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DOSAGE DE LA MORPHINE

Comme pour d’autres alcaloïdes, on a proposé de doser la morphine par polarimétrie, par gravimétrie ou par volumétrie; nous ne nous occuperons pas de ces procédés, qu'on ne peut utiliser pour déterminer de très faibles quantités de produit. Nous examinerons par contre les différentes méthodes colorimétriques qui ont été indiquées et employées pour le dosage de la morphine.

Georges et Gascard ont proposé une méthode de dosage de la morphine basée sur la réduction de l’acide iodique, le dosage pouvant se faire soit au colorimètre de Duboscq, soit par comparaison avec une gamme étalon, en utilisant la coloration jaune donnée par l’acide iodique, seul ou après addition d’ammoniaque. Les teintes obtenues sont peu stables et la sensibilité maxima de cette réaction est de 1/5.500° pour l'acide iodique seul et de 1/16.500° pour le mélange d’acide iodique et d’ammoniaque. Les deux méthodes doivent être toujours appliquées successivement, car la réduction de l’acide iodique seul n’est pas une réaction d'identité absolue. La seconde réaction sert de contrôle essentiel à la première. Leur manque de sensibilité nous les a fait abandonner a priori.

La coloration rouge violacé donnée par la morphine avec le réactif à l’acide sulfurique formolé (réactif de Marquis), a aussi été utilisée pour doser de faibles quantités de morphine. La technique consistant alors à traiter le résidu morphinique par 1 centicube de réactif de Marquis en ajoutant ensuite 5 centicubes d’acide sulfurique, puis en examinant au colorimètre comparativement à la coloration donnée par une quantité connue de morphine.

Cette méthode ne nous semble pas très intéressante, étant donné l'inconvénient qu’elle a d'utiliser un liquide constitué

KR ete

par l'acide sulfurique concentré et, par suite, délicat à manipuler; ce liquide peut en effet donner des colorations parasites. De plus, la stabilité de la coloration obtenue est toute relative, et sa sensibilité peu élevée : 1/14.000° (d'après Heiduschka et Faul). D'ailleurs nos essais, nous ont donné une limite moins éloignée et nous estimons que, passée une dilution de 1/10.000°, les résultats ne sont plus appréciables.

Magendie a proposé dernièrement une méthode de dosage de la morphine dans l’opium et les préparations opiacées basée sur la réaction catalytique précédemment indiquée par Denigès, en utilisant la coloration rose donnée par la morphine en présence d’eau oxygénée et d’ammoniaque, la réaction étant catalysée par du sulfate de cuivre. L'examen colorimétrique se fait au bloc de Walpole, comparativement à une solution de morphine de titre connu.

Cette méthode, très utile pour le dosage de la morphine dans les préparations opiacées, ne peut être utilisée pour le dosage de faibles quantités de morphine, étant donnée sa sensibilité relativement faible, ainsi que nous l’avons vu dans le cours de nos expériences sur les diverses réactions de la morphine.

Les trois méthodes colorimétriques précédentes ne nous semblent donc pas réunir toutes les conditions désirables en toxicologie soit par leur manque de sensibilité relatif, soit par l'instabilité des étalons. En revanche nous avons trouvé que la réaction apomorphinique de Denigès, indiquée au chapitre précédent, pouvait à ce sujet donrer toute satisfaction.

La coloration obtenue est en ellet intense et relativement stable ct elle a aussi le grand avantage, pour les faibles doses, : d’être proportionnelle à la quantité de morphine sur laquelle on opère. Cette particularité permet de préparer des gammes étalons. Pour cela, nous conseillons l'emploi d’une solution mère contenant 4 gr. 315 de chlorhydrate de morphine pour 100 centicubes, ce qui correspond à 1 gramme de morphine anhydre.

Cette solution, diluée au cinquantième, donne un étalon à 0 gr. 020 de morphine anhydre pour 100 centicubes, soit

0 mg. 2 par centicube. En la mesurant avec une nipette gra. duée en centièmes de centimètre cube, il est facile d’obteaïr des volumes compris entre 4 centicube et”0 cc. 1 et corres. pondant à des doses de 20, 18, 16, 14, 12, 10, 8, 6, 4 ot 2 cen. tièmes de milligramme. Ces prises sont évaporées à sec au bain-marie dans des petites capsules de porcelaine et chaque résidu est traité de la façon suivante :

Verser sur le résidu VIT gouttes d’acide sulfurique, porter la capsule, pendant une minute environ, sur un bain-marie bouillant, ajouter ensuite (même à chaud), 5 centicubes de la solution saturée d’acétate de sodium et IT gouttes de la solution de chlorure de mercure I. Mélanger le tout, le verser dans un petit tube à essai, porter à l’ébullition, boucher le tube, puis agiter alors que le liquide est encore chaud afin d'éviter la formation du moindre cristal, qui provoquerait une prise en masse de ce liquide sursaturé.

La stabilité des étalons ainsi obtenus, quoique très grande, n'excède point cependant une semaine ou deux (même en tubes scellés), la teinte s’affaiblissant ensuite peu à peu. Aussi avonsnous cherché à obtenir une gamme artificielle stable semblable à la gamme de morphine.

La coloration vert bleuâtre donnée par la réaction apomorphinique se rapprochant un peu de la teinte fournie par certains étalons artificiels conseillés par Bruère [1] pour la mesure du pH, nousnous sommes inspiré des formules données par cet auteur et, après de nombreux essais, nous nous sommes arrêté au mélange suivant :

# Préparation de la gamme artificielle.

Préparer tout d’abord les deux solutions suivantes : - SOLUTION I (cobaltico-potassique) :

97 ce. 5 d’une solution de dichromate de potassium à 0 gr. 375 p. 100; 2 cc. 5 d’une solution d’azotate de cobalt à 20 gr. p. 100.

D ns.

SOLUTION Il (cobaltico-cuivrique) :

87 cc. 5 d’une solution de sulfate de cuivre à 27 gr. p. 100: 12 cc. 5 d’une solution d’azotate de cobalt à 20 gr. p. 100.

Remarque. — L’azotate de cobalt employé par nous était assez humide et, après dessiccation sous la cloche à acide sulfurique, 5 grammes de ce sel donnaient 4 gr. 780.

Préparation des étalons.

Prendre 30 centicubes de la solution cobaltico-cuivrique, ajouter 5 centicubes d’eau distillée et L gouttes de la solution cobaltico-potassique (ce qui correspond à 2 cc. 2 de cette solution). Bien mélanger le tout, soit A.

Etalon 10 (20/100 mg.) : 5 ce. du mélange A.

Etalon 9 (18/100 mg.) : 4 ce. 5 du mélange À + 0 cc. 5 d’eau distillée. :

Ajouter IT gouttes de solution cobaltico-potassique au mélange A, soit B.

Etalon 8 (16/100 mg.) : 4 ce. du mélange B + 1 ce. d’eau distillée. Etalon 7 {14/100 mg.) : 3 ce. 5 du mélange B + 1 ce. 5 d’eau distillée.

Ajouter If gouttes de solution cobaltico-potassique au mé- | lange B, soit C.

Etalon 6 (12/100 mg.) : 3 cc. du mélange C + 2 ce. d’eau distillée. Etalon 5 (10/100 mg.) : 2 ce. 5 du mélange C + 2 cc. 5 d’eau distillée.

Ajouter IT gouttes de solution cobaltico-potassique au mélange C, soit D.

Etalon 4(8/100 mg.) : 2 ec. du mélange D + 3 cc. d’eau distillée. Etalon 3 (6/100 mg.) : 1 ce. 5 du mélange D + 3 cc. 5 d’eau distillée. Ajouter II gouttes de solution cobaltico-potassique au mé-: lange D, soit E.

Etalon 2 (4/100 mg.) . À cc. du mélange E + 4 cc. d’eau distillée. Etalon 1 (2/100 mg.) : O0 cc, 5 du mélange E + 4 cc. 5 d’eau distillée,

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