles la nature reprend toujours ses droits. Sur sa corruption cosmique ses progrès ne s’antagonisent pas pour circonvenir au lieu d'édifier. Les sociétés se périssent par leurs hableurs qui ne peuvent supporter leurs propres doctrines, civilisés égoïstes de leurs raffinements d’existence qu'ils frelatent en restant dupes de ce qu'ils rêvaient d'humanité. Métaphysiquement, voilà ce qu’augure l'état d'âme désintéressée. 3

Il est bien certain que si pour faire de la métaphysique, il suffisait, suivant la boutade- de Voltaire, de parler de choses que l’on ne comprend pas à des gens qui ne comprennent pas davantage, ce morceau pourrait faire du malade un métaphysicien de premier ordre, car c’est incompréhensible.

Mais ce qu'il y a ici d’intéressant, c'est le contraste de ce document avec les lettres précédentes. Tandis que ces dernières sont rédigées en termes usuels, en style compréhensible, ici on ne trouve plus qu’une suite de mots grandiloquents, prétentieux; une terminologie . pseudo-scientifique, un chaos de formules bizarres aboutissant au galimatias le plus complet.

Et c’est cependant sur ce galimatias que s’étaye la prétention d’avoir écrit un morceau de métaphysique, prétention affirmée à trois reprises dans l’exorde «Je vais vous parler métaphysique »; dans la conclusion «, métaphysiquement » et dans hérghe « Vérité, véritas ! »

Le mot prend ici un rôle considérable ; ce n’est plus seulement du simple psittacisme, cest aussi de la logolâtrie. | |

Nombreux sont les cas dans lesquels on voit un persé- . cuté résumer ses persécutions dans un mot, souvent un

néologisme dont il est incapable de donner le sens, qui,

cépendant à ses yeux, renferme en lui-même l'intelli-

gence des choses dont l'énoncé seul doit suffire pour

convaincre ses interlocuteurs et leur donner comme à lui la clef du problème.

Moins fréquents peut-être, mais plus curieux sont ceux dans lesquels le malade cherche une démonstration évidente de ses idées de persécution, non plus seulement dans un mot, mais dans un langage spécial incompré-

hensible en lui-même et où transparaît son fétichisme

verbal.

Le malade O... dont nous parlions tout à l'heure, lorsqu'on le laisse exposer ses idées de persécution, sans objection, se sert en général de mots très usuels et son langage est lout aussi compréhensible que lorsqu'il parle de choses indifférentes, mais dans les périodes de recrudescence du délire, ou lorsqu'on discute avee lui, lorsqu'on le contredit, il revient à ce langage particu-

lier qu'il emploie lorsqu'il parle de métaphysique, lan-

gage obscur, dont les termes sont dénués de significa-

tion par eux-mêmes et qui cependant semblent avoir pour le malade une portée particulière qui doit résoudre la question et donner l'intelligence des choses. À titre d'exemple, nous citerons la lettre suivante »° ë . . {) . - « ul nous remit le lendemain d’un interrogatoire où nous n'avions pas paru convaincus de la réahté de ses plaintes.

24 août. Monsieur le Docteur.

Je regrette d’être obligé d'affirmer par la lumière des faits que je suis victime d’une coterie maladive qui ne rêve que d’entraver l'effort individuel par la persécution avec la contradiction et autres scélératesses, afin d'anéantir le public sincère d'une façon hypocrite pour la consécration de leurs idées pointues et saugrenues balzaciennes qui ne contribuent pas au relèvement désiré.

Pourquoi se servir de moi pour obtenir un critérium. D’autres auraient en plus le mérite récompensé nationalement et aussi internationalement, partant plus de dévouement, de désintéressement et en plus belle situation.

Et je ne peux pas que, toujours eut des officieux contemporains, penser comme ils pensent pour eux-mêmes invisibles patriotes cosmopolites héroïco-platoniques.

Veuillez agréer.

P.S. — Monsieur, si vous croyez qu'en publiant ma lettre pour clore l'incident et sécher l'encre que ma maigre personualité à son insu a pu faire couler, cela serait simplement mon droit de réponse.

Ce post-scriptum dans lequel le malade paraît croire que sa lettre peut clore l'incident et qu'après ces explications lumineuses, on ne peut trouver rien à objecter, nous semble bien traduire spontanément la confusion qu'il établit entre le mot et la pensée, son psittacisme et

sa logolâtrie.

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