‹ Contribution à l'étude thérapeutique du créosoforme en chirurgieChapitre 4 sur 18 · TON · texte numérisé non relu

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de l’iodoforme n’apparut qu’au 20° jour du traitement.

c) Les éruptions eczématiformes signalées par Fifield et Goodell.

Dans le cas de Fifield, il s'agissait d’une éruption vésiculeuse ; dans celui de Goodell, de l'apparition de vésicules pleines de sérosité jaunâtre exhalant une forte odeur d’iodoforme accompagnées d’une tuméfaction de la peau voisine.

Ces exanthèmes iodoformiques, comparables à ceux qu'occasionne l’usage du sublimé et de l'acide phénique, s'observent soit sous le pansement, soit à une certaine distance de la plaie. D’après Neisser, ils s’accompagnent de démangeaisons, de serisations de brûlure, et ont une certaine tendance à s’accroitre assez rapidement.

2° Les accidents généraux sont beaucoup plus fréquemment observés et l’ont été surtout vers 1882, époque à laquelle on se livra à une véritable débauche iodoformique.

Ils ont revêtu une foule de formes, si bien que Schede n’en a pas décrit moins de dix, que Kônig a ramenées à trois ainsi dénommées : intoxication légère, grave, mortelle. Il n’est pas besoin d’ajouter qu'il y a tous les intermédiaires entre ces trois catégories principales. +

La division schématique en intoxication aiguë ou

chronique de Behring est inadmissible, car il n’y a

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aucune règle dans la marche des accidents qui apparaissent soit très peu de temps, soit très tardivement après la première application d'iodoforme sur une plaie. On a même prétendu que, alors que le pansement est enlevé depuis longtemps et que la plaie est guérie, des accidents légers pouvaient être observés, de l’iodoforme étant resté dans la cicatrice ou s'étant accumulé. au dire de Schede, dans un point quelconque de l’économie. Inutile de vous faire remarquer que ces dernières explications ne sont que des hypothèses sans fondement sérieux et que ces faits euxmêmes demanderaient à être contrôlés.

1° Dans l’intoxication légère, les accidents évoluent d'ordinaire de la manière suivante :

a) Ce sont les troubles gastriques qui se montrent les premiers. On note tout d’abord une diminution de l’appétit dont on méconnaît généralement l’origine ; il y a du dégoût des aliments ; la langue est sale, la bouche pâteuse. Les blessés se plaignent en outre d’avoir constamment dans la bouche le goût si spécial de l’ivdoforme, et ce phénomène, qu’accompagnent parfois des nausées et des vomissements, est surtout marqué chez les femmes nerveuses et chez celles qui portent un pansement iodoformé dans la région précordiale. Il tient à ce que l'iodoforme’s’élimine par la salive sous la forme d’iodures alcalins, lesquels sont très appréciables pour les papilles gus-

tatives.

or

D’après les remarques de M. ie Professeur Poncet, de Lyon, si par hasard les patients mangent avec des fourchettes ou des cuillers d’argent, le contact de la salive avec ce métal donne lieu au dégagement d’une odeur alliacée très spéciale et provoque souvent des vomissements. D’après M. Cazeneuve, de Lyon, l'odeur en question est due à la production d’iodure d’argent avec formation d’acétylène, par suite de l’action sur l’argent des iodures alcalins de la salive.

La connaissance de ce fait présente un réel intérêt, car il permet de s'assurer qu'un malade pansé avec de l’iodoforme est sous le coup de l’imprégnation iodoformée. Il suffit, en effet, au blessé, de toucher une pièce d’argent avec sa salive et de la frotter ensuite avec un linge. Le métal dégage ou non l’odeur bizarre signalée plus haut, c’est le signe de l’argent.

On a souvent à lutter contre ce dégoût qui est une gêne incessante pour les opérés. Et pour ne pas l’accentuer, on aura soin d'empêcher les malades de se servir de couverts d’argent :et leur prescrire l'usage d'instruments en verre ou en bois outout autre métal que l'argent. |

b) Aux troubles digestifs se joignent assez rapidement des phénomènes nerveux, caractérisés par une insomnie absolue, de l'agitation, voire même du délire. Mais tout ceci se passe la nuit, la journée,

phènomène très remarquable, est absolument calme,

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Au jour, quand le délire a cessé, l’intoxiqué ne se rappelle plus qu'il a été ainsi agité, c’est un retour complet à l’état normal, 1l persiste à peine un peu de céphalalgie.

Mais d’autres fois, au délire intense de la nuit succède dans la journée une sorte d’apathie, de calme très exagéré, d’abattement. Le tout finit par se traduire par de la mélancolie, de la lypémanie, des idées noires, des pleurs.

Le malade songe à sa fin prochaine alors que sa plaié se comporte bien et qu’il n’y a pas d’autres accidents généraux. Cet état mental se caractérise de plus en plus lorsque les accidents deviennent plus alarmants ou quand apparaissent des éruptions et des exanthèmes variés en différents points du corps, à distance du pansement. Zeissl a observé deux cas de ce genre: dans l’un, il s'agissait chez un enfant d’une éruption rubéoliforme, dans l’autre d’un exanthème scarlatiniforme chez un adulte.

« Ouvrons ici une parenthèse pour dire que nous avons observé dans notre clientèle un très joli cas de délire par intoxication iodoformique. Il s'agissait d’un homme de 72 ans à qui nous avions fait une amputation de jambe au lieu d’élection pour une gangrène sénile qui avait débuté par les orteils et menaçait d’envahir la jambe. Bien que nous ayons réuni par première intention nos lambeaux,nous ayons appliqué de la gaze iodoformée directement sur la plaie, car à

ii 7 ue cette époque, l’asepsie n'avait pas encore pénétré jusque dans notre contrée.

Le soir, nous vimes notre malade qui ne présentait aucun phénomène inquiétant, mais le lendemain matin notre étonnement fut grand en apprenant que malgré l’administration d’une pilule de 0,05 centigrammes d'extrait thébaïque, notre malade avait été en proie à une grande agitation et avait défait son pansement. Âu moment où nous étions chez lui, il était dans la prostration, ne se rappelait plus ce qui s'était passé la nuit. Nous fûmes obligés de refaire le pansement et une nouvelle réapplication de gaze iodoformée fut faite, puis on chercha en vain à moraliser le malade, nous lui fimes supprimer toute boisson spiritueuse. Le lendemain matin on nous annonça que le malade avait été épouvantablement agité et qu’on avait dû lui attacher les mains.

Je supprimais la gaze iodoformée, qui fut remplacée par de la gaze salolée ; les jours suivants, le calme revint, les nuits furent excellentes et notre malade guérit très bien.

Sinous reprenons la leçon du Professeur Terrier, nous voyons que l’on a décrit aussi une fièvre 1odoformique dans laquelle la température a paru atteindre 40 degrés. Avec Falkson et F. Brun, dit M. Terrier, nous n'hésitons pas à déclarer que nous ne croyons guère à son existence. Il doit y avoir là erreur d’inter-

prétation et Max Schede n’a sans doute pas songé à

la possibilité d’une infection vulgaire que tout rend probable.

Dans ces circonstances, la lésion locale continue à évoluer comme d’ordinaire et la température reste normale ou à peu près. Le pouls est petit, fréquent, et donne de 110 à 120 pulsations. Ces phénomènes ont une apparition très irrégulière et leur marche ne l’est pas moins, d’après M. Berger. Ils varient comme durée et persistent de quelques jours à un mois et plus, malgré l'enlèvement de l’iodoforme resté dans la plaie.

Cette évolution est en corrélation avec ce que l’on sait de la lenteur d'élimination de cet antiseptique par les urines et par la salive, sous forme d’iodures et d’iodates. D'aprés M. Maître, 0,40 centigrammes ingérés par un animal ne sont en effet éliminés completement qu’en trois ou quatre jours. D'un autre côté, au dire de Martin, l’apparition des iodures alcalins est très rapide après un pansement iodoformé. car on les trouve au bout de quelques heures et l’élimination persiste tant qu’il y a de l’iodoforme, c’est-à-dire jusqu’à dix jours après la première application de l’antiseptique sur la plaie.

2° Dans l’intoxication grave, les phénomènes que nous avons signalés deviennent plus intenses si les accidents ont débuté par la forme légère. Dans le cas contraire, ils commencent habituellement la nuit par des hallucinations, du délire, de l’agitation. Le malade

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