‹ Contribution à l'Étude Toxicologique de La MorphineChapitre 23 sur 56 · VI. — RÉACTIONS COLORÉES DUES A LA FORMATION D'APOMORPHINE · texte numérisé non relu

VI. — RÉACTIONS COLORÉES DUES A LA FORMATION D'APOMORPHINE

Nous avons vu que la morphine possédant une fonction alcool peut, par déshydratation, être transformée en un nouveau corps, l’apomorphine, qui possède des propriétés particulières.

Cette déshydratation peut être faite en tube scellé par action de l'acide chlorhydrique ou plus simplement à la température de l’ébullition par l'acide sulfurique pur,

DS

‘ La morphine, il est vrai, n’est pas seule à donner de l’apomorphine sous l’action déshydratante de l'acide sulfurique à chaud. Ses dérivés, tels que la codéine, la dionine, l'héroïne, la péronine, possèdent une propriété semblable. L'acide sullurique libérant d’abord la morphine de sa combinaison éthérée, ce que l’on peut mettre en évidence par l'expérience suivante :

Quelques parcelles — d’un de ces dérivés de la morphine — sont placées dans une capsule de porcelaine et humectées d’une gouttelette de CI Fe qui ne se colore pas. On ajoute ensuite quelques gouttes d'acide sulfurique pur et on porte au bainmarie; il se développe aussitôt une coloration bleue qui correspond à la morphine libérée.

La thébaïne, alcaloïde que l’on peut considérer comme l’éther méthylique de la codéinone, possède aussi la propriété de se transformer en apomorphine. Nous avons essayé sur cet alcaloïde la réaction apomorphinique de Denigès, et nous avons vu que, pour transiormer la thébaïne en apomorphine, la température de l’ébullition est insuffisante. Nous ‘avons donc mis dans une capsule de porcelaine une parcelle de thébaïne puis quelques gouttes d'acide sulfurique pur (le mélange prend une coloration jaune qui persiste même si l’on porte le tout : au bain-marie bouillant), nous avons alors chauifé la capsule à feu nu jusqu'à ce que le mélange prenne une teinte grisâtre. Nous avons ensuite pu obtenir la réaction apomorphinique en terminant la réaction comme il est indiqué plus loin.

Quoi qu'il en soit, plusieurs réactions sont basées sur cette transformation

1° Réaction de Siebold [46]. Si l’on chauffe la morphine avec quelques gouttes d'acide sulfurique pur et qu’on ajoute ensuite du perchlorate de potassium pur, le mélange se colore en brun foncé. :

2° Réaction d'Arnold. — Cette réaction consiste à chauffer la-morphine avec de l'acide sulfurique pur, puis à ajouter goutte à goutte une solution alcoolique d’hydroxyde de potassium à 30 ou 40 p. 100. La morphine prend alors une colo-

SON Re

ration jäunâtre, puis rouge sale, puis bleue et enfin rouge cerise Si l’on ajoute un excès d’hydroxyde de potassium.

3° Réaction de Jürissen. — Après avoir chaulté le mélange de morphine et d'acide sulfurique pur, ajouter un petit cristal de sulfate de fer Il; chauffer à nouveau, puis verser sur ce mélange de l’ammoniaque; il se produit alors une zone rouge ou violette et, en même temps, l’ammoniaque se colore en bleu.

Ce même auteur a indiqué une autre réaction légèrement différente basée, elle aussi, sur la transformation de la morphine en apomorphine.

Pelet [47] obtient une nouvelle réaction de l’apomorphine en appliquant, à ce dérivé de la morphine, les réactifs arséñotungsto-molybdiques proposés par Luis Guglialmelli [48] comme réactiis de quelques dérivés puriques. Avec l’apomorphine, on obtient en effet une coloration bleue soluble dans divers solvants.

La morphine donne une coloration bleue identique, mais si on la traite avec les dissolvants organiques, elle ne leur cède aucune matière colorante. D'autres alcaloïdes donnent une coloration bleue, mais il se comportent comme la morphine vis-à-vis des dissolvants organiques. On peut donc ainsi caractériser la morphine en faisant la réaction de Palet : 1° directement sur l’alcaloïde, on obtient une coloration bleue insoluble dans les dissolvants organiques; 2° après transformation en apomorphine, on obtient une coloration bleue soluble dans les dissolvants organiques.

4° Réaction apomorphinique de Denigès. — Les solutions de chlorhydrate d’apomorphine ont aussi la propriété de se colorer rapidement en vert bleuâtre sous l’action oxydante de l’air. Grimbert et Leclere [49] montrèrent que l'intensité de cette coloration était considérablement augmentée à l’aide d’une technique spéciale.

En portant à l’ébullition une solution d’apomorphine avec une faible quantité d’acétate de sodium et de chlorure de mercure IL, on obtient une coloration vert bleuâtre très intense,

ie

Et si, après refroidissement, on ajoule quelques centicubes d'alcool! amylique, ce dernier se colore en bleu plus ou moins foncé. Z

Denigès [50] a appliqué et étendu à la morphine et aux alcaloïdes morphotiques cette réaction apomorphinique. Voici d’ailleurs la technique donnée par cet auteur :

«Si l’on chauffe quelques milligrammes de ces substances (alcaloïdes morpholiques) dans un tube de verre ou une capsule de porcelaine avec deux ou trois gouttes d’acide sulfurique concentré jusqu'à léger brunissement, si l’on étend le mélange, après refroidissement, avec 5 centicubes d’une solution saturée d’acétate de sodium et si, finalement, après avoir ajouté deux gouttes d’une solution saturée ou tout au moins pas inférieure à 4 p. 100 de chlorure de mercure Il, on porte le tout à l’ébullition, pendant quelques instants, on obtient la teinte verte intense que donne l’apomorphine directement soumise à l’action, à chaud, de l’acétate de sodium et du chlorure de mercure I. »

Denigès indique même plus loin que, dans le cas où la quantité de morphine serait égale ou inférieure à 0 mg. 05, il y a intérêt à diminuer la quantité d'acide sulfurique utilisée pour la déshydratation de la morphine, et aussi les quantités des réactifs servant à l'oxydation (solution saturée d’acétate de sodium, solution de chlorure de mercure IP.

Cependant, il y a, à notre avis, un inconvénient à trop diminuer la quantité d'acide sulfurique, car les résidus sur lesquels on effectue la recherche toxicologique de la morphine ont parfois une surface trop étendue pour les bien humecter avec seulement 1 ou IT gouttes de cet acide. Aussi dans toutes nos expériences, avons-nous toujours humecté nos résidus avec un volume supérieur d'acide sulfurique pur, afin de couvrir totalement le résidu, aussi étendu fût-il au fond de la capsule de porcelaine, sans cependant empêcher (par excès) l'acétate de sodium ajouté normalement (5 centicubes de solution saturée) de jouer son rôle de solution tampon adjuvante.

Depuis la découverte des ptomaïnes, quelques-uns des ca-

Page 1