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PSITTACISME PRIMITIF ET SECONDAIRE

« Depuis Leibnitz, le terme de psittacisme (langage de perroquet) est consacré dans la langue philosophique pour désigner l'emploi de mots vides de sens » (1).

Parler sans penser, telle est donc la signification du mot psittacisme qui nous apparaît comme un trouble de la fonction langage.

Le fait de parler sans penser, c’est-à-dire de prononcer des mots dépourvus de tout sens pour celui qui les prononce et souvent aussi pour celui qui les entend, parait d’abord si absurde qu’on a peine à se le représenter. Cependant il est facile de s'expliquer pareil phénomène si l’ôn se reporte à la genèse du langage et aux rapports du langage avec la pensée.

(4) L. Ducas, Le psittacisme et la pensée symbolique, p. 1.

Effectivement, si nous pouvons facilement exprimer nos émotions et nos sensations par une mimique et des cris, communs d’ailleurs à l’homme et aux animaux, et qui constituent ce qu'on appelle le langage naturel ou émotionnel, il nous est impossible d'exprimer nos pensées par le même procédé. Nous avons alors recours au langage dit artificiel, quoiqu'il dérive très probablement du précédent (1).

C'est que l’ensemble des opérations intellectuelles qu'on désigne sous le nom de pensée, représente des phénomènes infiniment plus compliqués que ceux de nos émotions et de nos sensations. Pour exprimer nos pensées, voire pour penser nous-mêmes plus facilement et plus rapidement, nous sommes obligés d’avoir recours à des signes dits conventionnels qui sont les mots.

Le mot « élément indispensable du langage artificiel » possède une double fonction ; d'abord celle d'évoquer les images, les représentations mentales, les souvenirs dont il est le signe, puis celle de les suppléer dans l'opération de la pensée. |

S1 donc le langage émotionnel exprime toujours quelque chose, puisque les signes qu'on y emploie — cris de douleur ou de joie, rire ou pleurer, ete. — ont une signification en eux-mêmes, il n’en est pas de même du langage artificiel dont les signes n’ont qu’une valeur conventionnelle. |

Le mot en lui-même est dépourvu de toute signification ; c’est simplement une émission plus ou moins com-

(4) P. MaR«E, L'évolution du langage considérée au point de vue de l'étude de l’aphasie. Presse médicale, 29 décembre 1897,

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