IDÉES DE GRANDEUR
Le fétichisme verbal peut se manifester ‘également
dans les idées de grandeur. On pourrait à ce propos
distinguer deux catégories de faits.
Dans l’une, c’est dans l’expression même des idées de
grandeur, dans la formule mégalomaniaque, que se traduit le fétichisme verbal. Les cas les plus simples sont ceux dans lesquels un malade s’affuble de titres sonores et retentissants sans paraître mû par autre chose que par le culte du mot, une véritable logolâtrie de forme particulère qu'on pourrait désigner du nom de fétichisme nobiliaire. D'autres fois le choix et l'emploi de la formule mégaiomaniaque trahit une sorte de superstition
particulière, le malade s'imaginant que le fait de se
décorer de qualificatifs pompeux puisse par la seule vertu du mot, soit lui assurer les qualités qu'ils expriment, soit, plus simplement, justifier ses prétentions ambitieuses, élablir sa supériorité d’une façon incontestable et lui
assurer le triomphe définitif sur des compétiteurs ou des
adversaires. Cette croyance en une vertu spéciale, même
purement défensive du mot, titre ou qualificatif, donne ainsi à l’idée mégalomaniaque une note particulière de fétichisme verbal.
Nous n'insisterons pas sur ces faits qui ont fait l'objet d'une communication récente de M. le D' Séglas à la Société de psychologie {1° mars 1907).
D'autres cas un peu différents sont ceux dans lesquels on voit des malades amenés à une idée grandeur, assez banale en elle-même, par un fétichisme, non plus seulement des mots exprimant des qualités supérieures, mais des mots et des signes en général.
M. le D' Séglas a rapporté l'observation d’un malade pérsécuté mégalomane dont les idées de grandeur consis-
tent à se croire l'homme le plus savant de l'univers.
À 10 ans, il avait déjà l'esprit d’un homme de quarante; aujourd’hui sa science est telle qu'il fait des miracles, qu’il est deux fois immortel, et qu'il est ce qu’a été J.-C. . Comment a-t-il pu arriver à un tel degré de science et de puissance ? « Par la divination du langage, dit-il ; car ceux qui se disent des savants. ne connaissent pas le vrai langage. » Mais lui, il est parvenu au plus haut degré du langage, de la sténographie et du calcul. Ce langage qu'il connaît par la divination n’est pas, malgré la ressemblance des mots, le français que l’on parle. Celui-là 1l l’a parlé tout de suite sans l’apprendre et 1l le comprenait déjà dans le ventre de sa mère. Celte divination du langage dont parle le malade, n’est en réalité que du fétichisme verbal. Il est facile de s'assurer qu'il s’imagine avoir découvert dans les mots les plus usuels un sens mystérieux, source de toute science pour qui réussit à le pénétrer, Les savants se sont arrêtés devant ces arcanes mys-