INTRODUCTION
Depuis déjà plusieurs années, tant en France qu’à l’étranger, on range les malades chirurgicaux en deux grandes catégories, suivant qu'ils sont ou non suppurants.
Lorsqu'un malade non suppurant entre à l’h6pital, il est placé dans la salle des malades aseptiques.
Aucun agent antiseptique n’est employé dans cette salle pour les pansements, car de même que les malades sont opérés aseptiquement, de même ils sont pansés aseptiquement.
Mais dans la salle des suppurants, c’est encore le règne des antiseptiques employés soit sous forme de liquides, soit sous forme de poudres, et la poudre microbicide qui tient toujours le record, si nous pouvons nous exprimer ainsi, est l’iodoforme.
De nombreux succédanés ont été proposés et expérimentés, mais tous ont été abandonnés et malgré les nombreux inconvénients de l’iodoforme,
cette poudre est toujours utilisée dans les services de
suppurants et dans notre clientèle de campagne, malgré la répulsion qu’elle inspire au médecin et au malade, on est encore heureux de l’employer à défaut
d’autres.
Au Congrès de la tuberculose tenu à Paris, en juillet-août 1808, Monsieur Beissonnet (de Tours), indiqua, sous le nom de Créosoforme, un nouvel anliseptique résultant de la combinaison de l’aldéhyde formique et de la créosote de bois de hêtre.
Ce composé résultant de deux puissants antiseptiques et se présentant sous l’aspect d’une poudre sans saveur, sans odeur et non toxique, nous parut intéressant et digne d’être expérimenté.
Nous avons pu nous procurer très facilement cette nouvelle poudre antiseptique qui a l’avantage, comme nous le montrerons plus loin, d’être relativement d’un prix moins élevé que l’iodoforme ou ses succédanés.
Nous nous sommes abstenus de soupoudrer de créosoforme les plaies opératoires qüe nous faisons aussi aseptiquement que possible; mais toutes les fois que, dans notre clientèle, nous nous sommes trouvés en face d’une plaie large, sans fistule et sans décollement et suppurant abondamment, nous avons employé
avec efficacité la poudre de créosoforme.
Nous avons expérimenté cette poudre sur les animaux et nous avons recherché si les cultures des
principaux agents de la suppuration étaient arrêtées
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dans leur évolution par la présence de ce nouvel antiseptique.
Enfin nous avons retracé dans ce très modeste travail le tableau de l’intoxication par l’iodoforme, de l’intoxication par la créosote, car, comme nous le montrerons plus loin,le Créosoforme, sous l’action des humeurs, se décompose dans l’organisme en créosote et en aldéhyde formique.
Nous montrerons que jamais dans les nombreuses applications de Créosoforme que nous avons faites nous n’avons observé aucun des symptômes de l’intoxication par la créosote.
Nous terminons ce travail en faisant la critique du Créosoforme, car tout est à l’asepsie maintenant et nous voulons simplement montrer les avantages de cette poudre sur l’iodoforme et ses succédanés.
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Historique
Avant d’entreprendte l'étude du créosoforme, il est indispensable de faire le procès de l’iodoforme et de donner un rapide aperçu de tous ses succédanés.
Rappelons donc les accidents que peut occasionner l’iodoforme, et, pour ce faire, empruntons le passage suivant au cours professé par M. le Professeur Terrier, à la Faculté de Médecine de Paris, en 1893 (1) :
« L'action nocive de l’iodoforme peut s'exercer de deux façons différentes et donner lieu soit à des accidents locaux, soit à des accidents généraux.
1° Les accidents locaux ne présentent qu’une importance très restreinte. On peut les classer de la sorte :
a) L'érythème papuleux dont Kœnig a relaté un cas plus ou moins net d’ailleurs. |
b) L’eczéma dont M. Le Dentu a signalé une observation typique ; cette manifestation irritative
(4) Leçons publiées dans la Presse médicale, aunée 1893,